lamb Premier roman de cette auteur américaine, née à Chicago et qui vit désormais dans les Montagnes Rocheuses. Si je précise cela, c’est que quelque part il y a un peu, sinon d’autobiographie, du moins du ressenti dans son livre.

David Lamb,54 ans, est au bord de la déroute psychologique:Il a perdu sa mère dans des conditions violentes quand il était jeune, est divorcé depuis peu , perd son père,alcoolique et en chute libre depuis la perte de sa femme et est l’amant égoiste et menteur d’une jeune femme. Pas très attachant en somme. A priori.

Il rencontre par hasard Tommy, une pré adolescente de 11 ans (j’aurai 12 ans, en Décembre), une gamine qui habite « près de l’autoroute à six voies, derrière une station-service » .Par défi lancé par deux copines, elle doit aller draguer ce « vieux ».  David joue le jeu, à la grande surprise des gamines qui surveillent l’échange et va même plus loin en faisant semblant de l’enlever, histoire de lui donner une leçon, comme un père pourrait le faire.. Une amitié singulière va alors se développer entre eux.

David (qui dira à Tommy s’appeler Gary, tout comme plus loin dans le livre, Tommy deviendra Emily vis à vis de voisins un peu curieux) entraîne la jeune fille dans un monde mi -conte mi- réel. Il lui invente des histoires,lui montre un monde plus lumineux,l’invite dans des restaurants un peu chics ,lui achète un manteau, des bonbons.Et progressivement, se met à rêver avec elle à un voyage d’une dizaine de jours dans un chalet qu’il possède dans l’Ouest, dans les Montagnes Rocheuses. La conquête de l’Ouest,l’Ouest synonyme de mieux être, de mieux vivre.

Petit aparté: avez vous remarqué? Rappelez vous ce que je vous ai dit en commençant. L’auteur est née à Chicago et vit dans les Montagnes Rocheuses. Même voyage que ses personnages, même fuite en avant pour quitter la ville,quitter la vie triste et grise , morne,pour aller communier avec la nature, se rapprocher du vrai sens  de la vie.Il est frappant de constater comment Chicago est décrite Pas d’arbres dans les jardins, pas d’oiseaux sur les fils électriques.Les pies -grièches grises étaient parties, les petites turdinules de Bingham, aussi..Les gros-becs errants, les ormes, la plupart des chênes, les hautes herbes aux plumeaux argentés, les fleurs, les comptonies voyageuses et les phlox, disparus. Les violettes, disparues.Au dessus des poubelles retournées, des mouches noires tournoyaient.

Bientôt, ils partent réellement. Par étapes car David veut laisser la possibilité à Tommy de changer d’avis , de revenir chez elle avant que sa mère et son beau -père se soient rendus compte de sa disparition. Il la prévient que certaines personnes pourraient trouver étrange qu’ils soient ensemble. 

Tu me vois moi, et tu te vois toi, un homme et une fille,comme nous,dans un pick-up comme le mien, et l’homme tient la main de la fille, comme ça, et lui parle avec fermeté, comme nous. Qu’est ce que tu penserais? Dis le moi.Franchement

Tommie pencha la tête sur le côté et avança le menton, songeuse.

Et bien, je crois que je penserais que c’est un gars avec son enfant.

Un gars et son enfant..Sa petite fille? 

Ouais. Non. Plutôt sa fille.

Il hocha la tête.

Et si quelqu’un te posait la question, tu pourrais le regarder dans les yeux et lui dire que c’est ce que tu es? 

Oui

On va essayer

Il lui lâcha la main.

He ,fillette! c’est qui ce gars avec qui tu traines? 

Tommie redressa la tête, posa son regard au loin.

Quel gars? Ah lui? Ben, c’est mon père.

Ils éclatèrent de rire.

Tu es douée, dit il.Très douée.Tu pourrais être actrice.

Si je mets ces extraits là, c’est que nous ne sommes pas dans un roman sur la pédophilie , même si ce livre peut être vu , va être vu sans doute,comme cela. Dès le début du roman, il se passe quelque chose d’inconcevable entre David et Tommy, entre ces deux êtres qui ne devraient pas être ensemble.Il saisit la fillette au niveau du coude et elle sursauta, comme s’il venait de la réveiller.Le monde s’accéléra ; le ciel parut plus lumineux,le trafic plus rapide.

il ne pouvait chasser la gamine de son esprit.Il espérait ne pas lui avoir fait de mal. Sans doute n’avait il pas eu les idées très claires.Mais il n’avait pas eu l’intention de lui faire de mal.Ce n’était pas son genre.

