derapagesUn corps d’enfant aux organes vieux d’une soixantaine d’années est retrouvé sur une plage du Nord de la France. C’est le commissaire Edwige Marion qui est en charge du dossier qui la rend plus que perplexe, et on peut la comprendre.

Une jeune femme dont le bébé est installé à l’arrière de la voiture est contrainte, suite à un accident voulu, de s’occuper d’un enfant pour le moins bizarre si elle veut récupérer son fils.

Edwige Marion récupère sa fille adolescente qui revient de Londres par l’Eurostar dans un état catatonique, couverte de sang. La sœur de Edwige, Angèle,  et son mari, Sasha Azonov,scientifique russe spécialisé dans le génome humain , ont disparu.

C’est avec une minutie rigoureuse que Danielle Thiery nous conte ce récit haletant, sans le moindre temps de repos.La manière de procéder de la police judiciaire y est décrite de façon précise, le vécu de première femme divisionnaire de l’auteur aidant.

Pour une fois, je ne veux pas trop en dire,l’intrigue est ficelée à souhait,bien entendu les trois affaires sont liées, mais comment? Je préfère vous laisser découvrir l’histoire, vous laisser embarquer , frissonner, être émus(es) car une des forces de Danielle Thiery est de nous mettre en empathie avec ses personnages. C’est le dernier opus des aventures d’Edwige Marion, des allusions aux autres romans sont faites mais ne pas savoir n’empêche nullement la compréhension du récit.Sauf que…..Je n’ai pu m’empêcher de vouloir connaitre toute l’histoire de ce commissaire pas tout à fait comme les autres, suivre son ascension et ses rapports avec sa fille adoptive Résultat: me voilà à la tête de 5 autres bouquins et je recherche ceux qui manquent mais , même en écumant les sites de vente , certains sont difficiles à trouver. Plus qu’à me rediriger vers la médiathèque, en espérant qu’ils les aient en rayon.

Merci à Babelio et aux Editions Versilio pour cette découverte.

sang1er opus des aventures du commissaire Edwige Marion : Un super moment! 

 temps Et nous revoilà à suivre les aventures de ce flic pas tout à fait comme les autres, Yeruldelgger, dont nous avons fait la connaissance ICI. Nous sommes replongés dans une Mongolie encore plus inhospitalière que la dernière fois vu les températures extrêmes. Les habitants subissent en effet cette année là le dzuud ou un hiver particulièrement enneigé.

Trois histoires s’entremêlent .Oyun, à peine remise de ce qui lui est arrivé quelques temps auparavant, enquête sur la découverte d’un cavalier découvert mort, écrasé sous un yack! Pas commun,n’est ce pas? Et c’est avec cette histoire qu’elle fera la connaissance de Gourian, un beau militaire. 

Yeruldelgger, quant à lui , est accusé du meurtre d’une prostituée qui lui servait d’indic. Un complot? Qui pourrait lui en vouloir autant? Bien entendu, il fera, contre la volonté de sa hiérarchie, une enquête afin de se disculper et ce faisant apprend qu’elle a adopté un gamin des rues qui a disparu en même temps que Gantulga , petit gamin que Yeruldelgger a pris sous son aile et confié au monastère des moines Shaolin. Il comprendra que les petits sont partis  voir si de lointaines contrées peuvent leur apporter ce qui leur manque en Mongolie et par lointaines contrées, entendez la France et Le Havre plus particulièrement.

Enfin, si j’ose dire, un scientifique arménien ,Boyadjian, appelle Yeruldelgger car il a trouvé un cadavre encastré dans une faille montagneuse. Comment a t il pu arriver là ? Ce scientifique atypique , qui nomme  les  gypaètes, ou vautours, Voltaire,Diderot,Montesquieu et j’en passe et leurs territoires de chasse de noms de romantiques Allemands. (bon moment de délire et de culture) va être un peu trop curieux..

Dans cet opus les personnages, nouveaux ou anciens, grouillent de partout, s’entrecroisent pour mieux se retrouver mais là, je me suis perdue. Le temps de parvenir à comprendre qui est qui,voir où Ian Mannok veut nous entraîner, mon intérêt s’est émoussé. Tout n’est pas négatif bien entendu! Les personnages évoluent et sont attachants,certaines scènes sont pleines d’humour et parfois surréalistes, des recettes mongoles nous sont proposées pour notre plus grand bonheur…ou pas. Ian Manook nous concocte un final plein de tensions et de suspense

Ian Manook nous montre aussi une Mongolie déchirée entre le rêve du progrès et la volonté de respecter les traditions. On découvre de manière encore plus forte ces nomades condamnés par le régime soviétique à se sédentariser , lâchés par ce même régime et vivant dans une misère terrible.On voit les paysages , les villes défigurés par l’influence de ce régime.On entre dans l’antre nauséabonde des magouilles et des pots de vin. Mais Ian Manook nous fait voir aussi sa Mongolie, composée d’hommes et de femmes fièrs,encore debout,aux paysages décrits avec une telle plume que le lecteur a la sensation d’y être et d’en être ébloui.  

