Je continue mon transfert de chroniques de livres depuis mon ancien (ekla) blog. Ce livre, un roman fort qui m’a laissé des traces malgré les années.

 

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loin-de-chandigarh.jpg coeur_20rose.gif C’est le livre sur lequel je suis tombée par hasard à la FNAC un jour où mes pensées vagabondant je n’avais pas remarqué que l’ emplacement des rayons avait (encore) changé..En fait je me trouvais en « littérature » et non plus en »policier »….Et bien, pour une fois, je ne vais pas râler de ces changements intempestifs! Car la découverte que j’ai faite vaut largement ce dérangement…

C’est un pavé de plus de 600 pages mais vous ne vous ennuyez pas, embarqués dans cette Inde foisonnante et fascinante.


Parce qu’il y a deux histoires qui finiront par s’entrecroiser.La première, celle du narrateur et de sa femme, histoire d’amour sensuelle et charnelle de 15 ans. Celle de cet homme qui assène au tout début du livre

«L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe.»

Ce qui se voit avec des passages d’un érotisme torride!! L’histoire de cet homme qui tente désespérément d’écrire un livre et qui, au fil des années, laissent ses idées et ses pages d’écriture au fond de l’eau.L’histoire de cet homme toujours porté par son amour et le désir pour sa femme et qui ,du jour au lendemain ,ne la désire plus,ne veut plus la toucher ni de près ni de loin,ne s’y intéresse plus et qui, bien sur, finit par être abandonné par cette femme en plein désarroi

Enfin l’histoire de cet homme fasciné et obsédé par la deuxième histoire,découverte lors de travaux dans la maison, histoire consignée dans des carnets qu’il va déchiffrer laborieusement..histoire qui va être donc responsable de son désamour pour sa femme puisqu’il tombe en pâmoison devant la beauté (du diable??) ensorcelante de cette femme morte des années auparavant..

La deuxième histoire,donc, imbriquée fortement dans la 1ere à tel point que certains passages se retrouvent dans les deux parties.Celle de Catherine dont le père est fasciné par l’Inde et qui est initiée aux plaisirs de la chair par certaines images du Kama Sutra.Elle partira par amour pour un nabab en Inde et découvrira l’amour passionnel et charnel avec un serviteur .Nous sommes alors dans l’Inde colonisée ..

Parce que ce livre parle aussi des différentes sortes de l’Inde…La colonisée ,la contemporaine, avec la figure de Gandhi et la moderne et celle du nucléaire avec toutes ces dérives…Bref, dans ce livre, pas une Inde mais une multitude ce qui rend ce roman aussi intéressant et foisonnant…Réflexions sur la société ,la culture….

Pour ceux et celles qui aiment les histoires qui finissent bien car la fin est ,pour moi, optimiste ,je vous donne la dernière phrase du livre :

« Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux etres .C’est l’amour » .

Ce roman est en fait une longue et lente métamorphose du narrateur ,( de l’auteur?),en quelque sorte sa chrysalide, et quand elle sera achevée ce sera le prélude d’une autre vie plus réussie, plus mûre.Sa femme reprendra naturellement sa place et son oeuvre pourra être écrite.Précisément.. n’est ce pas cette oeuvre que nous venons de lire?

Je transfère de mon ancien blog cet article car l’été approche et les livres plus légers dans l’ambiance sont recherchés par les vacanciers. Celui ci me semble en bonne place pour satisfaire la demande …A vous de juger.

 Ce livre a déjà été extrêmement chroniqué sur les blogs.Jusque là, je n’étais guère tentée mais ma fille me l’a offert pour mon anniversaire.Qu’elle en soit bénie!! 

Il y a bien longtemps que je n’ai lu un tel roman où la Fantaisie règne au plus haut point. Il ne faut pas être trop cartésien pour entrer dans cet ouvrage car passées les toutes premières pages le délire commence.

Allan Karlsson, Suédois, va ce jour avoir 100 ans.Une grande Fête se prépare pour lui dans la maison de retraite qu’il habite.Oui mais, lui, n’a pas envie de toutes ces festivités.Surtout quand l’infirmière lui interdit de boire (et on verra qu’Allan est plutôt amateur de bonnes bouteilles), qu’il est en compagnie de vieux qui ne savent plus trop ce qu’ils disent.

Alors il prend la poudre d’escampette.Et l’expression prend ici tout son sens car figurez vous que dans son jeune temps, il était artificier! Le voilà parti en charentaises, au hasard.Il finit par débarquer dans une gare où là , un jeune un peu particulier , lui confie une énorme valise bien lourde, le temps pour lui d’aller là où lui et sa valise ne peuvent entrer à deux

[Le jeune homme ] finit tout de même par bifurquer vers la porte d’à côté , où il rencontra un nouveau problème.Visiblement , il n’avait aucune envie de séparer de sa grosse valise grise montée sur roulettes, et les WC étaient trop exigus pour les accueillir tous les deux. Allan se dit que le jeune homme n’avait que deux options : laisser la valise dehors ou bien la faire entrer et rester lui-même à l’extérieur.

Le bus d’Allan étant arrivé, celui ci décide de ne pas le rater et, par souci de bien faire, de ne pas abandonner la valise qu’il embarque avec lui…Et c’est le début d’uns sorte de road movie que pour ma part je préfère appeler périple routier, en bonne Française que je suis et puis le terme n’est pas tout à fait approprié.

Je ne vais pas vous raconter toutes les péripéties , ce serait dévoiler trop de choses mais sachez que de fil en aiguille,les morts s’accumulent , la police est sur les dents ,croyant au départ que le « vieux » avait fugué, puis avait été pris en otage puis était responsable de deux, voire trois meurtres..

