juste action Je n’avais pas lu Elizabeth George depuis un moment mais la Masse critique de Babélio et les Editions Presse de la Cité (merci à elles) m’en ont donné l’occasion.

J’ai retrouvé les personnages récurrents de l’auteur avec plaisir,finalement ils étaient encore assez présents  dans ma mémoire puisque très vite j’ai pu reprendre le cours de leurs vies sans souci.Peut être le gage d’une certaine qualité d’écriture. Enfin jusque là. Car nom d’une pipe, qu’est ce que je me suis ennuyée!! 

La fille de Azhar, Hadiyyah, a disparu. Sa mère l’a enlevée et depuis pas de nouvelles.La police ne peut rien faire puisque, officiellement Azhar n’a aucun droit sur l’enfant , la petite ne porte pas son nom et il n’est pas marié avec Angelina (pour rappel, il est toujours l’époux d’une autre femme).Mais Barbara Havers , amoureuse à sens unique de ce papa désespéré ne peut pas laisser son ami dans la détresse et après discussion avec l’inspecteur Linley , décide d’engager un détective privé. On retrouve la trace de l’enfant et sa maman …à Lucca (Lucques) en Toscane,Angelina ayant voulu fuir avec un bel Italien.

Barbara et Azhar s’envolent donc pour l’Italie pour faire fléchir Angélina et faire en sorte que Hadiyyah reste avec son père…Oui mais ce n’est pas si simple car Hadiyyah disparait de nouveau…Qui est derrière ce nouvel enlèvement, va t on pouvoir la retrouver à temps? Linley prend les rênes de l’enquête en Italie car là c’est une ressortissante anglaise qui semble être en danger, la police italienne et anglaise doivent  collaborer.

C’est l’occasion pour Elzabeth George de montrer le racisme qui peut déchirer deux familles, l’une anglaise et l’autre pakistanaise, au détriment des enfants,l’occasion aussi de montrer les dessous pas jolis jolis de la police , en particulier l’italienne et ….de m’ennuyer…Une enquête est terminée, une autre démarre avec autant de longueurs que la précédente, brouillée par les boulettes de plus en plus grosses de Barbara Havers qui se met hors la loi , prête à tout pour venir en aide à son ami.Tout ça devient à la limite ridicule, sans une once de crédibilité. Petite touche romantique: notre cher et très anglais Thomas Linley est amoureux et se laisse enfin aller à ses sentiments.(j’ai loupé la mort de sa femme dans un roman antérieur) 

Deux points positifs à cette laborieuse lecture: quand l’enquête se passe en Italie, le texte est parsemé de phrases en italien sans quasiment de traduction. Alors, chouette! J’ai pu vérifier que ma maigre connaissance de la langue , finalement, est peut être supérieure à ce que je croyais. Le deuxième point, c’est la découverte de Lucques puisqu’en lisant les descriptions qu’en fait Elizabeth George je suis allée sur le Net pour faire la curieuse.Il va falloir que je réalise mon rêve d’aller là bas.

Ces deux aspects positifs peuvent ils sauver la lecture de ce roman? C’est à vous de décider mais j’ai un message à faire passer à l’écrivaine: revenez nous vite avec le style et le sens du suspense qui ont fait votre notoriété.Vous me manquez! 

 Partagée, j’ai été partagée à la lecture du 6ème roman d’Anne Calife que je connaissais pas.

Tout d’abord l’histoire. Celle d’une jeune auteure qui présente son premier livre au Salon du même nom.Là, elle y fait la rencontre ,très courte, pour ne pas dire furtive d’un journaliste venant lui aussi faire la promotion de son roman.Ils se parlent 1/2 heure, elle, complètement en apnée « Mes sens étaient tellement en alerte débordant de mon regard,mon ouïe, mon odorat, que je n’arrivais plus à analyser ce que je ressentais… devant cet homme plus âgé qu’elle « la peau fine et froissée comme une fleur fanée;autour de lui cette aura bleu-blond-gris, un peu méprisante, ordonnant distance-distance-tenez-vous-loin-de-moi-car-je-suis-important ».Il lui donne son téléphone.Elle l’appelle pour pouvoir être encore être en contact avec lui mais c’est un entretien sur un ton bref et sec sans sourire ni intonation, d’ailleurs il n’a plus le temps.

