Ce livre a une histoire. Rappelez vous.Je vous avais parlé de Vitrines en cours, dont j’avais eu le manuscrit entre les mains.J’avais vraiment adoré ce livre, malheureusement, il n’avait pas été retenu pour être édité.

Je ne sais ce qu’il m’a pris, mais j’ai poussé la porte virtuelle de l’auteur en osant lui écrire, via le site de nouveaux Auteurs, afin de le lui dire tout le bien ressenti en le lisant.Et j’ai reçu une très jolie réponse qui m’a conduite à répondre etc…les mails se sont succédés et , un jour, Charles Dellestable m’a demandé si je serais d’accord pour lire le manuscrit du roman auquel il était en train de travailler , dans le cadre d’un concours organisé par la Fondation Bouygues Telecom. Thème: Utiliser tous les moyens de communication anciens ou actuels.(Evidemment mon cher Watson) Quelle ne fut pas ma joie et, je l’avoue, une certaine fierté d’accepter ce cadeau! 

C’est donc avec grand intérêt, émotion,respect que je me suis penchée sur cette oeuvre en devenir mais là, je passe les détails.

En fin d’année dernière Charles m’annonçait avec bonheur qu’il avait été sélectionné pour la finale puis….qu’il était le lauréat du prix Nouveau Talent 2013.

Cette fois, depuis le 3 Juin , le livre est partout en vente à 14 euros. Pas cher pour un roman de 264 pages

Ce sont trois histoires qui sont racontées qui se croiseront à un moment  ou à un autre.On démarre au moment où les accords de Munich viennent d’être signés.On ouvre le livre sur la conversation enchevêtrée, à leur image, de quatre amis, Gaby, Oscar,Paul et Nina (ces deux derniers étant mariés) parisiens,dans le monde des balbutiements de ce qui sera, plus tard, la télévision, de la musique, du design pour employer un mot actuel,le décorartisan selon Paul,dont les « Ateliers de décoration Paul Delatte » avaient fermé le mois précédent. Il continuait à exalter  l’excellence du savoir -faire de ses anciens ouvriers: ébénistes,ferronniers,miroitiers,verriers,doreurs,staffeurs,tapissiers  l’art, snobs et inconscients de la situation française .

Nous faisons ensuite connaissance de Nathalie qui se prépare à un acte pas tout à fait légal..Bien sûr, je ne vous en dis pas plus…Puis, c’est au tour de Maurice de faire son apparition, vieillard touchant qui débute la maladie d’Alzheimer.Maurice a décidé de garder les mots qui fichent le camp et de les transcrire temps qu’il le peut sur papier.Le reste du temps, il sera muet.C’est sans compter sur Nathalie,venue l’aider dans ses tâches quotidiennes et qui ne l’entend pas de cette oreille , si j’ose dire.Finalement, elle le fera sortir de son mutisme par l’intermédiaire du journal intime que tenait la sœur de Maurice , Diane,au moment où la guerre était sous jacente. Nous entrons, avec ce journal, dans le monde de Diane presque 18 ans,Maurice surnommé affectueusement « le petit frelon » ,d’ une dizaine d’année,Hélène, la maman et Julie, employée de maison et cuisinière hors pair , tout ce petit monde habitant une maison appelée « Paradis ». Le papa? Quelque part, sans aucune nouvelle de lui…

Les quatre amis partent en voiture , sortent de Paris avec comme objectif de partir en Province , ainsi que le préconise le gouvernement voire l’Amérique puisque Oscar en est originaire.

Mais le voyage ne se passe pas du tout comme prévu et les quatre amis se retrouvent , par un concours de circonstance, au Paradis…(Pourquoi 05-40? Tout simplement le numéro de téléphone)

C’est un joli roman,fait de douceur, de tendresse, d’amitié. L’intrigue qui s’enchevêtre ne nous perd jamais, éclaircit ,soit avec les mots du passé ou ceux du présent, certains points de l’histoire.