Mais que peut bien contenir cette valise? Allan est poursuivi par des « méchants » afin de la récupérer, entre temps il fait la connaissance de personnages pour le moins particuliers(dont un animal inattendu mais qui se révélera important à un moment de notre histoire) et qui vont finir par constituer autour d’Allan une petite bande qu’on ne peut trouver que sympathique.

Nous ne pouvons que rire devant la naïveté,la candeur, le je – m’en foutisme, l’inculture de cet Allan. Il se trouve à un endroit au mauvais moment et parvient toujours à redresser la situation en sa faveur , même si parfois les conditions sont un peu compliquées. En effet, nous ne faisons pas que vivre cette cavale , ce qui serait en soit un moment de pure folie douce.Non! Jonas Jonasson nous fait faire des allers retours entre cette période de Mai Juin 2005, son périple, et nous le fait connaitre depuis 1905, année de sa naissance, par plages de 5, 10 ou 20 ans .

Quel personnage cet Allan!! Je vous le disais , il est artificier et ça va bien lui servir.C’est ainsi qu’il cotoiera le temps souvent d’un repas ou d’un coup à boire, de grands noms de l’Histoire tels que Truman, Staline, Mao Tsé Tung, Franco ,le Général De Gaulle , le Shah d’Iran , Churchill, Nixon,   j’en passe et pas forcément dans l’ordre . Tous rencontrés au moment des événements tels que les recherches des Américains sur le nucléaire ,le Communisme et ses goulags, la guerre entre la Corée du Nord et celle du Sud,la révolution chinoise,la guerre civile en Espagne, Mai 68.

Grand éclat de rire quand il propose le secret de la bombe atomique aux Américains puis au Russes, quand il est responsable de l’incendie(faux après recherche)  de Vladivostok etc…

Et c’est aussi en cela que cette farce gigantesque prend de la puissance car Jonas Jonasson se sert de tous ces événements pour faire, mine de rien , une critique de la politique de l’époque, prend des positions, sur le racisme par exemple.

-Je ne sais pas s’il s’appelle Ibrahim ou Mohammed, parce que le journal le désigne toujours comme « le vendeur de hots dogs ambulant », comme si on n’était pas capable de deviner que c’est un Turc ou un Arabe ou un musulman ou un truc dans ce genre. ça ne peut pas être Suédois en tout cas, un Suédois ne vend pas des saucisses dans la rue.Surtout pas dans une ville comme Akers Styckebruck.Ce genre d’affaire ne peut être rentable que pour un étranger qui ne paye pas d’impôts.

– Eh bien , dit Aronsson (le policier chargé de l’affaire) , vous n’y allez pas de main morte.Mais je me permets juste de préciser qu’on peut être turc et musulman, ou arabe et musulman, c’est tout à fait compatible.

-Ah bon, il turc et musulman? C’est pire! Alors , qu’est ce que vous attendez pour le coincer? Lui et tous les membres de sa famille! Ils doivent être une centaine, à toucher des allocations familiales et le chômage et tout ça! 

Je suis admirative devant ce gigantesque travail d’écrivain fait de recherches puis d’écriture pour que tout s’emboite parfaitement comme des poupées russes , chaque passage étant exploité à fond , donnant ainsi une réelle profondeur à la trame du roman.Le style parlé peut peut être rebuter de prime abord car semble trop simple, pas assez littéraire et pourtant…Lisez cela: « Allan Karlsson resta un petit moment indécis, planté au milieu de la plate-bande de pensées qui courait tout le long de la maison de retraite » .Alors comment ne pas adhérer également au style parlé ? Il est aussi simple qu’Allan est candide mais diablement intelligent. Les petites phrases « formules » font mouche et déclenchent le rire.

Allan trouvait incompréhensible que les gens aient envie de se tuer au XVIIème siècle. S’ils avaient patienté un peu, ils seraient morts de toute manière

Si je devais faire ma ronchon , je dirais que Jonas Jonasson aurait peut être pu raccourcir certains chapitres car de temps à autre la lassitude m’a gagnée mais jamais empêchée d’aller au bout de cette incroyable aventure d’un centenaire, preuve de la qualité littéraire de cet auteur Suédois dont c’était le premier roman.  

 

                        

lamb Premier roman de cette auteur américaine, née à Chicago et qui vit désormais dans les Montagnes Rocheuses. Si je précise cela, c’est que quelque part il y a un peu, sinon d’autobiographie, du moins du ressenti dans son livre.

David Lamb,54 ans, est au bord de la déroute psychologique:Il a perdu sa mère dans des conditions violentes quand il était jeune, est divorcé depuis peu , perd son père,alcoolique et en chute libre depuis la perte de sa femme et est l’amant égoiste et menteur d’une jeune femme. Pas très attachant en somme. A priori.

Il rencontre par hasard Tommy, une pré adolescente de 11 ans (j’aurai 12 ans, en Décembre), une gamine qui habite « près de l’autoroute à six voies, derrière une station-service » .Par défi lancé par deux copines, elle doit aller draguer ce « vieux ».  David joue le jeu, à la grande surprise des gamines qui surveillent l’échange et va même plus loin en faisant semblant de l’enlever, histoire de lui donner une leçon, comme un père pourrait le faire.. Une amitié singulière va alors se développer entre eux.

David (qui dira à Tommy s’appeler Gary, tout comme plus loin dans le livre, Tommy deviendra Emily vis à vis de voisins un peu curieux) entraîne la jeune fille dans un monde mi -conte mi- réel. Il lui invente des histoires,lui montre un monde plus lumineux,l’invite dans des restaurants un peu chics ,lui achète un manteau, des bonbons.Et progressivement, se met à rêver avec elle à un voyage d’une dizaine de jours dans un chalet qu’il possède dans l’Ouest, dans les Montagnes Rocheuses. La conquête de l’Ouest,l’Ouest synonyme de mieux être, de mieux vivre.

