nous parlions Quand Babelio m’a proposé un roman pour sa masse critique, j’ai bien évidemment choisi des policiers mais aussi des livres plus « littéraires » comme celui ci, attirée que j’ai été par le titre. Et hip hip hip , ils m’ont envoyé ce roman là. Merci à la maison d’édition Michalon

Pourquoi le titre? C’est une phrase du roman de Benjamin Constant « Adolphe » , découvert grâce au film « le prénom » ,film que j’ai beaucoup aimé. Alors dans ma petite tête de lectrice,je me suis demandé quel rapport il pouvait y avoir entre les deux livres. Evidemment j’ai lu d’abord « Adolphe » (que ne faut il pas faire pour écrire une critique!!  :lol:) , me suis aperçue qu’il y avait moult études sur le sujet, l’écriture, la genèse du roman etc…et donc qu’il me faudrait y revenir de manière plus détaillée. Je vous sens trépigner et vous dire « alors, alors! ce roman d’Edouard MORADPOUR? » En commun, la phrase (évidemment) le prénom , ou presque, des heroïnes (Ellénore pour Benjamin Constant et Eléonore pour Edouard Moradpour),la problématique de l’amour,la mort mais…c’est tout. 

Julien, la soixantaine, vie mondaine, reconnu dans son métier d’avocat, collectionneur et cherchant encore la femme de sa vie. Eléonore, la quarantaine, violoniste, petite carrière, mal à l’aise avec la gent masculine, toujours déçue .Ils s’ennuient énormément, vivotent malgré leurs passions respectives, un mal être chevillé à leur âme.Rien ne dit qu’ils pourront se rencontrer.

Et puis le destin s’en mêle , si je peux dire, sous la forme de la maladie. Elle frappe Julien qui semble atteint de la maladie d’Alzheimer,maladie dont sa maman est morte, maman qu’il a aidée tant qu’il a pu ( ce qui donne des passages poignants qui, eux m’ont rappelé le film « Amour « ). Elle condamne aussi Eléonore avec une sclérose en plaque dont les premières manifestations font qu’elle ne peut plus jouer du violon.

Le livre commence par un coup de fil de Julien à une clinique à Zurich pour prendre rendez vous afin d’y passer » trois jours , c’est le délai de réflexion avant l’absorption de la préparation létale » puis nous régressons dans le temps ,les chapitres s’enchaînent afin de connaitre les deux protagonistes.Bien entendu, nos deux personnages vont finir par se retrouver dans la même clinique, dans le même hôtel et décident de passer leurs trois derniers jours ensemble à visiter Zurich et ses musées,à se promener en fonction de leurs possibilités physiques, en s’aidant quand il y a besoin et un sentiment nait entre eux, sentiment qui remet tout en question. Fait on ce qu’on a décidé de faire en venant ici ou profitons nous du cadeau que la vie nous fait en nous mettant enfin en présence?

J’avais un peu peur que le livre, traitant du sujet sensible de l’euthanasie , soit un peu dur à lire.  Il n’y a aucun moment larmoyant.Pour moi, c’est une belle histoire d’amour, construite en demi teinte pendant la moitié du livre, démontrant ainsi la morosité de la vie de ces deux personnes, la seconde partie part, malgré le lieu et ce qui s’y prépare, dans une sorte d’explosion où tout vibre,les passions de la peinture pour l’un et de la musique pour l’autre se rejoignant pour former le plus beau des ballets.La vie est précieuse puisque presque terminée, tout s’exaspère, l’amour physique prend une autre dimension puisque ce sont deux âmes qui se rejoignent. Eros et Thanatos, nous sommes en plein dans ce duel.

Edouard Moradpour a même concocté un petit suspense, ce qui ajoute une petite pointe d’intérêt et recule le point final du livre, de la mort ou de la vie. En résumé, c’est un livre qui se lit tres bien, de manière très agréable,personnellement j’ai appris plein de choses sur l’Art.Mais n’y voyez pas un plaidoyer quelconque en faveur ou en défaveur de l’aide médicale assistée, c’est un hymne à la vie, à l’amour, à l’Art.

Pour ponctuer cette chronique ,un aperçu de deux  passions de nos personnages

Otello de Rossini (honte à moi, je ne savais pas que ce prolixe compositeur avait fait un Otello). Cette vidéo a été faite à ….Zurich  😉

 

 

[youtube]https://youtu.be/xg5O2FL0Z4Q[/youtube]

 

Et parce que Kandinsky est évoqué,mêlant la couleur et les sons

 

kand.

 

ça peut pas rater J’ai pourtant lu deux autres livres (oui ,oui ! Je vous en parlerai! ) avant de lire celui -ci mais je n’ai pas pu résister à faire la chronique de « ça peut pas rater » tant je me suis régalée à le lire! Encore une fois, Gilles Legardinier fait la prouesse de se glisser intelligemment et avec une grande sensibilité dans le corps et les pensées d’une femme.Mais comment fait il? multiplie t’ il les entretiens avec des femmes?  Prend il des notes? Regarde t’il suffisamment autour de lui, avec acuité, pour percevoir les sentiments humains les plus intimes, les plus subtils?  

