J’ai loupé, il y a 15 jours, notre rendez vous et j’ai failli encore cette semaine….Pas très assidue ces temps ci dans la blogosphère ,vous pouvez le constater au nombre d’articles qui se retreint comme une peau de chagrin. 😕

 

En cette chromo-oiseau-couronnc3a9-ana-rosa1 logo asphodele poesie jeudi un poème de circonstances car il fait beau et demain printemps

 

42Théodore de Banville

Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses des lilas fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Délivrent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d’or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses de lilas fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent !
Mille espoirs fabuleux nourrissent
Nos coeurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du Printemps !

 

 

Sur une musique de Reynaldo Hahn  .Les » rondels », cycle de mélodies édité en 1899, comportant des poèmes de Théodore de Banville et de Charles d’Orléans.

 

[youtube]http://youtu.be/SIJ92LkznBc[/youtube] 

 

 

             

mais aussi celui là , gorgé de vitalité , de gaité, oserais je ? de sensualité 

Elle frémit, la brise pure,
Dans ce beau jardin de féerie
Où le ruisseau jaseur murmure.
Le printemps affolé varie
Sa merveilleuse broderie,
L’eau chante sous les passerelles;
Tout tressaille dans la prairie
A la façon des tourterelles.

Les arbres dans l’allée obscure
Où babille la causerie
Laissent leur jeune chevelure
Flotter avec coquetterie.
C’est le temps où le ciel vous crie
D’oublier chagrins et querelles,
Et de vivre en galanterie
A la façon des tourterelles.

L’insecte court dans la verdure.
Le bois est plein de rêverie;
La nymphe a quitté sa ceinture,
Le sylphe avec idolâtrie
Baise la pelouse fleurie,
Les fleurs ont ouvert leurs ombrelles;
Enfants, il faut qu’on se marie
A la façon des tourterelles.

 

La colombe murmure et prie

Et chuchote sur les tourelles:
Mariez-vous, belle Marie,
A la façon des tourterelles.

.

chromo-oiseau-couronnc3a9-ana-rosa1 logo asphodele poesie jeudiÇa y est! Nous sommes de nouveau au rendez vous du jeudi ! Les beaux mots, les vers bien ciselés,les auteurs méconnus vont ressurgir et venir nous charmer, de blogs en blogs.

Cette fois j’ai pensé à nerval Gérard de Nerval et non! Pas à son El Desdichado mais à une allée du Luxembourg,  théâtre pour moi, d’un moment de bonheur.

 

Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C’est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D’un seul regard l’éclaircirait !

Mais non, – ma jeunesse est finie … 
Adieu, doux rayon qui m’as lui, –
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, – il a fui !

 

IMG_3196 - Copie

C’est aussi ma première participation au challenge Romantique de Claudia Lucia

 

Friedrich_2bisbisbis

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En retard , pardons Asphodèle , je vous fais partager un des poèmes qui m’a toujours bouleversée. Il produisait des échos en moi très profonds.

pablo-nerudaPablo Neruda, je l’ai découvert avec ma prof d’espagnol, la première chose de bien qu’elle ait faite pendant mes trois années d’apprentissage  😥

J’ai continué à le découvrir grâce à Paco Ibanez (second et dernier acquis en espagnol) que ne me lasse pas d’écouter.

Mais ce poème là est particulier..Une leçon de vie…

 

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd’hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d’être heureux!

Nous voilà le 9 Janvier 2014  et nous ouvrons cette année avec la poesie pour Asphodèle

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J’ai choisi ce poème , ressurgi du fond de  ma mémoire ,poème qui n’est plus tout à fait d’actualité mais bon….

Imaginez une petite bonne femme de 5 ans, choisie par sa maîtresse pour représenter son école dans un concours de poésie départementale. Voici ce qu’elle devait réciter

IMG_3503 - Copie

 

 

Tu étais, petit sapin, haut comme trois pommes

et maintenant tu atteins la taille d’un homme!

Tu pousses tes branches dans tous les sens.

Ta tête pointue vise le soleil.

Sapin gentil que j’ai connu si petit,

quand tu seras un géant, me regarderas-tu encore?

Si tu ne m’as pas oublié, lance-moi une pomme en bois

et dis à ton écureuil de remuer la queue trois fois.

Louis Guillaume, Le rouet de verre

Né en 1905 à Paris  et mort en 1971 à Biarritz

 

Savez vous ce qui se passa pour cette puce? Elle gagna le concours! Oui Mesdames (et messieurs) !

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Non! vous ne rêvez pas! Je fais bien un deuxième article pour le jeudi en poésie d’Asphodèle. Le premier sur les Canuts m’a semblé entrer moins bien dans le cadre demandé par notre blogueuse alors je me suis attelée de nouveau à la recherche du poème du jour, du moment.