Petit aparté: avez vous remarqué? Rappelez vous ce que je vous ai dit en commençant. L’auteur est née à Chicago et vit dans les Montagnes Rocheuses. Même voyage que ses personnages, même fuite en avant pour quitter la ville,quitter la vie triste et grise , morne,pour aller communier avec la nature, se rapprocher du vrai sens  de la vie.Il est frappant de constater comment Chicago est décrite Pas d’arbres dans les jardins, pas d’oiseaux sur les fils électriques.Les pies -grièches grises étaient parties, les petites turdinules de Bingham, aussi..Les gros-becs errants, les ormes, la plupart des chênes, les hautes herbes aux plumeaux argentés, les fleurs, les comptonies voyageuses et les phlox, disparus. Les violettes, disparues.Au dessus des poubelles retournées, des mouches noires tournoyaient.

Bientôt, ils partent réellement. Par étapes car David veut laisser la possibilité à Tommy de changer d’avis , de revenir chez elle avant que sa mère et son beau -père se soient rendus compte de sa disparition. Il la prévient que certaines personnes pourraient trouver étrange qu’ils soient ensemble. 

Tu me vois moi, et tu te vois toi, un homme et une fille,comme nous,dans un pick-up comme le mien, et l’homme tient la main de la fille, comme ça, et lui parle avec fermeté, comme nous. Qu’est ce que tu penserais? Dis le moi.Franchement

Tommie pencha la tête sur le côté et avança le menton, songeuse.

Et bien, je crois que je penserais que c’est un gars avec son enfant.

Un gars et son enfant..Sa petite fille? 

Ouais. Non. Plutôt sa fille.

Il hocha la tête.

Et si quelqu’un te posait la question, tu pourrais le regarder dans les yeux et lui dire que c’est ce que tu es? 

Oui

On va essayer

Il lui lâcha la main.

He ,fillette! c’est qui ce gars avec qui tu traines? 

Tommie redressa la tête, posa son regard au loin.

Quel gars? Ah lui? Ben, c’est mon père.

Ils éclatèrent de rire.

Tu es douée, dit il.Très douée.Tu pourrais être actrice.

Si je mets ces extraits là, c’est que nous ne sommes pas dans un roman sur la pédophilie , même si ce livre peut être vu , va être vu sans doute,comme cela. Dès le début du roman, il se passe quelque chose d’inconcevable entre David et Tommy, entre ces deux êtres qui ne devraient pas être ensemble.Il saisit la fillette au niveau du coude et elle sursauta, comme s’il venait de la réveiller.Le monde s’accéléra ; le ciel parut plus lumineux,le trafic plus rapide.

il ne pouvait chasser la gamine de son esprit.Il espérait ne pas lui avoir fait de mal. Sans doute n’avait il pas eu les idées très claires.Mais il n’avait pas eu l’intention de lui faire de mal.Ce n’était pas son genre.

Certes, David n’est pas un homme très équilibré mais il n’est pas malade de façon pathologique, ce n’est pas un pédophile. C’est un homme figé entre le monde de l’adolescence et celui de l’adulte, perdu quelque part entre les deux. La jeune Tommy, en réalité l’agneau de l’histoire, n’est pas complètement innocente, sait très bien à quoi elle s’expose éventuellement, parfois flanche et est près de changer d’avis mais continue malgré tout,poussée par quelque chose qu’elle ne nomme pas.

– Mon coeur est comme le tien.Tu le savais?

– Vraiment?

– Oui

– C’est pour ça qu’on a su tous les deux qu’il fallait qu’on retourne sur le parking.

– Tout à fait, rit il .Tout à fait.

Tous deux ont conscience d’être sur la corde raide, l’auteur nous y entraîne à leur suite car ce roman est construit comme un thriller, la tension croit au fur et à mesure des jours qui passent . David ne dérape pas, se contraint à ne rien faire qui puisse entacher la vie de cette enfant. Il se protège de toute tentation en rappelant sans cesse son âge et celui de Tommie-Emily.

David lui apprend à faire du feu, faire cuire des toasts, communier ainsi avec la nature. Bonnie Nadzami s’en fait le chantre , sous sa plume on part pour les contrées lointaines,on observe les traces d’animaux, on regarde les arbres, les plantes, leur odeur est presque présente, on ressent le vent..

Malgré les garde fous placés par David , les histoires inventées qui placent les événements dans une sorte de semi réalité, les sentiments rôdent encore et toujours

– Tu pourras rêver du prochain homme avec qui tu allumeras un feu. Sauf que ce sera à toi de lui apprendre à en faire un.

Relevant le menton, il se détourna.

– Tom, ça me fait de la peine de te le dire, mais il le faut bien.

Elle remua les haricots.

– Non, seulement avec toi. Croix de bois, croix de fer.

– Ne dis pas ça, Em. Un jour tu te marieras et tu iras camper avec ton mari, qui ne saura pas comment faire un feu.Tu devras lui montrer.

– Je ne me marierai pas.

(..)

Il observa son visage en forme de coeur, l’embrassa sur la joue, sur la bouche.Un sentiment horrible excitation vint combler le vide sous sa poitrine.

– On ne peut pas s’en empêcher, n’est ce pas? murmura t il d’une voix rauque.Il posa sa main sur le coeur de la fillette. C’est trop énorme pour nous.C’est tellement énorme qu’on a été avalés, n’est ce pas? 

Haussement d’épaules

– Oh, ma douce enfant.Refais le.

Elle haussa les épaules , ferma les yeux.