Encore une fois, je me suis retrouvée à éclater de rire, voire avoir des fous rires en lisant les aventures de Marie, certes un peu moins déjantée que sa copine Julie de » Demain j’arrête » mais tout de même bien atteinte. Marie, elle, veut se venger d’avoir été « élégamment » trompée et plaquée par Hugues, l’homme avec lequel elle vivait depuis quelques années. Tout n’était pas rose entre eux mais de là à penser que………

Je crevais d’envie d’être officiellement unie à lui, mais Hugues trouvait toujours un bon motif pour différer, pour attendre,pour ne pas avancer. Une nouvelle situation professionnelle à laquelle il fallait « se donner corps et âme, l’argent qu’allait coûter la cérémonie, le côté inutile de ce genre de formalité « pour des gens qui s’aiment autant que nous « . Ben voyons.On tournait en rond. Mon ventre restait désespérément plat, pas le sien (….)

Et puis Tanya est apparue comme un succube échappé  d’une dimension parallèle.Je n’ai rien vu venir.  (…..)

La gentille Marie est morte, noyée dans ce canal. C’est la méchante Marie qui en est ressortie. Elle est mal coiffée, et en plus , elle n’a qu’une chaussure. A partir de maintenant, je renvoie les ascenseurs et rends la monnaie de toutes les pièces. Les chiens de ma chienne sont nés et il y en aura pour tout le monde. La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis surgelée.La rage m’étouffe, la haine me consume.

Heureusement Marie a une amie, une vraie, Emilie, qui elle même a quelques ennuis avec la gent masculine. Heureusement Marie a un caractère fort et n’hésite pas à lutter contre un patron proche de la tyrannie et fédère, malgré elle, ses collègues pour l’aider. Et hop! Critique des actionnaires qui préfèrent le profit au détriment de la qualité du produit et des ouvriers de l’entreprise.

 

Heureusement Marie est aimée …….oui mais par qui? Une lettre anonyme lui parvient …Début de la reconstruction? Marie se mêle de ce qui ne la regarde pas et veut faire le bonheur de ceux qu’elle aime malgré eux….Y arrivera t elle? Marie se venge et que c’est……drôle, tordant même  :lol:! 

Marie,on ne peut qu’être à 100% avec elle, on rit, on pleure, on réfléchit …Gilles Legardinier , cette fois, s’attaque à un sujet maintes fois traité : Les hommes viennent de Mars et les femmes de Venus. Or, sous sa plume se dessine une réflexion comme d’habitude tendre,pleine d’humanité qui fait que nous nous laissons prendre par la main pour suivre pas à pas toutes les hésitations , les pas en avant puis en arrière que nous faisons tous quand il s’agit de trouver la femme ou l’homme qui saura nous rendre heureu(x)se. Autour du personnage principal se greffe des amis, des collègues qui sont traités soigneusement et tendrement par l’auteur. Chacun d’eux a son histoire, sa psychologie et Gilles Legardinier va au bout de chaque, ne laisse personne se perdre dans les méandres de l’histoire.

Grâce à sa manière d’écrire, nous plongeons avec une joie anticipée dans ses romans, celui là n’échappe pas à la règle, et nous en ressortons vivifiés, portés par l’espérance ,plus humains peut être qu’au début de la lecture.Merci Gilles Legardinier pour ces moments de rire, d’éclate totale, de  bonheur.

 Partagée, j’ai été partagée à la lecture du 6ème roman d’Anne Calife que je connaissais pas.

Tout d’abord l’histoire. Celle d’une jeune auteure qui présente son premier livre au Salon du même nom.Là, elle y fait la rencontre ,très courte, pour ne pas dire furtive d’un journaliste venant lui aussi faire la promotion de son roman.Ils se parlent 1/2 heure, elle, complètement en apnée « Mes sens étaient tellement en alerte débordant de mon regard,mon ouïe, mon odorat, que je n’arrivais plus à analyser ce que je ressentais… devant cet homme plus âgé qu’elle « la peau fine et froissée comme une fleur fanée;autour de lui cette aura bleu-blond-gris, un peu méprisante, ordonnant distance-distance-tenez-vous-loin-de-moi-car-je-suis-important ».Il lui donne son téléphone.Elle l’appelle pour pouvoir être encore être en contact avec lui mais c’est un entretien sur un ton bref et sec sans sourire ni intonation, d’ailleurs il n’a plus le temps.

Il faut que je vous laisse , conclut il.

En effet , il m’a abandonnée.Cela me fit l’effet d’un varech lamentablement échoué sur le sable

 Les échanges ne s’arrêtent pas là. Quelques autres appels renouvelant la même déception.Nous sommes au début d’internet et un jour le journaliste lui donne son adresse mail.

Et là, ce sont des milliers de mails échangés entre eux dont nous ne connaitrons guère la teneur , du moins du coté masculin. 

Anne Calife nous plonge dans le cerveau de cette jeune femme fragile émotionnellement, sans grands repères paternels. Son père, dans les années 70,était passionné par ce tout nouveau moyen de communication qu’est l’ordinateur et disparassait complètement derrière l’écran, abandonnant sa fille de 6 ans pour le monde virtuel.Donc, méfiance vis à vis d’Internet et des mails ..Mais voilà, c’est le seul moyen qu’elle a d’avoir des contacts avec cet homme qui la fascine.

Elle, elle se livre, expliquant ses peurs et ses angoisses, se dénudant complètement devant Lui, cet homme qui lui répond quand il a le temps, avec des mots durs,blessants ,destabilisants. Quand elle réagit devant tant de méchancetés avec virulence, violence parfois selon ses termes, il sait la reconquérir en lui adressant des mots tendres, doux, des petits surnoms.En un mot il l’a manipule,la détruisant petit à petit. Syndrôme de Stockolm , la prison étant celle du virtuel, de l’écran derrière lequel n’importe qui peut se cacher.