Au final, que penser de ce second opus? Je ne regrette pas l’avoir lu, j’attends même la suite (car oui,il y a une suite prévue, ce n’est pas déflorer grand chose que de dire cela) mais j’attends une intrigue moins complexe, qui m’entraîne à la manière d’un turn-over comme le premier tome l’avait fait.

A quand un film tiré de ces polars? Certaines scènes sont presque des scénarios….

Je remercie Babélio et les éditions Albin Michel de m’avoir fait faire cette balade dans le pays du Loup Bleu.

 

 

satan Le dernier Karine Giebel,il s’attend ,il se précommande et aussitôt entre nos mains avides, il se lit. Ici , peu de sang,pas de courses poursuites à n’en plus finir. C’est l’histoire de deux hommes en fuite.L’un François, , avocat, parce qu’il vient d’apprendre que ses malaises et ses terribles maux de tête ont une raison : une tumeur au cerveau. Du coup, il abandonne tout,sans une explication et quand je dis tout c’est femme, boulot, clients et il part droit devant lui, sans but.

L’autre, c’est Paul ,un jeune auto stoppeur que François prend dans sa voiture lui qui, normalement ne le fait jamais.Une amitié étrange nait entre eux , une amitié qui les fera agir comme jamais ils ne l’ont fait. Mais qui est Paul? Lui aussi est en fuite avec la mort éventuellement au bout du voyage. Pourquoi? Nous le découvrirons petit à petit, au fil des évènements et des questions de François.

Alors? Vous commencez à me connaitre et vous devez vous douter qu’il y a un bémol. Karine Giebel semble suivre une thématique religieuse (rédemption, purgatoire, Satan , ange) mais c’est un peu tiré par les cheveux du moins avec celui ci. Même la question posée à la toute fin ne déroute pas, ne remet rien en cause.

Où est la puissance émotionnelle de Karine Giebel comme dans Meurtres pour rédemption? Où se trouve la construction savante d’une bonne intrigue policière (et psychologique) comme Purgatoire des Innocents ou Juste une ombre ?

C’est plat,insignifiant ,malgré les extraits des Fleurs du Mal ou Spleen de Baudelaire (il va falloir que je replonge dedans….), et  pas une fois je ne me suis sentie concernée par les malaises et douleurs de François, par ses questions existentielles. Pourtant c’est une maladie qui reste en suspens au dessus de nos têtes, à nous tous ,les questions posées avec angoisse par François pourraient être les nôtres. Eh bien , justement! J’attends d’un roman qu’il me fasse vibrer,pleurer éventuellement, réfléchir mais là….rien. Pas une fois je n’ai frémi devant la véritable histoire de Paul .Finie l’empathie qui faisait la force de Karine Giebel, nous incitant à avoir de la compassion pour le pire des criminels! Il y a bien une histoire d’amitié improbable,un sentiment paternel tardif, une relation quasi filiale mais je n’ai pas eu la petite étincelle …. Quant à la fin, elle est d’une banalité totale.

Coup de gueule de Karine Giebel, glissé dans l’intrigue pour un sujet grave sur les déchets toxiques mais on est loin d’un Patrick Bard qui fait d’un problème de société le centre d’un thriller efficace et qui alerte, questionne et accuse.

L’écriture est sèche, nerveuse,faite à coups de petites phrases souvent interrogatives, un style qui fait avancer l’action sans temps mort, certes, mais qui ne réserve aucune surprise.

Ouhouh!! Karine Giebel a disparu!! Je lance un avis de recherche!! 