– Prends ma main, d’accord? On va dormir.Une petite sieste tout en étant bercés par le vent et la lumière.Oui.On n’ira pas plus loin.Seulement ça.Merci.

Elle, encore bien jeune, est terrifiée à certains moments mais ne cherche pas pour autant à partir, ne dit pas aux voisins venus en curieux que l’histoire contée par David n’est que mensonges, qu’elle veut rentrer chez elle. Au contraire, elle sera complice quand la maitresse de David vient le rejoindre au chalet, elle sera d’accord pour rester cloîtrée plusieurs jours dans la remise , comprenant que l’attitude des deux adultes est la meilleure couverture à leur escapade , même si elle assiste aux ébats de ceux ci sans l’avoir voulu au départ. Passage troublant par son intensité, sa gravité car David et Tommie ont conscience que David lui  fait l’amour  par personne interposée.

Et puis il y aura le David détestable, manipulateur, qui s’enferre dans des mensonges vis à vis de sa maitresse, Linnie, qui finit par découvrir la fillette,puis vis à vis de Tommie elle même.

– Si tu le l’aimes pas (Linnie), pourquoi vas tu la revoir?

– Pour nous, Tom.Pour toi et pour moi.Pour notre sécurité.

– Oh

– Parfois, on cerne bien les gens, Tom. Linnie n’est pas forte comme nous.Elle ne voit pas ce que l’on voit. Tu comprends?

Le lecteur oscille entre des sentiments contradictoires vis à vis de cet homme paumé, désemparé. Après des phrases comme  plus haut, nous assistons un peu plus loin à son effondrement .Que lui resterait il quand elle serait partie? Hormis ce trou qu’elle avait un temps rempli de ses paroles consolantes.Ses doutes et ses démons, qu’il lui avait appris à repousser, reviendraient le prendre à la gorge.Il en était sur.

(..)

– Si tu te rends compte un jour que tu me détestes…..

– Non, jamais

– S’il te plait, ne dis pas ça .C’est possible.Laisse moi parler 

Elle attendit.Il avait la voix éraillée et haut perchée.

– « Si tu te rends compte un jour que tu me détestes, que je t’ai gâché la vie..Quand j’aurai quatre -vingt -dix ans.Ou n’importe quand. » Il s’interrompit. Elle l’encouragea d’un hochement de tête.Une vraie petite femme. « Tu viendras me le dire , d’accord? Tu t’achèteras une paire de bottes à bout renforcé, tu viendras me trouver dans ma maison de retraite, où je serai seul, desséché et malade, et tu m’éclateras les dents à grands coups de pied.Ou bien tu me murmureras à l’oreille que j’etais… »

-Arrête!

A présent elle pleurait.

Et vient le temps de la séparation car il est bien évident que Tommie doit rentrer chez elle. Et vous êtes accrochés aux mots, aux pages car la détresse de ces deux personnages vous touchent de plein fouet, les dialogues se font plus intenses,les phrases courtes, parfois d’un seul mot, montrent leur désespoir devant la réalité de la vie. David et Tommie n’ont plus le temps de se dire ce qu’ils ressentent, David ne peut dire que ce que la raison lui ordonne et l’auteur lui a attribué les phrases les plus longues , le fait parler comme un adulte normal,c’est à dire  dans les normes, est sensé parler, (Tommie ,quand elle est prononcera plus d’un seul mot, ne fera que singer l’adulte ,  comme une histoire apprise par coeur ) cette histoire d’amour pas comme les autres racontée à deux voix, hors dialogues, celle de David, sa voix intérieure qui parle, indiquant ses émotions et ses réflexions et une autre, plus lointaine,celle de la conscience collective peut être, comme un témoin qui se veut impartial.

Les dernières phrases laissent la gorge serrée et je me suis retrouvée, par association d’images, propulsée  à la fin de la route de Madison…si vous voyez ce que je veux dire.

Un livre bouleversant, qui suscitera des controverses sans aucun doute. Un livre qui a le mérite de rester en mémoire longtemps après avoir été lu, ce qui n’est pas le cas de tous les premiers romans.

 

 C’est le 4ème roman de cette auteure scandinave que je lis (Auparavant je me suis plongée dans sa trilogie) et c’est toujours avec un égal bonheur.Je ne l’ai jamais vue chroniquée sur des blogs , du moins ceux que je fréquente, alors je vais tâcher de vous en parler et vous donner l’envie de vous y arrêter à votre tour.

Béa, jeune caricaturiste trentenaire, reconnue et appréciée, collectionne les amants et les jette au moindre signe de lassitude.Alcoolique non repentie, elle décide , à la grande surprise de ses amis,de partir en croisière .En route pour le Spitzberg, île de Norvège située dans le Svalbarg et encore appelée « l’île aux ours ».Dans cette croisière, pas de tenue de soirée , la seule en vogue étant la doudoune la plus épaisse qui soit,gants et bonnet obligatoires.

Elle n’est bien entendu pas la seule à faire cette croisière, trois Japonais, 2 Français,une mère et son fils,Oscar un psychologue, une Italienne et un Américain.11 passagers et 9 membres d’équipage. Dans ce bateau, genre de huis clos, ils devront apprendre à se connaître et à  vivre ensemble.

C’est avec une écriture très fluide que nous plongeons dans la psychologie de chaque personnage et nous découvrons que la véritable raison de la venue de Béa dans cette croisière n’est peut être pas juste un dépaysement et la volonté de se saoûler sans qu’on vienne la juger.Peut être y a t il aussi des raisons plus cachées chez d’autres passagers, peut être  les membres d’équipage ont ils d’autres projets que de faire en sorte que les passagers soient satisfaits de leur voyage.