C’est vers Robert Desnos que je me suis tournée car ce sont des mots que j’ai souvent lus,auxquels j’ai souvent pensé.

COUPLE astral

Couple astral peint par R.Desnos en 1935

 

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance 
De la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués 
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.

O balances sentimentales.

 

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l’amour et toi, la seule
qui compte aujourd’hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre 
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

 

 

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Les semaines passent, nous voilà à la troisième édition du jeudi en poésie inspiré par Asphodèle.(Clic sur le logo pour lui rendre visite

Aujourd’hui,  nous sommes le 21 Novembre. Il y eut un 21 Novembre qui inspira , malheureusement pourrait on dire, un chansonnier Aristide Bruant, celui du chat noir, vous savez? ou bien de Nini peau d’chien . Je veux vous entendre chanter!!  :-D. Certes , je ne sais pas si on peut considérer Aristide Bruant comme un poète mais, pour l’occasion, je voulais vous parler de ce 21 Novembre 1831 et de la révolte des Canuts.

Pourquoi ces ouvriers de la soie se sont ils mis en grève ce 21 Novembre 1831?  Les maitres ouvriers possédaient leur propre métier , appelé aussi bistanclaque, chez eux. Ils logeaient et nourrissaient  également un compagnon,  Leur journée était de 18H  (10H pour les enfants de 6 à 10 ans…) et extrêmement mal payée, 18 sous. Vous pouvez bien vous rendre compte de la pauvreté dans laquelle vivaient ces hommes, ces familles.

Face à eux,les soyeux ou négociants qui passaient les commandes aux Canuts (mot tiré de « canette » ou bobine) en fonction du marché de la soie. 

La situation de crise (Tiens ? ) fait que les commandes se sont faites plus rares et les prix de façon très bas. L’agitation populaire a commencé dès Janvier 1831, certains , comme le Général Roguet, commandant de la division militaire de la région lyonnaise ou un peu plus tard l’adjoint Terme, remplaçant du Maire, s’en sont inquétés . Le général Roguet demanda un tarif minimum, Terme, lui, réunit les deux parties en présence mais les soyeux ne vinrent pas

Le 25 Octobre le préfet organise une nouvelle réunion avec les représentants des négociants et des Canuts tandis que 6000 canuts se rassemblent et défilent sans aucun problème, en silence, jusque vers la préfecture. Un tarif commun est signé et devra être appliqué à partir du 1 er Novembre.

Refus des négociants qui prennent pour prétexte la concurrence internationale et la loi du marché(!)et qui en appellent à l’Etat, c’est à dire à Louis Philippe.Les Canuts se sentent trompés et parlent  de se mettre en grève. Le 20 Novembre, ils apprennent que de nombreuses commandes sont attendues et ils décident de ne pas reprendre le travail et de retourner manifester devant la préfecture. Au même moment , une revue de la garde nationale, composée de 10 000 hommes , ouvriers et bourgeois, a lieu place Bellecour.

Le 21 Novembre , des milliers de Canuts descendent de la Croix Rousse , lieu d’habitation et de travail de ces compagnons ouvriers , .Des coups de feu éclatent entre la garde nationale et les insurgés qui eux ne possèdent que pioches, pelles ou autres gourdins. Des barricades sont élevées , le tocsin appelle à la lutte armée. Une centaine de victimes. La garde nationale et des soldats sont envoyés pour rétablir l’ordre.Le maire de la Croix Rousse parvient à un calme précaire. 

Cette révolte n’est pas finie pour autant et je vous convie à consulter ces liens passionnants .

http://rebellyon.info/?21-novembre-1831-debut-de-la

http://www.herodote.net/22_novembre_1831-evenement-18311122.php

http://www.museemilitairelyon.com/spip.php?article126

http://fr.wikipedia.org/wiki/Canut

 

Aristide_Bruant

 

 

 

 

 

 

Aristide Bruant a composé cette chanson en 1894 mais ne la publia qu’en 1899.Bien après donc la révolte des Canuts.Mais une chanson de cette période de 1830 disait ceci 

Ah ! songez dans cette  salle
Où s’étale
le velours et le damas
Que celui  qui le travaille
Sur la paille
Mourra dans un galetas...  
Alors comment ne pas penser que Bruant, en poète proche du peuple par goût ou par opportunisme, ça, on ne le sait pas,ait pu être au courant, lors de ses multiples voyages , de ces paroles et de décider d’en faire autre chose, à sa sauce? En tout cas, cette chanson est devenue un hymne pour les ouvriers, quel que soit leur travail.