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C’est à une nouvelle masse critique de Babélio que j’ai été conviée et quand j’ai vu le nom de Marin Ledun je n’ai pas hésité une seconde sachant que j’avais lu et plus qu’apprécié  » Dans le ventre des mères »  et « Les visages écrasés » (N’en cherchez pas les chroniques ici, je ne les ai pas faites…Pô bien, j’avoue, de faire preuve de procrastination éhontée. Et ces romans sont tellement bien écrits qu’il faudrait que je sorte de cette léthargie )

homme Donc c’est avec un vif intérêt que j’ai ouvert ce roman. Pas un thriller mais un roman noir. Et c’est qu’il va l’etre ,noir, très noir même. Tout part d’un fait divers réel : la disparition le 18 Avril 2009 d’un homme,Jon Anza qui n’est officiellement retrouvé qu’en Mars 2010 après avoir passé 10 mois dans la morgue d’un hôpital toulousain…Qu’est ce qui a fait que cette disparition est devenue « une affaire« ? Le fait que c’était un membre de l’ETA.

Malgré les réactions de la famille qui préviennent les autorités policières, malgré le soutien des Basques et les manifestations pour que la vérité éclate homme anza rien ne se passe….Marin Ledun s’est emparé de cette histoire pour nous brosser un portrait noir et nauséabond de cette France et de cette Espagne  en ce XXIeme siècle où  flics et  voyous sont copains,où la torture est encore pratiquée,où des lois existent comme celle de » l’incommunication  » c’est à dire la possibilité d’arrêter , de questionner (et au sens premier ?) quelqu’un soupçonné d’appartenir à une organisation terroriste dans un lieu secret et sans la présence de son avocat ni d’un médecin et tout ça pendant 13 jours, le tout couvert par les plus hautes instances.

Nous voyons des journalistes, l’un basque et l’autre demi basque (par son père ) se lancer dans l’aventure afin de démêler le vrai du faux,finir par, non pas vouloir faire un scoop, mais être gagnés par la souffrance de cette famille qui se débat pour savoir, qui se heurte à un procureur plus que douteux. Ils ont affaire d’un côté à des hommes cagoulés qui aiment les tabassages, les explosifs voire les réductions au silence et de l’autre à une organisation qui pratique le silence . Il ne s’agit en aucun cas d’un engagement de l’auteur aux côtés de l’ETA. Il est bien évident qu’il se « contente » par le biais de ses journalistes de relater les faits, montrer les progrès réalisés pas à pas pour découvrir le fin mot de l’histoire malgré les risques encourus. J’avoue que pendant une bonne moitié du roman je n’ai guère été convaincue , pas assez en empathie avec les héros , trop déroutée par le style peut être trop journalistique pour moi et puis, petit à petit, j’ai été accrochée et définitivement écœurée par ce que j’apprenais, dans le livre et sur le Net. 

Le livre se termine un peu abruptement mais après recherches,je pense que Marin Ledun a prévu une suite car si  le militant basque, centre du roman, finit par être retrouvé , la question qui hante le journaliste « Qui paie ? » n’a pas encore trouvé sa réponse. 

yeruldelgger

Yeruldelgger, quel drôle de nom! Ian Manook, quelle peut bien être la nationalité de cet écrivain qui signe là son premier roman policier? Réponse 1) C’est un nom Mongol.Réponse 2) Il est Français.Eh oui, Ian Manook se nomme en réalité Patrick Manoukian .

Tout ça pour vous dire que je me suis retrouvée embarquée très rapidement en Mongolie et c’est là une jolie surprise car il y a peu de thriller dont l’histoire se passe dans le pays de Gengis Khan.

Ian Manook nous entraîne dans une  histoire de flic élevé dans un temple bouddhiste , expert en arts martiaux, brisé par la mort de sa fille  5 ans auparavant, assassinée, et sans que le coupable ait pu être appréhendé., commissaire aux méthodes pas très orthodoxes, c’est le moins que l’on puise dire.Un peu cliché c’est vrai mais l’auteur réussit à nous faire oublier ce petit bémol tant le personnage est attachant.Sombre mais attachant. Il a une autre fille, adolescente, en pleine révolte contre son père, manipulée par certains pour empêcher son père de trouver le fin mot de l’histoire, et une femme rendue folle par le décès de leur fille.

Je sens que je vous perds, là…Mais si je vous dis assassinat d’enfant , assassinat de prostituées mongoles,assassinat de trois chinois, policiers corrompus,pouvoir de l’argent, magouille financière ? Ou bien, une légiste, Solongo , amoureuse de Yeruldelgger , Oyun ,jeune  policière adjointe du commissaire, au tempérament bien trempé, ce qui lui servira bien à un certain moment de l’intrigue, Gantulga ,un jeune gamin des rues très débrouillard et qui s’attache à Oyun ,ce qui, là aussi, lui sera utile?