Anne Ragde nous offre là aussi un plaidoyer vibrant mais sobre pour l’écologie et la survie de la planète , peut être plus efficace que certaines actions spectaculaires que Greenpeace. Nous sommes éblouis par les paysages décrits, nous comprenons aussi que si les ours sont une race protégée avec raison, un fusil peut faire du mal certes mais aussi aider un ours malade ou affamé à quitter cette vie plus aisément. Nous voyons la faune de ces contrées pour le moins inhospitalières, nous effleurons la vie extrêmement dure  des quelques habitants de ces iles.

Et toujours sous jacente la raison réelle du voyage de Béa que nous apprenons à connaitre progressivement et intimement grâce au récit à la première personne du singulier .Bea nous devient de plus en plus sympathique , des histoires se nouent et changent l’allure de la croisière .

Un livre qui nous prend aux tripes, nous fait comprendre que ce voyage d’agrément est peut être aussi une sorte de  voyage initiatique pour certains.

 

      

 BABELIO et sa masse critique reviennent sous la forme de ce roman qui je dois l’avouer m’a laissée perplexe.Je m’y suis reprise plusieurs fois pour aller au bout .

Herman BANG est un auteur Danois (né en 1857 mort en 1912) dont nous fêtons donc le centenaire de la mort.

J’ai toujours  beaucoup de mal avec les auteurs Scandinaves alors que dire quand c’est un écrivain qui à la fois a cette nationalité et est de facture classique!

Mais progressivement je me suis laissée embarquer par cet auteur pas comme les autres.

La force de ce roman réside dans le style,par petites touches ,tout en légères impressions ce qui fera dire  à Claude Monet que c’est « le premier impressionniste de la littérature ».Pas de rapidité dans l’intrigue ,beaucoup de descriptions,des personnages artistes.Tel ce peintre vieillissant ,le Maitre,Claude Zoret (Herman Bang se serait inspiré de Claude Monet en fin de vie) et son jeune protégé ,Mikaël.Au début de l’histoire nous voyons ces deux personnages entourés d’admirateurs.

 

L’extrême culture qu’il faut avoir pour comprendre les dialogues a un peu ralenti  mon interêt pour ce long passage (et les notes explicatives reléguées en fin de livre n’ont pas arrangé les difficultés rencontrées).Et puis je ne voyais que le coté mondain et artificiel de cette société qui m’ennuyait profondément.Le déclic est apparu un peu plus loin,quand l’histoire prend un léger essor.

 

Le Maitre a promis de réaliser le portrait d’une princesse Russe .Pour la 1ère fois de son existence de peintre ,il en est incapable,ne pouvant parvenir à peindre le visage de cette femme.

Or Mikael  prend le pinceau et très rapidement réussi à le faire.C’est le début de la descente aux Enfers pour Claude Zoret.Le Pygmalion est dépassé par son élève et doit assister,impuissant,à l’amour qui nait entre ces deux êtres.

 

Ne pas s’y tromper.L’homosexualité est là, latente plus ou moins car rien ne montre qu’une relation amoureuse ait pu exister entre le Maitre et Mikaël.Mais dans le roman tout est emprunt de ce sentiment tres ambigu.Il faut savoir que Herman Bang était homosexuel à une époque où ce n’était pas accepté et son livre en porte la trace.Triangle amoureux très vite ressenti quand la princesse Russe entre en scène.

 

Style particulier car tout est dans l’immobilisme: Mikael est exposé nu sur des toiles au vu et su de tout le monde et est plein d’admiration pour son Maitre.

On ne sait jamais ce que ressent réellement toute la petite cour qui entoure les deux hommes.Là,pas là? Peu importe. Quelques idylles se nouent entre ceux qui viennent régulièrement squatter la table du Maitre

Herman Band ne s’investit jamais dans ses personnages,restant en retrait comme pour mieux décortiquer les actes et les paroles de ses personnages.Pas plus qu’il ne se livre à des démonstrations de passion quand son Maitre est trompé et surpassé par Mikaël.Passif.

Je dirais que Mikaël est passif quand il s’agit de peindre et actif pour sa vie amoureuse alors que c’est exactement l’inverse en ce qui concerne Claude Zoret.

Résultat,un livre dans lequel je ne suis entrée que sur la pointe des pieds.Ce n’est pas que je n’aie pas aimé toute cette description du Paris artistique du début du XX eme siecle mais il aurait fallu que j’éprouve plus d’interêt pour les personnages.Trop froid pour moi.

La chose de positive ce sont les articles de la préface qui expliquent qui est Herman Bang ,sa vie,son oeuvre,histoire que les lecteurs sortent de leur ignorance. A la lumière de ces lignes,j’ai pu mieux appréhender la suite de ma lecture.

Les critiques dans divers journaux sont dithyrambiques.Oui c’est un roman à la qualité littéraire indéniable. Oui c’est surement une oeuvre majeure chez Herman Band. Mais c’est trop distant,trop froid pour moi.

Je voudrais remercier Babelio et les Editions Phoebus de m’avoir permis de découvrir un auteur majeur de la littérature scandinave même si ce roman ne fera pas partie de mes coups de coeur de l’année.

 

J’avais déja ouvert puis vite refermé un livre de Douglas Kennedy (je ne sais plus lequel d’ailleurs,preuve si l’en est qu’il m’avait marquée… ,du moins à l’époque),me disant que ce n’était qu’un phénomène de mode ,sans plus.Tape pas si tu es un fan!! 