Il faut que je vous laisse , conclut il.

En effet , il m’a abandonnée.Cela me fit l’effet d’un varech lamentablement échoué sur le sable

 Les échanges ne s’arrêtent pas là. Quelques autres appels renouvelant la même déception.Nous sommes au début d’internet et un jour le journaliste lui donne son adresse mail.

Et là, ce sont des milliers de mails échangés entre eux dont nous ne connaitrons guère la teneur , du moins du coté masculin. 

Anne Calife nous plonge dans le cerveau de cette jeune femme fragile émotionnellement, sans grands repères paternels. Son père, dans les années 70,était passionné par ce tout nouveau moyen de communication qu’est l’ordinateur et disparassait complètement derrière l’écran, abandonnant sa fille de 6 ans pour le monde virtuel.Donc, méfiance vis à vis d’Internet et des mails ..Mais voilà, c’est le seul moyen qu’elle a d’avoir des contacts avec cet homme qui la fascine.

Elle, elle se livre, expliquant ses peurs et ses angoisses, se dénudant complètement devant Lui, cet homme qui lui répond quand il a le temps, avec des mots durs,blessants ,destabilisants. Quand elle réagit devant tant de méchancetés avec virulence, violence parfois selon ses termes, il sait la reconquérir en lui adressant des mots tendres, doux, des petits surnoms.En un mot il l’a manipule,la détruisant petit à petit. Syndrôme de Stockolm , la prison étant celle du virtuel, de l’écran derrière lequel n’importe qui peut se cacher.

Jamais il n’acceptera un rendez vous , un échange yeux dans les yeux.Elle s’inclinera devant cette autre exigence, non sans mal certes mais elle s’inclinera.Le temps passe, les années, oui les années, s’écoulent, Elle murit semble t il …

Les chapitres du livre vont de A à O montrant l’évolution mentale progressive de cette jeune fille A Amorce, B Balle les mails envoyés étant comme des balles échangées, envoyer/recevoir….O Oeil, ouvrir les yeux.

C’est un livre sur cette nouvelle forme de communication, d’addiction ,qui ouvre un abîme pour les personnes fragiles et solitaires déjà sur le fil du rasoir. Tout au long de ce court roman, je me suis dit qu’elle allait réagir, ne pas se laisser engloutir , détruire par cet homme qu’au fond elle ne connait pas, dont elle ne sait rien puisque jamais il ne dira la moindre chose personnelle.

Qui est il cet homme? Qu’est ce qui le pousse à entretenir cette correspondance qu’ il dit détruire à peine lue ? Est il lui même si seul qu’il ne peut s’en empêcher ? Est il si sadique, si peu sûr au fond de lui , qu’il a trouvé en cette jeune écrivaine une victime idéale puisque consentante même si parfois elle se rebelle? 

Le livre finit presque comme il a commencé.Les mots sont quasiment les mêmes, à quelques nuances près mais d’une grande importance.Le style est sans concessions, interieur dévoilé, ressenti,bref, incisif, quasi clinique. 

J’avoue l’avoir lu en deux fois , laissant quelques jours entre les deux lectures.J’éprouvais l’envie de savoir comment tout cela allait finir , je sentais que ce n’était pas un livre rose à offrir à la Saint Valentin comme l’était Quand souffle le vent du nord (et sa suite que je n’ai pas chroniquée) et en même temps je ressentais un malaise indéfinissable, partagée que j’étais de la secouer en lui disant de ne pas perdre son temps avec ce malade, que la vraie vie passait sans elle. Freud aurait sûrement été d’accord en disant qu’à travers cette relation elle recherchait l’attention du père, l’approbation ( elle lui a envoyé des manuscrits pour lui demander son avis , sachant qu’elle lui donnait là une excellente occasion de la briser, car quoi de plus fragile qu’un écrivain qui démarre un livre, son bébé ? Et bien entendu c’est ce qui est arrivé.)

Quelques réflexions sur l’écriture aussi mais dans l’ensemble un livre lu sans grand plaisir,sans grand intérêt. Dommage.

Merci aux Editions The Menthol House qui me l’a envoyé