Jamais il n’acceptera un rendez vous , un échange yeux dans les yeux.Elle s’inclinera devant cette autre exigence, non sans mal certes mais elle s’inclinera.Le temps passe, les années, oui les années, s’écoulent, Elle murit semble t il …

Les chapitres du livre vont de A à O montrant l’évolution mentale progressive de cette jeune fille A Amorce, B Balle les mails envoyés étant comme des balles échangées, envoyer/recevoir….O Oeil, ouvrir les yeux.

C’est un livre sur cette nouvelle forme de communication, d’addiction ,qui ouvre un abîme pour les personnes fragiles et solitaires déjà sur le fil du rasoir. Tout au long de ce court roman, je me suis dit qu’elle allait réagir, ne pas se laisser engloutir , détruire par cet homme qu’au fond elle ne connait pas, dont elle ne sait rien puisque jamais il ne dira la moindre chose personnelle.

Qui est il cet homme? Qu’est ce qui le pousse à entretenir cette correspondance qu’ il dit détruire à peine lue ? Est il lui même si seul qu’il ne peut s’en empêcher ? Est il si sadique, si peu sûr au fond de lui , qu’il a trouvé en cette jeune écrivaine une victime idéale puisque consentante même si parfois elle se rebelle? 

Le livre finit presque comme il a commencé.Les mots sont quasiment les mêmes, à quelques nuances près mais d’une grande importance.Le style est sans concessions, interieur dévoilé, ressenti,bref, incisif, quasi clinique. 

J’avoue l’avoir lu en deux fois , laissant quelques jours entre les deux lectures.J’éprouvais l’envie de savoir comment tout cela allait finir , je sentais que ce n’était pas un livre rose à offrir à la Saint Valentin comme l’était Quand souffle le vent du nord (et sa suite que je n’ai pas chroniquée) et en même temps je ressentais un malaise indéfinissable, partagée que j’étais de la secouer en lui disant de ne pas perdre son temps avec ce malade, que la vraie vie passait sans elle. Freud aurait sûrement été d’accord en disant qu’à travers cette relation elle recherchait l’attention du père, l’approbation ( elle lui a envoyé des manuscrits pour lui demander son avis , sachant qu’elle lui donnait là une excellente occasion de la briser, car quoi de plus fragile qu’un écrivain qui démarre un livre, son bébé ? Et bien entendu c’est ce qui est arrivé.)

Quelques réflexions sur l’écriture aussi mais dans l’ensemble un livre lu sans grand plaisir,sans grand intérêt. Dommage.

Merci aux Editions The Menthol House qui me l’a envoyé 

 Huitième livre de Serge Joncour et moi, je le découvre. C’est la phrase qui est inscrite sur la couverture qui m’a incitée à lire ce roman qui fait partie de la Rentrée littéraire.Et j’ai bien fait.

Avec un style sans effet de manches Serge Joncour nous raconte des histoires d’amour.Pas qu’une seule.

Tout d’abord celle de Franck, parti à la ville , caméra au poing pour traquer le reportage.Il ne se sentait pas chez lui dans cette ferme du Lot.Il n’avait plus rien à dire à ses parents, n’avait  pas le goût de reprendre l’exploitation.Et d’ailleurs, c’est son jeune frère Alexandre, le préféré, qui était là pour cela.Franck n’est revenu à la ferme que dix ans plus tôt pour son enterrement.Il y a croisé la jeune épouse, croisé mais pas parlé car très vite reparti pour ailleurs.

Oui mais la vie est bizarre car le voilà maintenant qui tente d’appeler ses parents.Pas de réponse alors, sur un coup de tête, il décide de retourner sur la terre de son enfance.

C’est au tour, maintenant de Louise.Louise qui vit en ville, elle aussi, pour tenter de noyer son chagrin, lui échapper dans les vapeurs d’essence , le tourbillon , les amants de passage, d’un amant qui s’accroche sans qu’elle sache pourquoi. Celui là, il lui a fait un joli cadeau, il y a 5 ans.. Un petit bout d’homme , qu’elle a nommé Alexandre et amené à la ferme du Lot pour qu’il y vive comme une résurrection du fils tant aimé et dont le deuil ne finit pas. Louise est l’épouse inconsolable d’Alexandre, la belle soeur de Franck. Elle décide , sur un coup de tête, de venir voir son petit.

Et puis , il y a les parents.Des fermiers, durs à la tâche, durs au chagrin, celui d’avoir perdu leur cadet et de ne pas avoir sû conserver leur aîné.Mais , dans le milieu, l’amour ne se dit pas.Il se montre avec un regard, un soupir, une attention rugueuse.La rancune est tenace, ils ne pardonnent pas aux voisins qu’ils rendent responsables du décès de leur fils.

Et quand Franck débarque comme ça, sûr qu’il ne va pas tout chambouler dans leur vie comme si de rien n’était.Sa chambre,et bien c’est celle du petit, un bout de chou, de vie, de 5 ans, un feu follet qui a repris le flambeau de la ferme , comme si le prénom qu’on lui a choisi le prédestinait à aimer cet endroit.Alors lui, il devra se contenter du moulin..Ils reprennent avec Franck là où la conversation s’est arrêtée il y a 10 ans, sans chercher à avoir une explication. Cependant,  ils ne renoncent pas à leur voyage et s’en vont , laissant Franck, Louise et Alexandre faire connaissance, s’effaçant comme pour mieux donner une chance à la jeunesse de tout recommencer.