Des néos nazis, qui ne savent pas ce qu’est un Juif mais qui sont contre par principe, abêtis par l’alcool qui noie ce qui leur sert de cerveau et dévoués à la cause de certains hommes puissants qui s’en servent pour leurs sales besognes ?.

Toujours pas? Alors partez quand même , le temps de ce livre, pour Oulan Bator, ville moderne où les immeubles en verre côtoient les yourtes qui poussent à ses portes , où les souterrains dans lesquels passent les tuyaux de chauffage  abritent une population plus que pauvre qui se presse là pour tenter de ne pas succomber aux terribles hivers.Vous découvrirez aussi les semi nomades,ceux qui résistent à la modernité avec leurs traditions, vous partirez dans les steppes où la faune et la flore seront évoquées de bien belle manière, vous aurez même  quelques notions de cuisine mongole , Yuruldelgger est très gourmand 🙂 Petite incursion géopolitique démontrant que la Mongolie a souffert de l’occupation russe et est en proie à toutes les cupidités des pays voisins comme la Chine tout en étant attirée par l’Occident (la référence au flic des » Experts » est aussi étonnante que savoureuse) 

Bref vous passerez un excellent moment de lecture,à l’histoire menée tambour battant, quelques descriptions un peu sanglantes des crimes certes mais pas trop tout de même,la violence faite aux femmes montrée d’explicites manieres,un peu dure mais qui doit malheureusement coller à la réalité. Les personnages sont déjà façonnés de belle façon et , cerise sur le gateau, une suite nous attend. Vivement qu’elle paraisse!

Merci à Babelio et à sa Masse critique de m’avoir fait découvrir ce policier d’un pays lointain et quelque peu mythique.

maitres 2.90€! Voilà ce qu’a m’a coûté ce petit livre constitué de deux nouvelles de Karine Giebel.  2.90€ de suspense, de plaisir et d’admiration. 

Je pense avoir tout lu de cette auteure , dans cet espace vous pourrez trouver des chroniques la concernant. Dans cet exercice ô combien difficile qu’est l’écriture de nouvelle ,là aussi je ne peux que constater le talent de Karine Giebel.

La première :Post mortem. Tout un programme.

D’abord,c’est la culpabilité qui s’insinuera en toi, doucement,

Pour te dévorer de l’intérieur,lentement,

Et puis viendra enfin le châtiment,

Mon châtiment

C’est ainsi que commence la nouvelle.Vous lisez, et puis, vous oubliez, pris dans l’histoire qui commence. Celle de Morgane , star de cinéma très connue, convoquée à l’ouverture du testament d’Aubin Mesnil.Elle ne le connait pas et ne sait absolument pas ce que cet homme va lui laisser ni pourquoi. 

Passionné de cinéma et admiratif de l’actrice, Aubin Mesnil, blessé dans un très grave accident , handicapé et mort d’une maladie attrapée à l’hôpital (sympa, ça!!) , lui laisse une maison dans l’Ardèche accompagnée d’une lettre.A charge pour elle de transformer l’endroit en un centre pour jeunes en difficulté puisqu’elle est marraine d’une association de ce genre.Dans la lettre qui accompagne les dernières volontés, il lui est précisé qu’elle doit se rendre à la maison rapidement car une surprise l’y attend.Ce qu’elle va faire, accompagnée de son mari, débute alors un jeu de piste glaçant….

Evidemment, je ne vais pas aller plus loin , vous laissant le plaisir de la découverte mais Karine Giebel ,en diablesse d’écrivain , nous réserve des surprises. La première vous fait presque éclater de rire car vous ne vous y attendez pas  quant à la seconde, là, je dois dire que je suis restée bouche bée devant la maestria de la Dame. Implacable!! 

 

La seconde nouvelle :J’aime votre peur.

Une histoire de flic et voyou. Le flic, c’est Yann Dumonthier, commissaire.Le voyou, Maxime Hénot, 36 ans,psychopathe et serial killer, coupable de 7 meurtres. »Il assassine des couples , en commençant par la femme qu’il viole devant son mari avant de les éliminer tous les deux.A l »arme blanche, à mains nues ou avec ce qui lui tombe sous la main. Aucun rituel dans le meurtre: ce qu’il veut, c’est ravir la femme de l’autre, la lui prendre sous ses yeux impuissants. Sa femme et parfois ses gosses, s’ils ont le malheur d’être là. Car Maxime Hénot a déjà tué un enfant.Yann se souvient ..Killian, onze ans  » 

Une histoire aussi d’éducatrice d’enfants handicapés, Sonia, qui part cinq  jours à Villards de Lans en car avec 16 gamins, 2 accompagnateurs et un moniteur de sport. 

