Les derniers Karine Giebel que j’ai lu, Juste une ombre, puis Purgatoire des innocents ont fait resurgir une lecture faite il y a 1 an 1/2, deux ans, de ce livre.Pour tout vous dire , quand j’avais fermé la dernière page , à l’époque, j’étais en larmes ( vous allez me dire que je pleure facilement….Vrai pour les films ou la musique mais pas pour les livres). Je voulais vous en parler, parler de tout ce que j’avais ressenti, vécu au travers de ces 989 pages,mais je n’ai pas trouvé les mots tellement le choc avait été grand.J’ai laissé passer le temps, ce livre m’a poursuivie encore et encore mais pas moyen de faire une chronique.

Et puis, donc, les deux derniers de Giebel précédemment cités.Et là, déclic.Je me suis dit qu’il fallait impérativement parler de ce roman noir, très noir qui ,pour le moment, malgré l’incontestable qualité de Juste une ombre ou bien Purgatoire des innocents reste LE livre à lire de cette auteure qui livre après livre se hisse parmi les plus grands de sa génération d’auteurs de romans policiers.

Je m’y suis replongée , là aussi, ça ne m’arrive pas pour un polar ,pour retrouver les bons souvenirs et pouvoir, cette fois, vous en parler.Je savais dans les grandes lignes ce qui allait se passer et pourtant…Je me suis retrouvée embarquée dès la première page comme si je découvrais ce roman,prisonnière, si j’ose dire, de l’écriture de Karine Giebel maîtrisée de bout en bout.

Ce n’est pas un polar au sens propre du terme.Oui, il y a des bons et des méchants, des policiers et des assassins, du suspense car on ne sait pas comment les choses vont tourner.Tout est sur le fil du rasoir , phrases tranchantes, coups de poing en pleine figure ou à l’estomac, c’est selon,formules choc,descriptions hallucinantes, comportements humains qui le sont tout autant.

Ce n’est pas un polar parce que c’est, pour moi, une critique impitoyable de notre société et surtout de l’univers carcéral qui fait des personnes incarcérées des monstres si elles en sortent ou bien des victimes si elles n’ont pas la force de résister.Univers impitoyable qui met d’un côté des barreaux des êtres humains qu’il faut punir pour ce qu’ils ont fait et de l’autre des surveillants de prison…A moins que les choses ne s’inversent car il en faut très peu, je dirais même pas du tout , pour que certains de ces matons soient dans le même état d’esprit que les pires des criminels emprisonnés, la seule différence étant qu’ils ont la loi pour eux.

Marianne a 20 ans, en taule depuis deux ans déjà pour avoir , lors d’un cambriolage avec son petit copain, tué, sans le vouloir, le propriétaire de la maison.Fuite des deux délinquants, les policiers  tuent Thomas après un barrage forcé. Marianne , petite bonne femme mais qui pratique le karaté et est dotée d’une force physique peu commune  se retrouve acculée par deux représentants de l’ordre.Dans sa désespérance d’avoir perdu son ami, traquée et coincée comme une bête fauve, elle ne réfléchit pas et tire: Le policier s’effondre et sa collègue, enceinte, se retrouvera en fauteuil roulant. 

Marianne n’est pas issue d’une famille pauvre, elle porte une particule , Marianne DE Gréville. Mais orpheline, elle a été élevée par ses grands parents qui jamais ne se sont occupés d’elle.Recherche d’amour, Thomas, recherches de limites ,délinquance. Cette situation sociale a été à charge contre elle et la sentence est tombée: Perpétuité. 18 ans et perpétuité.

Le roman démarre quand elle arrive à la centrale de S. Tous les noms de prisons ou de lieux ne sont que des initiales. Marianne arrive d’une autre prison où elle a massacré une surveillante…Jugée hyper dangereuse, elle est mise d’office au secret, au cachot.Avec elle, un bouquin Des souris et des hommes de Steinbeck et surtout les trains…Elle connait par coeur les horaires de passage et s’évade avec eux, imaginant où elle irait si un jour elle devrait recouvrer la liberté.Une autre forme d’évasion,les cigarettes et la drogue, deux fois par semaine, pas plus.

Trois surveillantes et un maton,responsable de cette centrale.Le décor est planté,l’Enfer peut démarrer réellement.

Un jour, parloir…Des flics , oui, des flics,lui font une proposition.Si elle accepte, elle sera libre, des papiers lui seront fournis pour pouvoir commencer une autre vie, ailleurs, loin. 

Tout l’art de Karine Giebel est de nous mettre dans la tête, dans le corps de ses personnages.Marianne devrait , selon toutes vraisemblances, nous irriter, nous indisposer, et bien non. Petit à petit , l’auteure nous la rend sympathique, nous met en symbiose avec elle mais pas seulement. Nous sommes en empathie avec certains , j’allais dire flics ou voyous, nous sommes dégoûtés et en colère vis à vis d’autres.Marianne nous est de plus en plus proche et physiquement nous souffrons avec elle, nous pleurons avec elle, nous rêvons avec elle.Nous sommes ,avec elle et les autres, prisonniers de ce huit clos étouffant.Karine Giebel nous la rend très chère, la fait nous séduire comme ceux qui auront vu au delà de sa carapace, de sa rage incontrôlable.

Près de 1000 pages que nous ne pouvons pas lâcher,il y a toujours quelque chose qui va arriver, la spirale qui entraîne et étouffe Marianne s’étire sans fin.Un peu de douceur malgré tout , mais à quel prix? Et la toute fin…Nous sommes sonnés,meurtris,touchés profondément dans notre esprit, dans notre coeur. En larmes pour pouvoir nous libérer et retrouver notre souffle.Avec des certitudes ébranlées, des questionnements qui longtemps nous poursuivront.

Un courage indompté, dans le coeur des mortels, Fait ou les grands héros ou les grands criminels 

Voltaire