Certes, David n’est pas un homme très équilibré mais il n’est pas malade de façon pathologique, ce n’est pas un pédophile. C’est un homme figé entre le monde de l’adolescence et celui de l’adulte, perdu quelque part entre les deux. La jeune Tommy, en réalité l’agneau de l’histoire, n’est pas complètement innocente, sait très bien à quoi elle s’expose éventuellement, parfois flanche et est près de changer d’avis mais continue malgré tout,poussée par quelque chose qu’elle ne nomme pas.

– Mon coeur est comme le tien.Tu le savais?

– Vraiment?

– Oui

– C’est pour ça qu’on a su tous les deux qu’il fallait qu’on retourne sur le parking.

– Tout à fait, rit il .Tout à fait.

Tous deux ont conscience d’être sur la corde raide, l’auteur nous y entraîne à leur suite car ce roman est construit comme un thriller, la tension croit au fur et à mesure des jours qui passent . David ne dérape pas, se contraint à ne rien faire qui puisse entacher la vie de cette enfant. Il se protège de toute tentation en rappelant sans cesse son âge et celui de Tommie-Emily.

David lui apprend à faire du feu, faire cuire des toasts, communier ainsi avec la nature. Bonnie Nadzami s’en fait le chantre , sous sa plume on part pour les contrées lointaines,on observe les traces d’animaux, on regarde les arbres, les plantes, leur odeur est presque présente, on ressent le vent..

Malgré les garde fous placés par David , les histoires inventées qui placent les événements dans une sorte de semi réalité, les sentiments rôdent encore et toujours

– Tu pourras rêver du prochain homme avec qui tu allumeras un feu. Sauf que ce sera à toi de lui apprendre à en faire un.

Relevant le menton, il se détourna.

– Tom, ça me fait de la peine de te le dire, mais il le faut bien.

Elle remua les haricots.

– Non, seulement avec toi. Croix de bois, croix de fer.

– Ne dis pas ça, Em. Un jour tu te marieras et tu iras camper avec ton mari, qui ne saura pas comment faire un feu.Tu devras lui montrer.

– Je ne me marierai pas.

(..)

Il observa son visage en forme de coeur, l’embrassa sur la joue, sur la bouche.Un sentiment horrible excitation vint combler le vide sous sa poitrine.

– On ne peut pas s’en empêcher, n’est ce pas? murmura t il d’une voix rauque.Il posa sa main sur le coeur de la fillette. C’est trop énorme pour nous.C’est tellement énorme qu’on a été avalés, n’est ce pas? 

Haussement d’épaules

– Oh, ma douce enfant.Refais le.

Elle haussa les épaules , ferma les yeux.

– Prends ma main, d’accord? On va dormir.Une petite sieste tout en étant bercés par le vent et la lumière.Oui.On n’ira pas plus loin.Seulement ça.Merci.

Elle, encore bien jeune, est terrifiée à certains moments mais ne cherche pas pour autant à partir, ne dit pas aux voisins venus en curieux que l’histoire contée par David n’est que mensonges, qu’elle veut rentrer chez elle. Au contraire, elle sera complice quand la maitresse de David vient le rejoindre au chalet, elle sera d’accord pour rester cloîtrée plusieurs jours dans la remise , comprenant que l’attitude des deux adultes est la meilleure couverture à leur escapade , même si elle assiste aux ébats de ceux ci sans l’avoir voulu au départ. Passage troublant par son intensité, sa gravité car David et Tommie ont conscience que David lui  fait l’amour  par personne interposée.

Et puis il y aura le David détestable, manipulateur, qui s’enferre dans des mensonges vis à vis de sa maitresse, Linnie, qui finit par découvrir la fillette,puis vis à vis de Tommie elle même.

– Si tu le l’aimes pas (Linnie), pourquoi vas tu la revoir?

– Pour nous, Tom.Pour toi et pour moi.Pour notre sécurité.

