Il y a bien longtemps que je ne m’étais pas plongée dans l’univers d’Anne Perry. De temps à autre Asphodèle, par exemple LA, faisait une petite piqûre de rappel mais j’avais tellement lu cette auteure aussi bien sa série Thomas Pitt que celle de Monk en passant par ses enquêtes se déroulant pendant la 1ère guerre mondiale que je n’avais pas très envie de m’y replonger.Comme quoi, il ne jamais dire « Fontaine…etc.. » 

 C’est  une enquête de W. Monk que j’ai découverte. Monk n’est plus détective privé , si je ne m’abuse il est même tout nouvel inspecteur de la police fluviale de Londres , marié depuis peu à Hester , responsable d’un centre qui soigne des  femmes pauvres , bien souvent prostituées.

Je fais ici une parenthèse sur la brigade fluviale Londonienne. Créée par Patrick Colquhoun en Juillet 1798, elle comprend 40 officiers et 200 hommes , tous d’anciens marins .Fin Aout 1839 , la police fluviale est rattachée à la police métropolitaine , ses membres devenant des fonctionnaires . Anne Perry évoque d’ailleurs ce changement par quelques petites phrases tout au long de son roman.

Nous sommes dans l’action dès le début du roman. W.Monk poursuit , avec ses hommes ,Jéricho Philipps soupçonné de meurtre avec torture sur la personne d’un jeune garçon de 13 ans , de prostitution de mineurs et vente de photos pornographiques. Il parvient enfin à mettre la main sur cet individu et quelques semaines plus tard , le procès peut avoir lieu, présidé par Lord Justice Sullivan.

Sir Olivier Rathborne, ami du couple Monk/Esther, reçoit la visite de son beau père qui l’oblige à défendre Jéricho Phillips, malgré ses réticences , car un commanditaire le lui a demandé.Les pressions commencent. Sir Olivier, malgré sa détresse , se sert des connaissances qu’il a sur le couple pour réussir à monter une défense sans faille  qui conduit le jury, contrairement à toute attente, à relâcher le prévenu.

Malgré l’amitié pour Rathborne mise à mal, Hester ne s’avoue pas vaincue et convainc William de reprendre ses investigations commencées par Durban, chef de la police fluviale décédé dans une enquête précédente et qui a marqué Monk de son empreinte,devenant son ami.Il est aidé par Scuff, un gamin des rues de 11 ans recueilli par le couple.

C’est ainsi que nos plongeons dans le monde de la prostitution infantile et homosexuelle avec une description précise du milieu comme Anne Perry sait si bien le faire.

Une bonne partie du livre sert à montrer l’ambiance d’un procès sous l’époque victorienne , passage peut être un peu long mais l’intérêt du roman est peut être là,car pourquoi Anne Perry a t elle passé autant de temps sur la période du procès? Si ce n’est pour nous démontrer que les a priori, les préjugés,l’émotion suscitée par la découverte d’un crime, aussi horrible soit il n’ont pas lieu d’être au sein d’une cour de justice et que seuls les faits avérés, les preuves doivent être utilisés pour convaincre des jurés et seulement cela.

Cette fois, Monk et son équipe doivent être patients et chercher les preuves de la culpabilité de Jéricho Phillips , la leçon de justice digérée.Esther,peut être montrée encore plus forte femme , capable  d’assumer à la fois son travail prenant à la clinique et celui de détective dans une société encore bien machiste. Rathborne finit par se joindre à leur quête, voulant s’absoudre des pressions faites par la société et les liens familiaux.

Tout cela fait un roman au rythme lent , aux avancées de l’enquête faibles,avec toujours cette faculté de nous plonger dans une époque victorienne détaillée ,aux odeurs, aux couleurs perceptibles,le long des méandres de la Tamise sur laquelle naviguent les allèges, grands chalands servant aux chargements et déchargements des marchandises depuis les navires.Tout comme le début du roman,le final accélère le tempo et nous embarque dans un dénouement haletant.

Construction particulière de ce livre: rapide-lent- rapide. Je crois Anne Perry assez talentueuse pour l’avoir conçu ainsi,déboussolant le lecteur mais à près tout, pourquoi pas?