Tout de suite, on sait que l’un des hommes n’est pas celui qu’on pense, oui mais lequel? Gilles , le conducteur du bus ou Luc, le moniteur? K .Giebel sème le trouble dans nos esprits en n’étant volontairement pas très précise dans ses « il » ou bien nous faisant douter par les dialogues échangés.

Progressivement la tension monte et le drame va éclater….

Et là, tout comme pour « meurtres pour rédemption » , Karine Giebel s’élève en tant que militante.Nous fait réfléchir sur une loi sortie le 25 Janvier 2008 sur la rétention de sureté et la déclaration sur la responsabilité pénale pour cause de trouble mental  (si le sujet vous interpelle, je vous invite à cliquer sur le lien). A travers une histoire bien ficelée, elle nous brosse le portrait d’un assassin qu’on devrait redouter et haïr. C’est sans compter sur le talent de Karine Giebel qui nous offre une chute poignante, choquante ,les derniers mots porteurs d’intenses réflexions.

Du grand art.

 

 Les derniers Karine Giebel que j’ai lu, Juste une ombre, puis Purgatoire des innocents ont fait resurgir une lecture faite il y a 1 an 1/2, deux ans, de ce livre.Pour tout vous dire , quand j’avais fermé la dernière page , à l’époque, j’étais en larmes ( vous allez me dire que je pleure facilement….Vrai pour les films ou la musique mais pas pour les livres). Je voulais vous en parler, parler de tout ce que j’avais ressenti, vécu au travers de ces 989 pages,mais je n’ai pas trouvé les mots tellement le choc avait été grand.J’ai laissé passer le temps, ce livre m’a poursuivie encore et encore mais pas moyen de faire une chronique.

Et puis, donc, les deux derniers de Giebel précédemment cités.Et là, déclic.Je me suis dit qu’il fallait impérativement parler de ce roman noir, très noir qui ,pour le moment, malgré l’incontestable qualité de Juste une ombre ou bien Purgatoire des innocents reste LE livre à lire de cette auteure qui livre après livre se hisse parmi les plus grands de sa génération d’auteurs de romans policiers.

Je m’y suis replongée , là aussi, ça ne m’arrive pas pour un polar ,pour retrouver les bons souvenirs et pouvoir, cette fois, vous en parler.Je savais dans les grandes lignes ce qui allait se passer et pourtant…Je me suis retrouvée embarquée dès la première page comme si je découvrais ce roman,prisonnière, si j’ose dire, de l’écriture de Karine Giebel maîtrisée de bout en bout.

Ce n’est pas un polar au sens propre du terme.Oui, il y a des bons et des méchants, des policiers et des assassins, du suspense car on ne sait pas comment les choses vont tourner.Tout est sur le fil du rasoir , phrases tranchantes, coups de poing en pleine figure ou à l’estomac, c’est selon,formules choc,descriptions hallucinantes, comportements humains qui le sont tout autant.

Ce n’est pas un polar parce que c’est, pour moi, une critique impitoyable de notre société et surtout de l’univers carcéral qui fait des personnes incarcérées des monstres si elles en sortent ou bien des victimes si elles n’ont pas la force de résister.Univers impitoyable qui met d’un côté des barreaux des êtres humains qu’il faut punir pour ce qu’ils ont fait et de l’autre des surveillants de prison…A moins que les choses ne s’inversent car il en faut très peu, je dirais même pas du tout , pour que certains de ces matons soient dans le même état d’esprit que les pires des criminels emprisonnés, la seule différence étant qu’ils ont la loi pour eux.

Marianne a 20 ans, en taule depuis deux ans déjà pour avoir , lors d’un cambriolage avec son petit copain, tué, sans le vouloir, le propriétaire de la maison.Fuite des deux délinquants, les policiers  tuent Thomas après un barrage forcé. Marianne , petite bonne femme mais qui pratique le karaté et est dotée d’une force physique peu commune  se retrouve acculée par deux représentants de l’ordre.Dans sa désespérance d’avoir perdu son ami, traquée et coincée comme une bête fauve, elle ne réfléchit pas et tire: Le policier s’effondre et sa collègue, enceinte, se retrouvera en fauteuil roulant. 