Et puis ,l’autre jour ,en cherchant des livres se passant à New York pour le Challenge en question ,j’ai pris au hasard (il y avait toute une tête de gondole des romans de Douglas Kennedy)

ce livre, peut être attirée par le titre…

Je commençais à vivre la maladie de ma maman ,et ,en ce début de lecture il était question de l’enterrement d’une vieille dame décédée des suites d’un cancer assez foudroyant …, le tout raconté à la fois au présent pour ce qui concernait ce jour difficile s’il en est et au passé car il y avait des flashbacks sur les derniers moments, par la fille de la défunte, Kate Malone.Honnêtement je pensais ne pas y arriver mais prise par les mots ressentis de Douglas Kennedy je me suis laissée aller pour comme puiser un réconfort dans les termes choisis  et les situations que je commençais à vivre.Sorte de dédoublement…

Donc enterrement de cette dame …et Kate Malone aperçoit une inconnue,plus très jeune ,qui suit le cortège.Son allure ,sa façon, d’être la frappe.Qui est elle? Que veut elle? En effet cette personne ,Sara ,veut tout faire pour entrer en contact avec elle ,la harcèle même ,en arrive à lui faire peur même ,et pour finir lui remet un album plein de photos de son père,d’elle même à des moments différents de sa vie et de son petit garçon….Elle lui dit ces mots qui concluent la première partie:

Je ne vais pas vous retenir plus longtemps ce soir Kate.Sachez seulement que votre père a été le grand amour de ma vie 

Et là nous basculons dans un très long flashback qui raconte de très belle manière une histoire d’amour hors du commun .Pas facile de lâcher le roman tant on veut savoir, d’autant qu’il est documenté sur une époque pour le moins troublée: le Maccarthysme.

Tres belle et malheureuse (évidemment ) histoire d’amour donc où la psychologie féminine est, je trouve, très bien analysée par Douglas Kennedy.Très belles histoires d’amour devrais je dire mais vous aurez bien compris que je ne peux en dire plus sans déflorer ce pavé…

Analyse très fine des comportements humains en fonction de leur sexe mais aussi de l’époque à laquelle ils vivent.Parallèle entre la vie de couple des parents de Kate et le sien (elle a divorcé du père de son enfant).

Comportement de Jack Malone inadmissible aux yeux du lecteur mais il est facile de critiquer quand nous ne sommes pas à la place,au moment de faire un choix.La peur fait avoir des réactions imprévisibles.

Tous les personnages ont de l’étoffe,je n’ai pas cherché à juger ,je me suis juste laissée embarquer dans cette histoire d’amour hors du commun avec tout ce qu’il peut y avoir de beau,de grand, d’hypocrite,de mensonge…La vraie vie quoi!  

 

 

 

                                                             

 Voici un des livres achetés au Salon du livre. Découverte de cette maison d’édition Vents d’ailleurs dont un des membres m’a dit d’un ton résigné que leurs livres étaient en librairie …mais parfois vers les guides touristiques….

Découverte aussi de cet auteur Haïtien Gary Victor né à Port au Prince.

 

Polar mais oui même si au départ l’enquête que doit mener l’inspecteur Dieuswalwe (Dieu soit loué)  Azemar semble prêter à sourire…Les cloches de la petite ville La Bresilienne ne sonnent plus…Plus aucun son ,elles sont muettes.Etrange cas à résoudre donné à cet inspecteur saoûl du matin au soir,épave aux yeux protégés de lunettes noires (il y a une raison que je vous laisserai découvrir) mais un homme intègre,qui jamais n’a accepté de pots de vin ou d’arrangements avec sa conscience,différent en cela de certains collègues.

Il arrive, pas très motivé certes ,mais décidé à faire toute la lumière.Belle intention mais qui se révélera très vite plutôt dangereuse.En effet c’est dans une véritable querelle de clochers qu’il va débarquer!! Le maire et le député sont en plein règlement de comptes ,le curé Breton est habillé d’une soutane mais n’hésite pas à avoir un Beretta caché dessous, obsédé par un lourd secret qui l’a rendu insomniaque.

Il y a aussi le fou se faisant appeler Al Quaida mais est il aussi fou qu’on veut bien le dire ou a t il des renseignements importants qui pourraient peut être rendre le son aux cloches? Et puis il y a la belle Mereya qui apporte toute la sensualité et l’érotisme de Haiti,la putain au coeur tendre mais qui défend ses intérêts, qui rend fous tous les males de la ville et notre inspectuer n’echappera pas à la règle..

Rites vaudous et légendes font partie du tableau.Vous oscillez en permanence entre esprit cartésien et mythologie …

Au final ne serait ce pas une petite fille qui porte une calebasse autour du cou précieusement qui aurait la clé de l’énigme ,victime malgré elle …? 

Critique de la société Haitienne ,Gary Victor nous entraine avec lui sur son île avec ses parfums,sa beauté,ses mystères,ses coutumes mais aussi ses blessures dues à l’évangélisation forcée,à sa grande misère cachée sous un flot d’alcool,sa violence,ses représentants de la loi ripoux.

Une belle découverte.

Extraits

Au petit matin ,l’ortolan n ‘avait jamais le temps de déployer son chant.Cela plongeait la fillette,chaque fois,dans un état entre léthargie et colère.Ce n’était pas que l’oiseau cessait de chanter ou que,brusquement,il se perdait dans ses trilles en une série de fausses notes disgracieuses.C’était que les cloches de l’église,toujours au même moment,se mettaient à carillonner.Leurs sons clairs,jouant de l’aigu jusqu’au grave,prenaient d’autorité possession des lieux.Toutes les rumeurs de l’aube,depuis les derniers coassements des crapauds,les stridulations des criquets,en passant par le chuchotement rageur de la rivière dans sa chute dans les terres chaudes du bas,le bruissement des arbres accueillant la brise du matin,jusqu’au frou-frou des nuées d’oiseaux- mouches butinant dans les diamants de rosée habillant l’herbe ,cessaient,effacées,chassées par le vacarme ordonné des cloches.