– Oh

– Parfois, on cerne bien les gens, Tom. Linnie n’est pas forte comme nous.Elle ne voit pas ce que l’on voit. Tu comprends?

Le lecteur oscille entre des sentiments contradictoires vis à vis de cet homme paumé, désemparé. Après des phrases comme  plus haut, nous assistons un peu plus loin à son effondrement .Que lui resterait il quand elle serait partie? Hormis ce trou qu’elle avait un temps rempli de ses paroles consolantes.Ses doutes et ses démons, qu’il lui avait appris à repousser, reviendraient le prendre à la gorge.Il en était sur.

(..)

– Si tu te rends compte un jour que tu me détestes…..

– Non, jamais

– S’il te plait, ne dis pas ça .C’est possible.Laisse moi parler 

Elle attendit.Il avait la voix éraillée et haut perchée.

– « Si tu te rends compte un jour que tu me détestes, que je t’ai gâché la vie..Quand j’aurai quatre -vingt -dix ans.Ou n’importe quand. » Il s’interrompit. Elle l’encouragea d’un hochement de tête.Une vraie petite femme. « Tu viendras me le dire , d’accord? Tu t’achèteras une paire de bottes à bout renforcé, tu viendras me trouver dans ma maison de retraite, où je serai seul, desséché et malade, et tu m’éclateras les dents à grands coups de pied.Ou bien tu me murmureras à l’oreille que j’etais… »

-Arrête!

A présent elle pleurait.

Et vient le temps de la séparation car il est bien évident que Tommie doit rentrer chez elle. Et vous êtes accrochés aux mots, aux pages car la détresse de ces deux personnages vous touchent de plein fouet, les dialogues se font plus intenses,les phrases courtes, parfois d’un seul mot, montrent leur désespoir devant la réalité de la vie. David et Tommie n’ont plus le temps de se dire ce qu’ils ressentent, David ne peut dire que ce que la raison lui ordonne et l’auteur lui a attribué les phrases les plus longues , le fait parler comme un adulte normal,c’est à dire  dans les normes, est sensé parler, (Tommie ,quand elle est prononcera plus d’un seul mot, ne fera que singer l’adulte ,  comme une histoire apprise par coeur ) cette histoire d’amour pas comme les autres racontée à deux voix, hors dialogues, celle de David, sa voix intérieure qui parle, indiquant ses émotions et ses réflexions et une autre, plus lointaine,celle de la conscience collective peut être, comme un témoin qui se veut impartial.

Les dernières phrases laissent la gorge serrée et je me suis retrouvée, par association d’images, propulsée  à la fin de la route de Madison…si vous voyez ce que je veux dire.

Un livre bouleversant, qui suscitera des controverses sans aucun doute. Un livre qui a le mérite de rester en mémoire longtemps après avoir été lu, ce qui n’est pas le cas de tous les premiers romans.

 

 A une vingtaine de kilomètres de Reims , se trouve dans la forêt domaniale de Verzy, petite commune champenoise, un endroit extrêmement rare consacré à la protection et la reproduction des Faux.Que sont ils? Des hêtres (le Fau, en ancien français, désigne le hêtre (d’où les Faux),  issu lui même du latin fagus  .Le mot « hêtre », lui,est d’origine germanique, des hêtres tortillards.

Si en Allemagne, en Suède, au Danemark ils ne sont pas nombreux, ce n’est pas le cas pour ceux de du site de Verzy qui en compte 800 environ, depuis que des protections sous forme de barrière en bois ont été installées de manière à ce que les visiteurs qui viennent  les admirer ne piétinent pas leurs racines.

Mais pourquoi sont ils admirables ? Ce sont leurs troncs et leurs branches  tordus , torturés, qui donnent une forme particulière, des branches qui s’inclinent jusqu’au sol et font que ces arbres forment des sortes d’igloos, leur feuilles ,l’été, s’étalant sur la terre. 

A l’heure actuelle, on ne sait toujours pas d’où provient ce phénomène

Je tâcherai cet hiver de retourner là bas afin de mieux vous montrer l' »ossature » de ces arbres particuliers. En tout cas, ce fut une balade enchanteresse , à l’ombre car ce jour là le soleil plombait..pour une fois.

Si vous désirez mieux regarder une photo , il vous suffit de passer votre souris dessus. le défilement cessera alors