C’est un travail colossal qu’a effectué l’auteur sur les moyens de communication des époques de l’avant ou du début de guerre en nous en montrant l’évolution jusqu’à nos jours.Un travail énorme sur la manière de vivre , essayant aussi de montrer l’état d’esprit qui régnait à ce moment là, des gens qui n’y croient pas vraiment jusqu’à ce que la réalité les rattrape mais qui tentent , coûte que coûte de donner de la joie et de la vie là où ils sont.Faire la nique à la guerre, en quelque sorte.

Beaucoup de légèreté et d’insouciance dans cet écrin paradisiaque,quelques événements graves, voire invraisemblables, traités de la même manière (peut être le petit, tout petit bémol, sans doute l’erreur du débutant). Des moments d’intense émotion, notamment quand Maurice , vieux, intervient, ses rapports avec Nathalie,une écorchée de la vie.

Beaucoup d’humour, sans doute pour alléger  une période de l’Histoire, un joli parallèle entre l’exode « ordonné  » de Nathalie en début de roman et l’exode dramatique,et désordonné celui là, sous les mots terriblement adultes de Diane, moment qui décidera de son avenir professionnel.

La gorge qui se noue à la toute dernière page…

Voilà un auteur qui est sans doute promis à un bel avenir, un auteur auquel je crois depuis que j’ai fait sa connaissance au travers de ses Vitrines en cours pour lesquelles j’espère un avenir radieux.

Avec ce Paradis, un hymne à la vie,l’amour et l’amitié quoi qu’il se passe,quoi qu’on puisse faire.Une volonté affirmée par l’auteur de garder le moral, l’insouciance ou l’humour face aux événements de la vie. Un très bon moment de lecture.

Une chanson chantée par Gaby

[youtube width= »640″ height= »480″]http://youtu.be/Z9FLsIqsTEE[/youtube]

Une autre chanson que j’ai volontairement prise chantée par Yvonne Printemps pour rester dans le monde de Charles Dellestable et son Paradis

[youtube width= »640″ height= »480″]http://youtu.be/V0L5l0G0jd4[/youtube]

Mais ,incorrigible que je suis, j’ai cherché d’autres interprétations et j’ai trouvé celle là qui me bouleverse totalement .Mais il y en a bien d’autres…

teteBonjour!!! Vous savez quoi? j’ai perdu des amis…Non je ne suis pas triste car je sais que je pourrai les retrouver quand je le voudrai ..Il me suffira de me replonger dans ce petit livre de de 218 pages mais tellement riche par son contenu!

C’est Germain  évidemment mon 1er ami mais s’il n’était pas accompagné de Margueritte (avec 2 « t » ) je ne l’aurais pas forcément écouté…Et pourtant…Il a la « tête en friche « Germain …car oui, il n’est peut être pas doté d’une intelligence supérieure   » Si être intelligent ,c’était qu’une question de volonté,je serais un génie,je peux dire.Parce que j’en ai fait des efforts .J’en ai fait! Mais c’est comme si je voulais creuser une tranchée avec une cuillère à soupe.Tous les autres ont des tractopelles ,et moi je suis là comme un con.C’est le cas de le dire « .

A cause de qui? il a bien son idée sur la question  Germain.D’abord son instituteur qui n’en était pas à son 1er coup d’essai apparemment.« Je ne suis pas le seul à avoir dégusté ,je sais bien.Il en a bousillé quelques uns ,le vieux Bayle,avec sa méchanceté ,sa bêtise .Tout confit de savoir,il était.A nous regarder de haut,ce qui n’etait pas dur ,vu qu’on était des mioches et qu’on ne savait rien.Et lui,au lieu de s’en féliciter,d’être content de tout ce qu’il allait nous apprendre,il humiliait les faibles ,les mauvais ,tous ceux qui avaient besoin de lui,vraiment.