 

Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or
Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or
Nous en tissons pour vous, grands de l’eglise
Et nous pauvres canuts, n’avons pas de chemise

C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus!

Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir.
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir.
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous,pauvres canuts, sans drap on nous enterre

C’est  nous les canuts
Nous sommes tout nus!

Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira:
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira:
Nous tisserons le linceul du vieux monde,
Car on entend  déjà la révolte qui gronde

C’est  nous les canuts
Nous n’irons plus nus!
C’est nous les canuts
Nous n’irons plus nus!

 

[youtube]http://youtu.be/Eg2pUfX86YA[/youtube]

 

 

 

 

 

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Nous sommes repartis pour la ronde des poèmes. Cette fois, je vais vous soumettre une poésie d’Aragon , un des plus grands poètes du XXème siècle.Le chantre de l’Amour avec un grand A . 

L’écrit auquel je pense fait , pour moi, référence à un événement tout récent de mon existence. Il y a 35 ans, la vie me séparait de celui que j’aimais. Trente cinq ans à traîner un mal être, voire plus, trente cinq ans de vide.

Depuis 4 mois , le ciel est plus bleu, l’herbe plus verte, les fleurs ont meilleur parfum.Depuis 4 mois, je revis car nous avons été remis en présence l’un de l’autre et enfin réunis.Cette fois, je ne le lâcherai plus! 🙂

Le feu, un des plus beaux textes poignants de Louis Aragon mis en musique par Helene Martin  (Clic) Ecoutez la voix de Marc Ogeret quasi indissociable pour moi de ce poeme , écoutez la mélodie qui ne fait qu’une avec le texte.

 

[youtube]http://youtu.be/hCuzbFGGjr0[/youtube]

Asphodele vient d’avoir l’idée , ô combien intéressante , de faire du jeudi (tous les 15 jours)  un jour en poésie.Je ne peux qu’être de l’aventure car vous le savez sans doute, j’aime la poésie et le logo concocté par notre jolie et talentueuse  blogueuse est plus que séduisant.

chromo-oiseau-couronnc3a9-ana-rosa1 logo asphodele poesie jeudi

 

J’ai tout de suite pensé à un poete, LE poète que nous connaissons tous et toutes, incontournable me semble t il. Sans aucun doute râbaché et anonné dans nos salles de cours mais tellement immense qu’on se doit de le connaitre: Victor Hugo

J’ai choisi ce poème pour plusieurs raisons.L’une perso, intime, une autre parce qu’il fait un clin d’oeil à Asphodèle, ce qui me semble de circonstances, et l’autre pour son évidente beauté, ses vers sublimes.

 

Booz endormi

Booz s’était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d’orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n’avait pas de fange en l’eau de son moulin ;
Il n’avait pas d’enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
– Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l’oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
Etait  mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz  murmurait avec la voix de l’âme :
 » Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

 » Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

 » Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l’eau. « 

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu’une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

 

 

3eme_vitrail 

Un des vitraux de l’Eglise de St Léger de Gosnay

 

 (Si vous voulez voir de magnifiques photos dont le logo fait partie, rendez vous sur ce Tumblr ! Vous y verrez des merveilles)

Je vais tenter de participer aux Plumes d’Asphodèle. Une manière de me remettre à l’écriture, de refaire fonctionner mes neurones vieillissants, de faire une activité que j’aime mais qui me demande une concentration qui me fait défaut.

Asphodèle est partie d’un mot: Cortège et chacun devait donner un mot en relation avec lui.

23 mots ont ainsi été proposés et  doivent faire partie du texte imaginé. Ils seront en italique et soulignés dans ma prose. Indulgence sera le maitre mot, si vous le voulez bien, même si toutes critiques seront acceptées et réfléchies car ce sont elles qui permettent le progrès.

Je ne serai pas présente ce week end, je vous lirai donc ,avec plaisir, à mon retour.

 

 

 

L’angoisse la saisit à la gorge, provoquant un afflux de larmes. Elle se sentait poussée,comprimée par une foule toujours plus grande. Mais où était elle? Que s’était il passé ? .Elle ne reconnaissait plus l’endroit où elle se trouvait. Une atmosphère étrange , empreinte de ferveur, flottait dans l’air.Elle qui détestait les rassemblements, les carnavals, les fêtes populaires, se retrouvait au beau milieu d’une manifestation sans qu’elle sache comment elle était arrivée là.

Elle tenta de s’extirper de ces corps qui l’emprisonnaient,de se diriger ,poussée à droite, rejetée à gauche,emportée en arrière,projetée en avant, vers un renfoncement entre deux bâtiments.Elle y parvint, en sueur, une boule d’angoisse bloquée dans la gorge qui la forçait à respirer par à coups. Une ribambelle d’idées les plus folles , les plus noires, affluait dans sa tête douloureuse. Tout s’entrechoquait,la laissant pantelante. Elle fit appel à sa volonté et parvint à se ressaisir.