Marianne n’est pas issue d’une famille pauvre, elle porte une particule , Marianne DE Gréville. Mais orpheline, elle a été élevée par ses grands parents qui jamais ne se sont occupés d’elle.Recherche d’amour, Thomas, recherches de limites ,délinquance. Cette situation sociale a été à charge contre elle et la sentence est tombée: Perpétuité. 18 ans et perpétuité.

Le roman démarre quand elle arrive à la centrale de S. Tous les noms de prisons ou de lieux ne sont que des initiales. Marianne arrive d’une autre prison où elle a massacré une surveillante…Jugée hyper dangereuse, elle est mise d’office au secret, au cachot.Avec elle, un bouquin Des souris et des hommes de Steinbeck et surtout les trains…Elle connait par coeur les horaires de passage et s’évade avec eux, imaginant où elle irait si un jour elle devrait recouvrer la liberté.Une autre forme d’évasion,les cigarettes et la drogue, deux fois par semaine, pas plus.

Trois surveillantes et un maton,responsable de cette centrale.Le décor est planté,l’Enfer peut démarrer réellement.

Un jour, parloir…Des flics , oui, des flics,lui font une proposition.Si elle accepte, elle sera libre, des papiers lui seront fournis pour pouvoir commencer une autre vie, ailleurs, loin. 

Tout l’art de Karine Giebel est de nous mettre dans la tête, dans le corps de ses personnages.Marianne devrait , selon toutes vraisemblances, nous irriter, nous indisposer, et bien non. Petit à petit , l’auteure nous la rend sympathique, nous met en symbiose avec elle mais pas seulement. Nous sommes en empathie avec certains , j’allais dire flics ou voyous, nous sommes dégoûtés et en colère vis à vis d’autres.Marianne nous est de plus en plus proche et physiquement nous souffrons avec elle, nous pleurons avec elle, nous rêvons avec elle.Nous sommes ,avec elle et les autres, prisonniers de ce huit clos étouffant.Karine Giebel nous la rend très chère, la fait nous séduire comme ceux qui auront vu au delà de sa carapace, de sa rage incontrôlable.

Près de 1000 pages que nous ne pouvons pas lâcher,il y a toujours quelque chose qui va arriver, la spirale qui entraîne et étouffe Marianne s’étire sans fin.Un peu de douceur malgré tout , mais à quel prix? Et la toute fin…Nous sommes sonnés,meurtris,touchés profondément dans notre esprit, dans notre coeur. En larmes pour pouvoir nous libérer et retrouver notre souffle.Avec des certitudes ébranlées, des questionnements qui longtemps nous poursuivront.

Un courage indompté, dans le coeur des mortels, Fait ou les grands héros ou les grands criminels 

Voltaire

Je vous ai parlé il y a peu de Juste une ombre , je ne pouvais manquer le tout dernier thriller de Karine Giebel qui de livre en livre se détache de plus en plus en tête des auteurs incontournables du roman noir.

Ici, ce n’est pas au purgatoire que vous allez être mais bel et bien en Enfer. Dans les premières pages, un prologue .Les pensées d’une femme à qui il est arrivé quelque chose d’assez horrible pour que tout soit brisé en elle.Qui est elle? Que lui est il arrivé? On ne le sait pas mais « Ceux qui ont subi cela savent de quoi je parle.Les autres ne peuvent l’imaginer, même avec la meilleure volonté du monde.(….) Moi, je suis morte dans une chambre sordide , il y a longtemps. Tellement longtemps…

Pourtant quelque chose a survécu.Ou, plutôt,  quelque chose est né ce jour là.

Quelque chose qui marche et qui parle à ma place. »

Ensuite,tout commence , j’allais dire, banalement. Trois hommes et une femme commettent un énorme casse dans une bijouterie Place Vendôme.Deux frères,Raphael 43 ans et son frère William, 15 ans de moins,Fred,un copain  de Raphael connu en prison où il a passé plus de dix ans, et une femme bizarre,compagne de ce Fred.Le casse ne se passe pas comme prévu , William est blessé très grièvement , la cavale commence.Ils atterrissent dans un petit village où le seul médecin capable de faire quelque chose est ..une vétérinaire.Qu’importe, elle doit savoir opérer: ils la prennent en otage, elle, Sandra, timide et apeurée. Quelques tentatives de rébellion mais vite matées par Raphael, un dur de chez les durs qui a tout vu et subi en prison.Le mari de Sandra est absent mais doit bientôt revenir de mission : il est gendarme.