Et c’est au milieu de la nature, à une saison où le soleil plombe et met de belles couleurs,fait surgir des senteurs que petit à petit Franck et Louise s’apprivoisent, se comprennent d’un geste, d’un mot, d’un sourire.Le petit, au milieu, fait le lien ,décoince Franck en lui apportant la fraicheur, l’enthousiasme qui l’ont quitté il y a si longtemps, renoue avec sa mère et lui donne la possibilité de regarder ailleurs que dans ses souvenirs.

Il n’y a pas de happy end, il n’y a que des suppositions, des espoirs en ces deux là .A nous d’imaginer ce que l’on veut…

Dans cette ambiance agricole et bucolique,j’ai cru me retrouver quelques vingtaines d’années en  arrière , la description de cette ferme correspondant à celle que j’ai connue, la manière d’etre des agriculteurs, leurs rituels parfaitement accordés à mes souvenirs.Bizarre sensation.

C’est avec un langage simple, une alternance de personnages avant qu’ils ne se retrouvent, comme si , par ce procédé, Serge Joncour voulait insister sur la solitude affective et émotionnelle de ses personnages principaux avant de les réunir et faire jaillir la vie qu’ils ont mise de côté dans une région alourdie par le soleil et extremment sensuelle.

Un petit bémol : J’aurais aimé que les parents ne soient pas éloignés définitivement,le don du petit peut être un peu plus développé car c’est une chose qui m’a un peu choquée , je dois le reconnaitre. Cela dit, c’est un tres beau roman , empli de délicatesse et d’amour.Interdit, impossible? Je vous en laisse juges.

 

                                                          

 

 Qu’est ce qui fait courir le monde? Qu’est ce qui est le centre d’interêt principal, qui peut précipiter les plus zen d’entre nous sur le divan d’un psychiatre? Mais l’Amour, pardi! 

Sur les conseils d’une amie, je me suis plongée dans ce roman d’Alexandre Jardin dont je n’avais lu, jusque là et il y a bien longtemps, que « Fanfan ».

Jeremy Cigogne, lord Anglais , est amoureux de sa femme Emily.Mariés depuis 7 ans ,  trois enfants. Son grand père, Lord Waldo Philby , l’a élevé à la mort de ses parents. Personne fantasque il aurait inspiré le personnage de Lord Greystoke…

« Lord Philby fit placer les animaux en liberté dans le parc de son château de famille du Gloucestershire, et il eut assez de malice pour les remplacer par des hommes qui vinrent peupler les cages de son zoo. Issu de la jungle, Waldo avait la démangeaison de railler les moeurs anglaises. La cage qui connut le succès le plus vif fut celle dans laquelle un homme et une femme étaient condamnés à vivre ensemble ».

Quand il a rencontré Emily ,âgée de 17 ans à l’époque, il a ressenti un véritable coup de foudre pour elle, hélas non partagé malgré tous ses efforts pour lui plaire.(Je ne vous dirai pas lesquels mais évidemment attendez vous à quelque chose de peu commun..) Bien décidé à la conquérir,il part14 ans pour parfaire son éducation: Il s’exile 7 années en Nouvelle Guinée pour « quitter ses reflexes acquis(?) , se laver de son éducation britannique, renouer avec ses gestes d’enfant élevé au milieu des animaux de l’Imperial Zoo.Jamais peut être il ne fut plus heureux et plus vrai que nu dans cette jungle hostile, au plus près de ses instincts. »

Puis il passe 7 ans à lire.Tout ce qui lui tombe sous la main, « enfermé dans l’une des plus grandes bibliothèques privées d’Europe, près de Zurich ».

De toutes ces années de préparation, il revient « irrésistible. A 31 ans, Jeremy Cigogne n’était pas devenu beau , mais son étrangeté était inéressante, magnétique; il suscitait l’envie de lui plaire, savait faire naitre cette necessité là. »

Après quelques péripéties que je vous passe mais néanmoins très importantes, Jeremy et Emily finissent donc par se marier…

Nous voilà maintenant 7 ans plus tard, au moment où Jeremy se demande comment être un mari plutôt qu’un amant pour sa femme .Il a surpris une correspondance dans laquelle Emily semblait ne pas être totalement heureuse.

Il découvre qu’il existe un endroit secret où le seul souci des insulaires est de rendre heureux leur conjoint: »l’île des gauchers » Là bas, tout est fait pour les gauchers, les droitiers cependant acceptés à condition qu’ils se plient à tout ce qui rend la condition des gauchers plus aisée.

En route pour ce paradis des amours avec sa famille et leur majordome aussi Anglais que possible, Algernon.Là, ils découvriront les us et coutumes de ces utopistes Français qui ont fondé cette communauté, l’île du silence, celle de la Vérité, le carnaval des blancs etc…où tout n’est basé que sur une seule préoccupation sociale et politique : rendre heureux, savoir aimer sa femme ou son mari.

J’ai adoré ce livre qui pas un instant ne lasse.Toutes les facettes de l’amour sont décortiquées une à une ,étudiées.On suit les évolutions , les questionnements de ce Lord pas comme les autres dans sa tentative d’aimer au sens réel du terme sa femme.Tout autant de remises en questions que nous sommes amenés , nous lecteurs, à faire…Reflexions sur nous mêmes…

Fable philosophique , récit initiatique dans lequel A Jardin mêle une grande culture.Par exemple, la symboliqu du chiffre 7 ,  Algernon qui est  le nom de la souris dans  » Des fleurs pour Algernon  » de David Keynes, Waldo , prénom du héros de la nouvelle éponyme de Robert Heinlein , auteur de romans de science fiction.