Etre con à ca point là,c’est du talent ,je trouve. »

 

Mais aussi ,hélas, de sa propre mère.Il n’était qu’un accident du bal du 14 juillet et pas un enfant de l’amour comme a pu l’être Margueritte..Sa mère ,qui ne le supportait pas,qui le frappait avec tout ce qui lui tombait sous la main en l’insultant. Qui bien évidemment ne répondait à aucun des » pourquoi « à répétition que tout enfant pose à ses parents ,ce qui a parfois le don de nous agacer,reconnaissons le.Mais à lire ce livre,je me dis qu’on devrait être contents de cette curiosité insatiable.Elle nous prouve que notre enfant cherche à s’elever,à s’enrichir.Et que nous n’entendrons pas ce constat amer: « Quand on te fait pousser sous cloche,tu peux pas t’élever bien haut. »

Cette mère qui le surprendra tout de même…

 

Donc il n’est peut être pas doté d’une intelligence supérieure mais il a l’intelligence du coeur…Et je me demande si ce n’est pas l’essentiel.Tellement de gens en manque !

 

Alors quid de Margueritte ? C’est une petite femme qui ne touche même pas la terre quand elle est assise sur le banc dans le parc ,banc qui deviendra leur banc. Margueritte qui « n’a pas le format adulte ,pour les bancs. » Scientifique,boulimique de lecture et d’une générosité extrême qui la fait cultiver ,l’air de rien ,la tête de Germain car elle s’est aperçue que cette friche n’attendait que ça .Avec en plus la considération et puis plus tard,tout doucement, cette complicité et cet amour entre ces deux  êtres qui se sont choisis .Et puis elle  donne à Germain ,la vieillesse lui ayant  provoqué une  dégéneresnce maculaire, la possibilité de devenir fier de lui  et peut être est ce le plus beau cadeau qu’elle lui aie fait ,même si ce n’était pas voulu.Son amour pour Margueritte pousse Germain sur des chemins complètement inconnus et terrifiants jusqu’alors…Je ne vous dirai pas comment….Lisez …

 

Ce roman est bourré de reflexions sur la vie,qu’est ce que devenir parents par exemple,l’amour (Germain aupravant avait des termes crus pour parler de ce sujet) mais au fil de ses rencontres avec Margueritte qu’il a « adoptée » comme grand mère sans jamais le lui dire  » J’ai décidé d’adopter Margueritte .Elle va bientôt fêter ses quatre vingt six ans ,il valait mieux pas trop attendre.Les vieux ont tendance à mourir .

Comme ça ,s’il lui ariive un truc,je sias pas -tomber par terre dans la rue,oiu se faire gauler son sac-je serai là .Je pourrai arriver tout de suite et pousser les gens du milieu,leur dire

-Ok ! C’est bon ,tirez vous,maintenant! Je m’en charge:c’est ma grand mère.

Ce n’est pas écrit sur sa tête qu’elle est seulement adoptée.  

son vocabulaire s’enrichit au point où ses copains commencent à ne plus le reconnaitre ce qui leur pose problemes ..et les sentiments que ces mots nouveaux peuvent véhiculer s’affinent…

 

Roman sur l’amitié,la place d’un individu dans la société (Germain en veut une absolument et il s’acharne à écrire son nom au stylo « indélébile » sur le marbre du monument aux morts de la ville ce que,chose ô combien significative il ne fera plus après avoir rencontré Margueritte.) tout foisonne dans un style apparemment simple mais où constamment nous sommes confrontés à des reflexions très pertinentes et où les mots peuvent avoir double sens. »Je suis là comme un con » et » quand on te fait pousser sous cloche «  en sont 2 exemples .Il ne faut pas faire l’erreur de considérer la tête en friche comme une bleuette comme j’ai pu le lire quelque part.C’est un roman profond avec des pépites de style .

Et je me suis surprise à penser que si Margueritte a cultivé la tête de Germain ,Marie Sabine Roger en a fait autant avec moi,sa lectrice.