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Elles (les cloches)  avaient ete fabriquées en Italie,à Naples. L’inspecteur avec le chanselier frappa les cloches.Le choc ne produisit aucun son.De sa main, il saisit le gong et le projeta contre la paroi.Rien.C’était en vérité curieux.Pas le son le plus ténu.

 

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C’était jour de marché.Les paysannes de tous les environs s’étaient donné rendez vous au bourg pour y vendre leurs produits.Jusqu’au fin fond d’Haïti ,les déchets de la société de consommation nord -américaine rivalisaient avec les produits agricoles locaux.Des gens se massaient devant des piles de vêtements et de souliers usagés provenant de Miami. On marchandait ici avec fureur ,les injures fusant ici et là (…) Beaucoup de fruits et légumes resteraient à pourrir faute d’acheteurs et on comprenait facilement la hargne des paysannes. 

 

 

 

 

Un autre roman de cet écrivain est sur ma table de salon,mais ce n’est pas un

polar   A suivre….

Je remonte cet article car le livre qui m’avait tant bouleversee vient de sortir en film.D’après les bandes annonces que j’ai vues,il me semble que l’adaptation cinématographique est aussi puissante que le roman dont il est tiré.Je vous laisse juges…

 

  À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils.

Je n’arrive pas à sortir de ce livre! Hallucinée ,estomaquée,bouleversée je ne trouve même plus d’autres adjectifs assez forts pour exprimer ce que je ressens à la lecture de ce livre!Par l’intermédiaire de lettres écrites à son mari une mère,une femme, retrace la vie, avant même la conception ,pendant et après (evidemment ),de son fils responsable d’un carnage dans son école.Tout y est écrit ,décrit avec minutie, j’allais dire de manière clinique.« Ca ne pouvait que se finir comme ça »,voilà ce qu’on se dit en refermant le livre.Et puis, « N’y avait il vraiment rien à faire? »Au pays où les psy sont consultés à tout bout de champ ,il fallait, pour le coup, y emmener Kevin dès le début et de toute urgence!Pourquoi y a t il autant de tueries aux Etats Unis? (la mère en recense et ça fait vraiment froid dans le dos).Indépendemment des armes en vente libre.Pourquoi? Comment en est on arrivé à ce que des gamins commettent l’irréparable?Ce déchainement de violence!N’est ce pas une préfiguration de ce qui peut arriver chez nous,en France?

Cela dit, en lisant ,je bouillais car je m’imaginais face à ce gamin et combien de fois me suis je dit: Mais qu’attend elle pour lui montrer les limites? Et le père…Il a des oeillères? pourquoi?
Bref un livre qui suscite plein de questions et de réflexions sur la société,les relations entre les membres d’une famille,la justice.Un livre dont vous ne sortez pas indemnes.

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loving Je me lance pour la première fois dans une lecture commune.Pourquoi ce livre là? Il m’a semblé avoir une histoire intéressante,romantique au premier abord et puis ça me change de mes polars bien aimés.

Mais voilà..

Ce n’est pas un simple roman!! Tous les personnages ont existé et c’est ce qui fait la force,à mon sens, de ce livre.

Dès les premières pages j’ai été happée par l’atmosphère qu’a voulu donner Nancy Horan.Vous lisez d’abord quelques pages d’un journal intime de Mamah qui parle de sa vie de femme célibataire,professeur puis bibliothécaire,puis de sa vie avec son mari ,Edwin et ses deux enfants.Vie dorée,vie facile qui devrait satisfaire une femme au début du XXème siècle en Amérique.Premier grain de sable:Son entêtement,voilà ce qui m’avait persuadée ,à l’usure,de l’épouser ».

Edwin décide de faire construire une maison pour sa famille .Pour cela il fait appel à un des plus grands architectes du moment:Franck L.Wright.Et là le roman commence.

 

Trois parties dans ce livre

La première ,en 1907,est la rencontre entre deux personnes ,Franck L Wright et Mamah Cheney,deux « âmes sœurs » que tout relie.Pendant les travaux ,partis d’un simple détail architectural,leurs échanges s’étaient maintes fois transformés en longues discussions.(…) Franck Llyod Wright avait stimulé son esprit comme personne.

Mais Franck est également marié et père de 6 enfants

 

Ils ne céderont pas à leur attrait mutuel tout de suite.Cependant leur attraction  est la plus forte et ils se laissent aller,malgré de nombreuses questions.

Franck était de ceux là (libre penseur).Ses yeux,ses oreilles et son coeur bien aiguisés savaient dénicher la vérité là où les autres ne la cherchaient pas.En cela,et à bien d’autres égards,Mamah avait l’impression d’être son âme sœur.

 

Et puis tout bascule quand la femme de Franck découvre la vérité.Catherine demande alors à son mari de lui accorder 1 an pour essayer de renouer les fils de leur mariage.Séparation ,sans aucune nouvelle, des deux amants.

Pendant ce temps désespérément long pour Mamah ,elle commence à faire une conférence sur l’évolution de la femme dans la société..Début du Féminisme en Amérique.C’est cela aussi l’intérêt de ce livre!

Mamah n’est pas que la maîtresse de Franck,auquel cas le sujet tournerait court ,serait banal,c’est aussi l’histoire d’une femme qui se cherche,qui décide de ne pas vivre au travers d’un homme,mari ou amant.

 

En 1909 elle retrouve Franck qui n’a pas pu l’oublier et décide alors d’avouer la vérité à son mari.Dans un premier temps elle s’éloigne du domicile conjugal en allant chez une amie,manière pour elle de mettre de l’ordre dans ses idées…Quittera t elle Edwin? Partira t elle rejoindre Franck,ainsi qu’il lui demande? Et,point important: ses enfants?Ils laisseraient à eux deux 8 enfants .Possible ou non? 