Lequel Robert Heinlein a cette définition de l’amour, tirée du « Chat passe muraille »

« un état subjectif dans lequel le bien-être et le bonheur d’un autre être sont essentiels au bonheur de l’individu. »

Troublant, non? 

Sans parler des auteurs Français cités, qui ornent le nom des rues de cette île ou encore des clins d’oeil à sa propre oeuvre, le Zèbre et le Zubial…Ah!! Ce Zubial , animal au pelage tres doux et rayé , une sorte de croisement entre le koala, un tapir, un zèbre et un gibbon. Muni de bras interminables, il possédait un museau très long,prodigieusement mobile, qui amusait les enfants , tout comme ses grandes oreilles qui se dressaient au moindre bruit(….) C’est le seul animal qui rit de bon coeur »  qu’il faut aller chercher dans la jungle ,apprivoiser pour le ramener dans le foyer où il deviendra le baromêtre de l’état du couple et particulièrement celui de la femme…

Je ne peux que vous inciter à lire ce superbe livre qui vous plonge avec bonheur dans un monde utopiste, plein de fantaisies sous lesquelles se cachent peut être, sans doute , des réponses à la question essentielle de notre existence: Comment aimer, aimer pour rendre le plus possible heureux l’autre? Un livre qui se lit et se relit pour y découvrir des trésors de sagesse non perçus à la 1ere lecture. Un livre léger et subtil,au style impeccable, où l’humour très anglais nous réjouit.

Une critique de notre société trop occupée à gagner de l’argent, à privilegier l’élévation dans l’échelle sociale. 

A mettre dans les mains de la femme mais aussi de son mari ….pour ensuite en discuter………….

 

 

 

 

 

 Lu en 2 jours ce nouveau petit bijou de Marie Sabine Roger ! Mais pourquoi cette auteure n’a t elle pas plus de notoriété ? Certes, elle vient de se voir attribuer le prix des Lecteurs de l’Express pour ce dernier roman, sa « Tête en friche  » a vu ses ventes s’envoler à la sortie du film éponyme de Jean Becker mais on ne peut pas dire que le grand public la connaisse.

Je dirais même qu’elle devrait être remboursée par la Sécurité Sociale!! Dès le début , le ton est donné et vous ne pouvez que rigoler bien franchement de ce qui arrive à Jean Pierre. Pourtant,à priori, ce n’est pas bien drôle , même si ce n’est pas d’une très grande gravité, ce qui lui arrive à ce veuf sans enfant de 67 ans puisqu’il se retrouve à l’hôpital après avoir plongé dans la Seine. Accident ou tentative de suicide? Personne ne le sait, pas même ce monsieur qui a perdu la mémoire à ce sujet.

le style MSR est né! Tournures de phrases,mots incisifs, sens de la formule qui provoque immanquablement le rire, le fou rire même, l’émotion, la réflexion. Le sens de l’humain, le sens des petites gens,  voilà ce qui résume Marie Sabine Roger.

Jean Pierre, bougon, acariâtre a tout pour susciter l’antipathie mais sous la plume de Marie Sabine Roger il nous attendrit, capable qu’il est de s’ouvrir à l’autre et pourtant il y a du travail à faire! Il va faire la connaissance de son sauveur , un jeune prostitué, étudiant, qui n’a pas les moyens de poursuivre ses études et qui a trouvé ce moyen là, du policier chargé de l’enquête qui va vite s’inscruster auprès de lui plus que de raison (mais pourquoi?) d’une jeune fille bien enrobée et enquiquineuse de première.Ce sont aussi les infirmières, les aide-soignantes et les médecins.Et là, je peux vous assurer que vous ne verrez plus du même oeil l’hôpital.

A offrir à un de vos proches lors d’une hospitalisation! Le moral ne pourra que remonter en flèche!

Il me semble que j’avais dit après la lecture de la « Tête en friche  » que j’avais perdu des amis en ayant terminé la lecture.Pour celui là, j’ajoute que j’aimerais bien les connaitre ces Jean Pierre,Camille,Maxime, Maëva et cie.Ils sont une petite partie de moi même.

 Sans me vexer , vers les six sept ans, j’avais déjà tâté pas mal de choses, pour ce qui est des délits interdits par la loi.Vol à l’arraché, viol, extorsion de fonds…

Question viol, j’avais roulé une pelle à Marie-José Blanc.Elle serrait les dents, je n’étais pas allé plus loin.C’est l’intention qui compte.

 

 Le pire, dans tout ça, c’est que j’étais l’aîné, je portais l’étendard.Mon frère s’élevait tout seul sans emmerder personne, bienheureux qu’il était. Cétait le benjamin, le deuxième arrivé. Le Poulidor de l’hérédité.

Moi, j’étais celui sur qui reposaient les espoirs.

Je me souviens encore du regard des voisins, des cousins et des autres. De ce regard en pente qui glissait tristement de mon-père-ce-héros à ce petit morveux, capricieux et fouteur de merde. Leur expression incrédule, attristée, qui disait en silence:

-Mais comment ça se peut il? Un type comme lui, faire un gamin pareil! 

 – Parce que tu lis, toi?

-C’est quoi ce cliché pourri? pourquoi je en lirais pas? Parce que je suis jeune? Parce que je fais le « tapin », comme vous dites? Je suis en licence de mathts-physique. Je veux bosser en médecine nucleaire.Je dois passer un concours, en Juin, et c’est très sélectif.

