Je vous ai parlé il y a peu de Juste une ombre , je ne pouvais manquer le tout dernier thriller de Karine Giebel qui de livre en livre se détache de plus en plus en tête des auteurs incontournables du roman noir.

Ici, ce n’est pas au purgatoire que vous allez être mais bel et bien en Enfer. Dans les premières pages, un prologue .Les pensées d’une femme à qui il est arrivé quelque chose d’assez horrible pour que tout soit brisé en elle.Qui est elle? Que lui est il arrivé? On ne le sait pas mais « Ceux qui ont subi cela savent de quoi je parle.Les autres ne peuvent l’imaginer, même avec la meilleure volonté du monde.(….) Moi, je suis morte dans une chambre sordide , il y a longtemps. Tellement longtemps…

Pourtant quelque chose a survécu.Ou, plutôt,  quelque chose est né ce jour là.

Quelque chose qui marche et qui parle à ma place. »

Ensuite,tout commence , j’allais dire, banalement. Trois hommes et une femme commettent un énorme casse dans une bijouterie Place Vendôme.Deux frères,Raphael 43 ans et son frère William, 15 ans de moins,Fred,un copain  de Raphael connu en prison où il a passé plus de dix ans, et une femme bizarre,compagne de ce Fred.Le casse ne se passe pas comme prévu , William est blessé très grièvement , la cavale commence.Ils atterrissent dans un petit village où le seul médecin capable de faire quelque chose est ..une vétérinaire.Qu’importe, elle doit savoir opérer: ils la prennent en otage, elle, Sandra, timide et apeurée. Quelques tentatives de rébellion mais vite matées par Raphael, un dur de chez les durs qui a tout vu et subi en prison.Le mari de Sandra est absent mais doit bientôt revenir de mission : il est gendarme.

Quand il revient , tout s’effondre sous les pieds des malfrats: L’enfer, le vrai, démarre là. …Et nous, nous sommes soulagés car jusque là, ce n’était qu’un thriller parmi tant d’autres, une légère déception se profilait à l’horizon. Encore une fois, c’est sans compter sur le génie de l’auteur.

Karine Giebel est passée maîtresse dans l’art de nous mettre en empathie avec les plus mauvais d’entre nous Elle nous plonge dans les psychés les plus sombres, apporte des éléments de compréhension devant les déviances les plus abjectes.Elle tisse doucement, lentement sa toile,en nous faisant connaitre le passé des divers protagonistes par le biais de discussions ou bien de flash back savamment orchestrés pour mieux nous replonger dans la terreur que vit la bande des quatre, enfin des trois enfin.. des deux, les plus importants étant Raphaël et son petit frère …L’ainé ferait n’importe quoi pour son benjamin et cette relation est extrêmement bien évoquée. Et puis, et puis,  il y a aussi deux autres prisonnières de ce couple infernal et nous ne pouvons que prendre fait et cause pour elles… 

Karine Giebel a réussi à faire éclore des amitiés fortes ,une sorte d’entraide, j’ose dire aussi de l’amour, des roses sur le purin de leur vie.Et en cela , je dis bravo, bravo à elle car si des scènes sont insoutenables, elles ne pas sont là pour faire du gore inutilement,les moments les plus durs ne sont d’ailleurs que suggérés mais l’imagination du lecteur est largement mise à contribution aidée aussi par les réactions des deux hommes prisonniers de déments.

Je vous ai parlé d’Enfer alors que le titre comporte le mot Purgatoire…Je ne vais évidemment pas vous donner une explication à cela…C’est une antichambre, comme vous le savez…La dernière page du roman nous sonne,nous laisse bouche bée à la recherche du souffle qui nous  a manqué jusque là…Lisez, vous comprendrez…