 

Deuxième partie:La passion est la plus forte et Mamah part rejoindre Franck à New York,puis pour l’Europe.

Et c’est là que Mamah fait une rencontre qui la marquera à jamais.Ellen Key,poète et philosophe Suédoise ,féministe.

Ainsi que je le disais un peu plus haut,Loving Franck est un hommage à Franck L.Wright ,architecte novateur,qui refusait le classicisme ambiant et voulait créer une architecture américaine.Pour lui les maisons devaient être en harmonie avec la nature   et en fonction des habitudes de ses habitants. Elle l’avait souvent entendu dire que la réalité d’un bâtiment réside dans sa dimension intérieure. Votre façon de vivre et votre devenir.

 

C’est aussi un hommage à cette autre forte personnalité qu’est Mamah Cheney qui refusera de suivre son amant dans ses pérégrinations à travers l’Europe pour pouvoir devenir la traductrice américaine en titre d’ Ellen Key.

 

3ème partie :Franck et Mamah retournent en Amérique et décident de construire une maison pour eux mêmes sur un des terrains familiaux.Ils l’appellent Taliesin.

Là, ils affrontent avec détermination tous les ragots et les humiliations ,commencés bien des années auparavant, dès que la nouvelle de leur départ avait été connue. La femme de Franck refusant de divorcer,leur union ne pouvait que rester liaison ,relation évidemment reprouvée par la moralité Américaine de l’époque.Ajoutez à cela l’abandon de leurs enfants respectifs et vous aurez une idée de l’ambiance dans laquelle ils vivent.

 

Je reconnais que le personnage de Franck,charismatique sans doute,m’a plutôt énervée car plusieurs fois je me suis rendue compte qu’il avait une très haute opinion de lui même,étant très limite concernant la volonté de Mamah de s’accomplir en tant que femme.

Par contre avec Mamah , avec ses questionnements,son désir d’émancipation,  on ne peut qu’être en empathie et le drame qui termine sa vie ne peut qu’accentuer ce sentiment.

Un bémol:le livre peine vers les 3/4 de la narration ,l’intérêt s’émousse un peu et seule la  volonté  m’a fait aller au bout.

 

Le livre de Nancy Horan est un long hommage à ces femmes qui se sont battues pour avoir le droit à une existence propre. Mamah Cheney,Ellen Key ne sont que quelques figures mais elles méritent d’avoir été mises en lumière de cette façon.

 

Autres avis : L’or des chambresAnne ,Cynthia,Lystig.

 

 

 

violon Je vous remets cet article réalisé il y a quelques temps mais dont le thème est la musique et le violon car c’est un livre magnifique,à lire si ce n’est déjà fait… .

Auschwitz. 1944. Les privations et les coups. Les humiliations s’enchaînent, les hommes, traités comme des chiens, n’existent aux yeux de leurs persécuteurs que comme de la main-d’oeuvre peu chère. Un prisonnier juif, Daniel, y lutte pour la survie de son âme. Surprenant un concert organisé par Sauckel, le commandant du camp, Daniel révèle son talent de luthier pour sauver son ami Bronislaw, violoniste de génie accusé à tort d’avoir joué faux. Il va alors être mis à l’épreuve et devoir construire un violon imitant le son d’un Stradivarius, comprenant vite que de cet instrument dépend leur salut… Composant un mélange subtil entre réalité et fiction, des documents historiques – lettres, rapports – viennent interrompre le récit à la manière de pauses glaçantes. Dans la tradition littéraire d’un Primo Levi, l’auteur mène une danse effroyable entre l’horreur de la barbarie et le sublime de la musique. Ou l’art comme possibilité de faire vivre la mémoire.

Tout d’abord je dois signaler une page manquante! Apparemment il y a un bug dans l’édition! Et c’est celle, importante, où tout bascule!! Il faut lire la 4ème de couverture car heureusement il y a là l’explication! Mais j’ai été extrêmement frustrée de cette non impression (c’est comme si vous aviez une coupure en pleine action dans un film)… Ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier ce livre ,roman mais aussi témoignage..

Les notes,les rapports mis devant pratiquement chaque chapitre nous glacent par ces comptes,ces précisions extrêmement rigoureuses de ce qui se passait dans les camps …Le passage qui calculait la valeur marchande d’un prisonnier est un exemple bouleversant

calcul du rapport produit par l’exploitation des detenus

location journalière d’un travailleur,en moyenne:6R

A retrancher:nourriture:0,60 Amortissement vêtement :1,10

Durée de vie moyenne 9 mois:270×5.30 = 1.431 RM

Et puis cette histoire de musique,de violon fabriqué par un luthier qui s’était déclaré « menuisier » pour pouvoir avoir une chance de survie..Quand il fabrique le violon, Daniel résiste à sa manière.Il va mettre du beau,du délicat dans un monde de brutes ,de dégénérés (et ne le sont pas ceux qu’on croit). Grâce aux gestes retrouvés et évoquant la vie heureuse,il va pouvoir tenir le choc face aux privations ,à la faim ,au froid et au désespoir.Grâce à cette oasis ,il va aussi échapper aux terribles expérimentations de « médecin » du camp.Tout est transcendé par l’Art… C’est un tout petit livre mais qui marque, tellement il est dense en émotions ,suggérées par des mots simples en apparence mais qui vont droit au but….Brutalités,barbarie,délicatesse,poésie,musique ,grâce et légèreté,amitié,entraide…c’est tout cela le « violon d’Auschwitz »

 

« Follia » de Corelli (morceau que joue le violoniste devant le commandant du camp sur le violon à peine sec….puis des années plus tard en concert….)

 

[youtube]http://youtu.be/pGET78mPMCA[/youtube]