Je suis resté scotché,ça doit se voir: ses yeux brillent de fierté,deux secondes.

Boîté, le vieux salopard.

 A ce moment là, un couple est passé dans le couloir et, au regard compatiisant qu’ils nous ont jeté, j’ai senti qu’il y avait méprise: une gamine en larmes au chevet d’un vieux plâtré, ça devait sentir le Zola à plein nez.

Papi allait crever.Elle ne dit jamais « le docteur Machin » ou  le « professeur Truc », comme s’il n’avait pas d’autre nom.

Elle dit « le chirurgien » comme elle dirait « Dieu »

                                                                                   

 

 

 

 Voulant un peu changer de mes polars bien-aimés j’ai porté mon choix sur le roman qui a remporté le prix Femme Actuelle.

J’avoue m’être dit, au départ, que l’histoire n’était jamais qu’une de plus ayant pour cadre la seconde guerre mondiale.

J’avais compté sans le talent de l’auteur pour qui les mots du passé sont le premier livre.C’est un pavé de 700 pages que j’ai dévoré en 3 jours.

Août 2003 , la canicule.Nina, étudiante en histoire , a rendez vous avec un professeur qui la suivra pour son mémoire.Arrivée sur le lieu de rendez vous elle ne peut que constater abec effroi que celui ci vient de suicider.

Louis et son fils Simon partent faire une ballade en bateau depuis La Rochelle.A peine en mer ils doivent faire demi tour car Pierre , le père de Louis, octogénaire, lui demande de venir le rejoindre le plus vite possible.

Louis qui n’a eu jusque là que des relations un peu distantes avec son père voit là un moyen de se rapprocher.

Et les voilà partis pour la maison familiale à Jansallières située dans le Massif Central.Afin que Louis comprenne pourquoi ils doivent se rendre là bas (alors que la maison était vendue depuis longtemps, du moins le croyait il) Pierre entame pendant le voyage un long récit.

Nous voilà plongés dans la France de 1939.Une grosse partie du roman se déroulera pendant cette période sombre de notre Histoire ,de temps à autre entrecoupée par le temps présent.

Nous ferons la connaissance de Marcel, le meilleur ami de Pierre, communiste.Ensemble , leur rêve de jeunes hommes est de participer aux Six jours du Veld’hiv’ et ils s’entrainent durement pour décrocher une bonne place.

Puis ce sera Missak ,un relieur de livres qui lui apprendra ce beau métier.Sarah, jeune Juive dont il tombera amoureux et avec laquelle il aura un enfant,Le Bourru, fournisseur de peaux et tant d’autres figures importantes pour cette période de 39/ 45.

Progressivement la guerre empiète sur la jeunesse de ces êtres et leur fera prendre des positions qu’ils étaient bien loin d’imaginer.

Le passé mouvementé de Pierre aura des répercussions à la fois sur son avenir et le présent.

Je me suis laissée complètement embarquer par le style de Jean-Michel Denis qui a fait quelques recherches concernant l’Occupation , sans jamais tomber dans le pathos même si les évènements décrits sont parfois durs.

L’histoire est un vrai  page -turner (si vous voulez en savoir plus sur cette expression, cliquez sur le lien qui vous emmènera sur un excellent article de Pichenette),le suspense est constamment mené sans faiblesses jusqu’à la toute dernière phrase.On comprend pourquoi le livre a démarré par un suicide, la boucle est bouclée.Construction romanesque sans faille,que demander de plus à un premier roman, sinon ..un deuxième?

La grande question posée par ce livre et qui peut apporter de la profondeur aux propos, est de savoir s’il ne vaut pas mieux laisser le passé ,ne pas chercher à répondre à tout prix aux questions sans réponse.

Pas de doute, un excellent roman de l’été.  

 

Je vous avais parlé que j’avais été choisie par pour évaluer un livre dans le cadre de 

 

J’ai eu le manuscrit VITRINES EN COURS entre les mains.Je le redis mais ce fût vraiment une grande émotion pour moi puisque c’était la 1ère fois que j’avais un livre sans couverture (d’où l’absence de visuel), le travail presque encore brut d’un jeune auteur.

Je vous livre ce que j’en avais pensé sur le site des Nouveaux Auteurs.Vous pourrez également lire, si vous êtes intéréssés, les avis des autres chroniqueurs LA 

 

                                                       Coup de foudre entre Laure et Ulysse à travers une vitrine que la jeune femme est en train de réaliser.C’est le développement de cette histoire assez insolite que le livre raconte y melant les amis qui gravitent autour de Laure ainsi que sa grand mere. Laure et Ulysse ont ils un espoir que leur amour se developpe malgré les blessures que la vie leur a infligées? Les amis trouveront ils leur part de bonheur ? Et la grand mere aura t elle le courage de laisser s’envoler ceux qu’elle aime malgré le malheur qui l’a frappée? 

> Public concerné : Les personnages aimant un style litteraire particulier,les histoires d’amour,l’humour et l’émotion.  

9.75   > En une phrase : 

Excellent 1er roman plein de vie et d’émotions,de belles réflexions sur la vie en général,les fêlures que tout le monde peut avoir .Histoire d’amours tendres.A offrir à celui ou celle qu’on aime.

> J’ai particulièrement apprécié : 
j’ai aimé la façon originale de passer d’un personnage à un autre,d’un moyen de communication à un autre qui donne un aspect tres actuel au roman.L’émotion de certains passages,les personnages attachants pour diverses raisons ,le fait que finalement tout tourne autour de la grand mere.L’humour aussi qui fleurit à de nombreux endroits.