Quand il revient , tout s’effondre sous les pieds des malfrats: L’enfer, le vrai, démarre là. …Et nous, nous sommes soulagés car jusque là, ce n’était qu’un thriller parmi tant d’autres, une légère déception se profilait à l’horizon. Encore une fois, c’est sans compter sur le génie de l’auteur.

Karine Giebel est passée maîtresse dans l’art de nous mettre en empathie avec les plus mauvais d’entre nous Elle nous plonge dans les psychés les plus sombres, apporte des éléments de compréhension devant les déviances les plus abjectes.Elle tisse doucement, lentement sa toile,en nous faisant connaitre le passé des divers protagonistes par le biais de discussions ou bien de flash back savamment orchestrés pour mieux nous replonger dans la terreur que vit la bande des quatre, enfin des trois enfin.. des deux, les plus importants étant Raphaël et son petit frère …L’ainé ferait n’importe quoi pour son benjamin et cette relation est extrêmement bien évoquée. Et puis, et puis,  il y a aussi deux autres prisonnières de ce couple infernal et nous ne pouvons que prendre fait et cause pour elles… 

Karine Giebel a réussi à faire éclore des amitiés fortes ,une sorte d’entraide, j’ose dire aussi de l’amour, des roses sur le purin de leur vie.Et en cela , je dis bravo, bravo à elle car si des scènes sont insoutenables, elles ne pas sont là pour faire du gore inutilement,les moments les plus durs ne sont d’ailleurs que suggérés mais l’imagination du lecteur est largement mise à contribution aidée aussi par les réactions des deux hommes prisonniers de déments.

Je vous ai parlé d’Enfer alors que le titre comporte le mot Purgatoire…Je ne vais évidemment pas vous donner une explication à cela…C’est une antichambre, comme vous le savez…La dernière page du roman nous sonne,nous laisse bouche bée à la recherche du souffle qui nous  a manqué jusque là…Lisez, vous comprendrez…

Je suis sur Babélio depuis quelques années, même si je n’y vais plus aussi souvent, faute de temps.Quelle ne fut ma surprise en découvrant que Fredéric Ernotte m’avait envoyé un message (et à d’autres , sans aucun doute) dans lequel , but de cet échange, il se permettait de me signaler que son livre était paru etc,etc…..Curieuse de nature, je me suis renseignée et n’ai pu que commander ce roman:C’est un thriller…Mon péché mignon, vous le savez.

Je viens de terminer, de tourner la dernière page.Je vous le redis, au cas où vous n’auriez pas suivi (Je ne mets pas en doute votre attention, mais ,parfois, on lit vite et des choses essentielles peuvent ne pas s’imprimer correctement) c’est le premier livre de Frédéric Ernotte. 

Que dire sinon qu’il est atypique,à l’humour noir, féroce,caustique,critique de notre société, de nos comportements,à l’écriture fluide qui fait que les pages s’envolent sans qu’on y prête attention, pris que nous sommes dans l’intrigue.

La construction est non conforme aux règles du thriller et si c’est déroutant ,c’en est excitant.J’ai vraiment eu une sensation de poupées russes, tout s’imbrique, boite dans une boite, elles même dans une autre boite etc…jusqu’à la fin.Et quelle fin! 

Je ne vais pas vous parler de l’histoire si ce n’est pour vous dire que c’est celle d’un policier, Jeff Marnier. Les serial killers sont son pain quotidien .Actuellement,deux particulièrement retiennent son attention: » Le tueur aux piercing « comme il l’a lui même nommé et surtout , surtout, un tueur de flics. D’ailleurs, ne vient il pas, cet assassin, de tuer, outre un profiler et un expert en balistique, d’une manière horrible son amie Catherine? De plus , il semblerait qu’il le nargue puisqu’il retrouve sur un des rétroviseurs de sa voiture un bijou offert à la jeune policière.

Pour pouvoir tromper sa solitude,en proie à un terrible sentiment de mal être,il va sur la Toile et un jour découvre un site sur lequel des policiers, en retraite ou non, se retrouvent : La boite noire.

Trois mois se sont écoulés depuis qu’il s’est inscrit sur le site et après le meurtre de sa jeune collègue , il y a trouvé un refuge, est devenu accroc et échange, de manière forcenée, messages et mails.Une réunion est organisée: ils seront huit invités et devront apporter avec eux une boite dans laquelle des indices en rapport avec une enquête, élucidée ou non, auront été mis afin que les autres participants découvrent la solution.Il s’y inscrit aussitôt,pensant trouver là un moment de répit.