Ne pas se laisser abattre …Voyons…Où était elle? Dans une ville ,et une grande vu le peuple qui déferlait dans la rue. Juste avant de se retrouver là… allez..Réfléchis!!! Ah oui! Elle était à Paris, baguenaudant le nez en l’air comme souvent, émerveillée par les immeubles haussmanniens. Elle avait décidé ce voyage depuis sa Bourgogne natale en découvrant par hasard des photos avant-après de Paris faites par le  photographe officiel de Napoléon III , Charles Marville. Et c’est en traversant la rue sans regarder que la voiture l’avait heurtée , l’envoyant valdinguer quelques mètres plus loin , la tête heurtant violemment le bitume.

Et elle se retrouvait là,désorientée,dans un lieu qu’elle ne reconnaissait pas. Dans un monde inconnu car en regardant plus attentivement, elle s’aperçut que les costumes n’avaient rien à voir avec les tenues auxquelles elle était habituée. Avec stupeur, elle réalisa qu’elle avait fait un bond  en arrière dans le temps et que si elle se trouvait toujours à Paris, c’était au XIXème siècle. Hommes en casquette, bourgerons et pantalons de travail, femmes en jupes et caracos, voilà ce qu’elle voyait dans une longue succession semblable à un fleuve qui déborde de son lit, envahissant les rues.

Aux acclamations qu’on scandait autour d’elle, elle comprit enfin où elle était et surtout la date de son voyage dans le temps : « Vive Victor Hugo »! « Vive Victor Hugo »!! Elle avait été propulsée au 1er Juin 1885, jour de l’enterrement du célèbre écrivain. Funèbre instant pour la littérature française qui avait cependant marqué l’Histoire, entre autre par la ferveur du peuple,venu manifester son amour dans un long cheminement à celui qui avait tant fait pour lui,dans ses admirables écrits ou dans ses actes.

Elle parvint à s’approcher et découvrit l’Arc de Triomphe recouvert d’un long voile de crêpe sombre sous lequel un immense catafalque noir et argent avait été déposé .Tout autour un amoncellement de fleurs   semblait vouloir apporter, en embaumant l’air, un peu de douceur et d’apaisement au chagrin des personnes qui défilaient devant l’oeuvre de Charles Garnier se rappela t elle , pour un dernier hommage.

Soudain, des coups de canon retentissent…Vingt et un au total. Le silence se fait. Pendant que résonnent la Marseillaise puis le Chant du départ joués par la musique républicaine,le cercueil est déposé dans un corbillard simple , noir, orné de deux couronnes de roses blanches, attelage tiré par deux chevaux. Le cortège s’ébranle , le défilé commence alors pour rejoindre la dernière demeure de l’écrivain,le Panthéon.

Dans son désir de s’approcher un peu plus près, elle ne fit plus fait attention à ce qui l’entourait.Bousculée, elle perdit l’équilibre et heurta violemment le pied d’un lampadaire.Dans un éblouissement bleuté, elle vit tout chanceler autour d’elle et tomba par terre.

– Mademoiselle, mademoiselle!!! Réveillez vous! Je suis tellement désolé!! 

Elle revint à elle,étendue dans la rue, un attroupement autour d’elle. Les trépidations du métro ,le bruit de moteur des voitures,l’odeur si particulière de l’essence lui firent prendre conscience qu’elle était revenue en 2012.

Un jeune homme était penché au dessus d’elle,ses yeux noirs inquiets. Elle chercha à se relever, encore étourdie. Aussitôt, il se pencha pour l’aider 

-Voulez vous voir un médecin? Vous avez perdu connaissance, ce serait sans doute plus prudent.

D’un geste de la main, elle refusa.

– J’aimerais plutôt boire quelque chose dit elle d’une voix encore un peu faible.

Soutenue par un bras, elle gagna le trottoir, encore perturbée par ce qui venait de lui arriver.Comment cela se pouvait il? Cartésienne de nature, elle n’avait jamais adhéré à ces thèses de sauts dans le temps.Il allait lui falloir un moment pour accepter cette expérience.

Ils entrèrent dans un café et s’installèrent dans un endroit retiré. Avec un sourire, le jeune homme l’aida à s’asseoir .

-Je m’appelle Victor.Et vous?

Des frissons la parcoururent, un instant, le sol parut tanguer sous ses pieds.

Elle répondit,avec un soupçon d’angoisse dans la voix: Juliette.