  9.50  
> Pourquoi cette note : 
J’ai beaucoup aimé le mélange de réflexions intimes qui laissent le pas à un envoi de mail pour revenir à un autre personnage ,parfois avec des dialogues parfois avec un monologue intérieur pour céder la place à un envoi de texto.Le lecteur est désarçonné par cette manière de concevoir la narration mais jamais perdu.C’est un style moderne pas souvent usité je crois.

> Mon sentiment sur le titre du livre : 
le titre à première vue peut sembler banal mais en fait il recouvre le réel (Laure est décoratrice de vitrines donc en cours de réalisation) mais aussi le figuré puisque les vitrines sont aussi celles des vies des personnages qui elles aussi cherchent leur réalisation.

> Ce que je pense des personnages : 
Extrêmement attachants,drôles,inventifs.Blessés mais ils parviennent à faire face à leurs problèmes.Une bande d’amis comme on aimerait en avoir dans la « vraie » vie et une grand mere inoubliable.

> Ce que je pense du thème général du livre : 
C’est un thème traité à maintes reprises mais cette maniere de le faire renouvelle le genre.

> Ce livre ferait-il un bon film ? 
Absolument!

 

                                                     J’espère que ce roman sentimental sera édité.

livre Livre en partenariat avec Vincent des Agents littéraires et les Editions « les nouveaux auteurs » (2ème fois avec eux puisque j’ y avais découvert  « Psychose au 36 » de Hervé Jourdain).

Avant toute chose j’aimerais beaucoup remercier Vincent des Agents Littéraires pour sa gentillesse et ses quelques mots de soutien à un moment difficile pour moi…

 

Je n’ai pas l’habitude de lire ce que j’appelle des livres régionaux.Mais l’occasion s’est trouvée alors pourquoi pas?

Dès le départ j’ai été accrochée par le style de l’auteur qui sait employer les mots pour en faire de belles envolées lyriques et poétiques

 

« Autour de lui,la nature paraissait comme pétrifiée,attendant avec fatalité la petite mort automnale.Plus bas,les bouleaux commençaient à se défaire de leurs habits d’été ,ne gardant pour la froide saison que d’austères écorces s’effilochant au gré des vents.Etranges silhouettes de mendiants dégingandés vêtus de haillons ».

 

C’est l’histoire de Zian ,enfin ,Jean « comme son grand père« ,jeune homme de 18 ans qui arrive dans un petit village des Alpes et part très tot avec tout son matériel de peche.Jour de pêche…

(Petite parenthèse…En lisant ce prénom de « Zian » je me suis retrouvée au temps où je dévorais Frison Roche ,Zian étant le nom du héros de la grande crevasse (entre autre))

 

C’est l’histoire d’une relation d’amour entre un grand père ,l’Ancien,et son petit fils à qui il a transmis l’amour de la pêche et de la chasse .

C’est une histoire de générations racontée à l’aide de flash-backs qui n’ont rien de pesant et c’est ainsi qu’on se retrouve au moment de l’occupation allemande avec ses héros discrets dont font partie les arrières grands parents et le grand père de Zian ,encore tout  jeune homme,qui accueillent des familles juives pour leur faire passer la frontière,et ses crapules…

C’est l’histoire de la rencontre de Jean et de Germaine,les grands parents aimants du jeune Zian.Leurs joies ,simples,mais aussi les douleurs comme la perte d’un enfant,la petite soeur de Jean.(Là,pas moyen de retenir son émotion…)

Il y a aussi un secret de famille encore plus lourd que prévu et qui aura des conséquences tragiques une fois la vérité connue.

 

Il y a donc cette relation privilégiée entre le grand père et Zian ,relation qui saute une génération car le père de Zian n’est pas du tout proche de son père,préférant la ville à toute vie villageoise.

 

C’est aussi (et surtout?) un hymne magnifique à la Nature.Les descriptions de parties de pêche de ne sont pas ennuyeuses pour qui n’est pas passionné ,au contraire elles donneraient presqu’envie d’apprendre tant elles sont écrites et rendues vivantes par des mots empreints de poésie.Tout est décrit avec tant d’amour,de respect pour le poisson…Oui,de respect.Certaines truites sont pêchées uniquement dans un esprit sportif et tout est fait pour qu’il ne souffre pas (la prise est ensuite remise à l’eau,on ne pêche que ce que l’on veut manger,pas plus).Description minutieuse des appâts,des mouches et autres hameçons.

La chasse aussi est mise à l’honneur et même si je ne partage pas cette activité je n’ai pu m’empêcher de constater là aussi le respect pour la vie animale .De petits gestes aussi sont expliqués.Jamais je n’aurais cru possible de m’interesser à la confection d’un couteau,à la préparation d’une peau de lièvre ,à la confection d’un camp en fonction du soleil.

En fait tout le livre est empli de cette notion de respect,entre humains ou vis à vis de la Nature,de tolérance,d’amour et de fraternité.Bien sûr ,ce n’est pas un roman à l’eau de rose et comme je l’ai dit plus haut il y a aussi son lot de traitres.

 

C’est un roman qui apporte une sorte de rafraichissement ,un apaisement.Et si on a tendance à une (légère) misanthropie,et bien grâce ,à lui on peut peut être revoir son opinion …Il n’est pas sans rappeler « et au milieu coule une rivière ».