Je ne vous en dit pas plus, je ne voudrais pas vous enlever tout le plaisir de la découverte.Je ne peux que vous dire que , même si vous êtes amateurs de ce genre littéraire, vous ne comprendrez rien à ce qui se passe, vous allez être portés par la plume de Frédéric Ernotte,égarés avec beaucoup de talent et de malice par un jeune maître en la matière. Vous savez ? »….La valeur n’attend point le nombre des années ». Frédéric Ernotte s’en est fait son adage, sans aucun doute.

A quand le second? 

 

Pourquoi nous viser? Les raisons plausibles sont légion. Nous avons peut être à faire à une personne frustrée de notre inefficacité redondante. Je n’aime pas dénigrer mais si je devais comparer mon parcours professionnel à la pêche, je dirais que notre seau est rempli de truites qu’il faudra relâcher et que pour les espadons, nous attendrons la semaine des quatre jeudis. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décidément Karine Giebel me surprendra toujours.Elle réussit,à partir d’un scénario traité maintes fois, à vous emporter avec elle sans aucun temps mort.

C’est l’histoire d’une jeune femme qui est poursuivie,harcelée sans cesse par un individu dont elle ne voit jamais le visage.Cette ombre pénètre chez elle quoi qu’elle fasse pour se protéger, dérange ses affaires, en emporte certaines pour lui redonner un peu plus tard, la menace verbalement, bref, est omniprésente dans sa vie.Elle a beau faire et beau dire à son entourage, petit ami , amie, copain de celle ci, la police même, personne ne la croit puisqu’elle ne peut rien prouver.Pendant ce temps là, sa raison vacille,sa santé chancelle, elle se coupe de tout le monde.

Brillante et jolie, elle sait qu’elle peut être appelée à remplacer son patron, bientôt en retraite.D’ailleurs, ne lui dit il pas que c’est elle qu’il a choisie et non son collègue et rival? Bien sûr, il faut que ça reste encore secret. Cloé (Non, pas de faute de frappe, il n’y a pas de H) s’est forgée une carapace depuis de longues années à la suite d’un drame familial, a tout sacrifié pour réussir.Le lâcher prise? Elle ne connait pas sauf ,parfois, avec son ami actuel…

Parallèlement, un flic. Gomez. On entre avec lui dans le livre.Il se bat désespérément aux côtés de sa femme, de sa moitié, de son alter ego.Elle est condamnée.Plus que quelques jours sans doute…Et avec lui, nous affrontons ces instants ultimes puis son effondrement,le déni,la recherche de la mort pour ne plus souffrir, pour oublier oui ,mais, si lui oublie puisque mort, qui pensera encore à sa femme? Folie qui le guette également.Ne rien montrer, même à ses collègues.Continuer d’enquêter pour ne plus rester chez lui, enquêter de manière pas toujours bien légale mais ce n’est pas en étant clean qu’on peut progresser et ferrer les plus ignobles d’entre nous, n’est ce pas?

Gomez a une personnalité extrêmement forte, avec lui,on est ami ou ennemi,il ne laisse pas indifférent en tout cas. Cloé, eh bien Chloé, on ne sait si on doit la baffer ou la prendre dans nos bras.Elle est tellement égoïste, égocentrique, dure,sans concession, même avec ses parents  mais aussi tellement fragile , assoiffée de tendresse et d’amour sans vouloir le reconnaître. 

Ces deux là ne pouvaient que se rencontrer et faire un bout de chemin ensemble, semé de chausse trappes et d’embûches.Mais ne vous y trompez pas.Karine Giebel n’a que faire des romans sentimentaux .Elle va vous faire frissonner avec Chloé, faire palpiter votre palpitant, vous entraîner dans de fausses pistes (Je me souviens d’une en particulier qui a déclenché un accès de tachycardie..Oui, oui, je vous jure! ), vous faire poser des questions sur la réalité des terreurs de Cloé, voire sombrer avec elle dans sa paranoïa. Vous allez pleurer avec Gomez, vouloir le soutenir,l’aider, l’aimer? comprenant l’Enfer qu’il vit.Vous allez vibrer , compatir quand tout va déraper dans sa vie professionnelle.L’enquête progresse, les questions trouvent leurs réponses.

Et puis, et puis vous allez sortir de ce livre sonnés, estomaqués, frustrés car tout ne finit pas comme vous l’auriez souhaité, comme souvent avec cette auteure, vous vous direz que vous avez vécu d’intenses sensations car quelle plume!! Mais quel déchirement que tout soit déjà  terminé…au bout de 606 pages.