 

 

En résumé,un très joli livre avec son lot d’émotions (l’auteur nous en réserve une belle quasiment à la fin du livre) et des descriptions de Nature qui valent tous les discours non écoutés des défenseurs de la Nature.

  Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d’une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d’un monde privé de douceur, où l’on risque de se perdre, sans aucun bruit.

 

2ème lecture commune,2ème excellent livre!  J’ai été bouleversée par le destin de ces deux êtres ,Mathilde et Thibault ,qui vivent tous les deux à Paris mais ne se connaissent pas.

Tous les deux sont des écorchés de la vie.

 

Je vais parler d’abord de Thibault, médecin ,qui ,contre sa volonté ,contre son amour pour une femme,se sépare d’elle car il comprend qu’ils ne sont pas faits pour être ensemble.Rien ne les lie sinon leur désir sexuel et Thibault a besoin de plus.

 

« Il est trop sensible,trop épidermique,trop impliqué,trop affectif.Pas assez lointain,pas assez chic,pas assez mystérieux.Il n’est pas assez. »

 

« Il ne savait pas l’aimer.Il ne savait pas la faire rire,la rendre heureuse.Il l’aimait avec ses doutes,son désespoir,il l’aimait depuis le plus sombre de lui même,au coeur de ses lignes de faille,dans la pulsation de ses propres blessures.

Il l’aimait avec la peur de la perdre,tout le temps »

.

C’est donc le parcours sans Lila qui nous est décrit fait de souffrances et d’espoirs.(peut etre va t elle rappeler?)C’est un homme qui se noie et se réfugie dans son travail dans une ville qu’il aime et qu’il connait par coeur, dans ses moindres recoins.Mais au fil des heures,ce Paris semble se refermer sur lui,l’emprisonner dans son réseau .

 

« La ville l’étouffe,l’oppresse.Il est fatigué de ses hasards,de son impudeur,de ses fausses accointances.Il est fatigué de ses humeurs feintes et de ses illusoires mixités.La ville est un mensonge assourdissant ».

 

Et puis il y a Mathilde et c’est sans doute le personnage qui m’a encore le plus touchée,bouleversée…Elle travaille dans une société à un poste important et pourtant insidieusement la machine déraille…C’est le harcelement moral dans toute sa cruauté,sa perversité qui est décrit minutieusement,démonté pas à pas…Pour l’avoir vécu je me suis dit que Delphine de Vigan avait connu quelqu’un qui avait été touché par cette machine effroyable qui broie tout sur son passage ou qu’elle avait fait une enquête approfondie.Car tout y est!! Les dossiers non remis,les petits riens qui ne semblent ,pris isolement,pas graves mais qui lentement broient,anéantissent la personne psychique.Toutes les étapes sont décortiquées ,analysées tant du point de vue du ressenti de Mathilde que des manières d’être de ses amis et collègues.La mise en quarantaine sociale,le bureau placard où elle n’a rien à faire….

 

« Alors peu à peu,Nathalie,Jean, Eric et les autres ont renoncé à franchir la porte de son bureau, à lui demander conseil,ils ont trouvé l’appui dont ils avaient besoin.Ils ont choisi leur camp.(…) par lâcheté plus que par malveillance. »

 

« L’entreprise instruit,consigne,considère la situation sans interroger sa raison d’être ,sans remettre en cause son bien-fondé et, en vertu de cette même logique ,admet que Mathilde se voie dépossédée de son travail.Puisqu’elle est incompatible. »

 

« Aujourd’hui il lui semble que l’entreprise est un lieu qui broie.Un lieu totalitaire ,un lieu de prédation,un lieu de mystification et d’abus de pouvoir,un lieu de trahison et de médiocrité. »

 

 

Et bien entendu sa famille souffre.Ses 3 enfants,pas tres grands,font ce qu’ils peuvent pour aider leur maman qu’ils voient dépérir,sombrer..Elle s’en veut de ne plus pouvoir réagir,tente de se battre mais l’entreprise de démolition est la plus forte …elle lâche.

 

A quelques reprises les hasards de la vie font que Mathilde et Thomas sont presque mis à plusieurs reprises en présence l’un de l’autre…A chaque fois je me suis dit que peut être un jour…que D.de Vigan allait nous tirer de ce désespoir qui nous envahit page après page …Mais non…Elle est allée jusqu’au bout de sa logique,avec un style fluide,prenant…semant ses graines de malheur sans beaucoup de goulées d’air frais.Il aurait fallu si peu de choses pour que tout finisse bien..

 

Il lui a semblé que cette femme et lui partageaient le même épuisement,une absence à soi même qui projetait le corps vers le sol.Il lui a semblé que cette femme et lui partageaient beaucoup de choses .C’était absurde et puéril,il a baissé les yeux.

 

Rien ne nous est épargné.La vie des personnages ne voient guère de bout de tunnel,la ville est comme une araignée qui les enserre et les étouffe.

 

Emporté par le flot dense et désordonné il a pensé que la ville  toujours imposerait sa cadence,son empressement et ses heures d’affluence,qu’elle continuerait d’gnorer ces millions de trajectoires solitaires,à l’intersection desquelles il n’y a rien,rien d’autre que le vide ou bien une étincelle,aussitôt dissipée.

 

Livre fort,pesant,à lire quand on a le moral bien accroché. 

 

Lecture commune avec  

 

Reveline (La bibliothèque à nuages),

Valou (Les quotidiennes de Val),

Sharon (Le Blog de Sharon),

Fafa (Au Fil des lignes),

George (Les livres de George),

Mélo (Les songes et les livres de Mélo) et

Quartier Livre