yeruldelgger

Yeruldelgger, quel drôle de nom! Ian Manook, quelle peut bien être la nationalité de cet écrivain qui signe là son premier roman policier? Réponse 1) C’est un nom Mongol.Réponse 2) Il est Français.Eh oui, Ian Manook se nomme en réalité Patrick Manoukian .

Tout ça pour vous dire que je me suis retrouvée embarquée très rapidement en Mongolie et c’est là une jolie surprise car il y a peu de thriller dont l’histoire se passe dans le pays de Gengis Khan.

Ian Manook nous entraîne dans une  histoire de flic élevé dans un temple bouddhiste , expert en arts martiaux, brisé par la mort de sa fille  5 ans auparavant, assassinée, et sans que le coupable ait pu être appréhendé., commissaire aux méthodes pas très orthodoxes, c’est le moins que l’on puise dire.Un peu cliché c’est vrai mais l’auteur réussit à nous faire oublier ce petit bémol tant le personnage est attachant.Sombre mais attachant. Il a une autre fille, adolescente, en pleine révolte contre son père, manipulée par certains pour empêcher son père de trouver le fin mot de l’histoire, et une femme rendue folle par le décès de leur fille.

Je sens que je vous perds, là…Mais si je vous dis assassinat d’enfant , assassinat de prostituées mongoles,assassinat de trois chinois, policiers corrompus,pouvoir de l’argent, magouille financière ? Ou bien, une légiste, Solongo , amoureuse de Yeruldelgger , Oyun ,jeune  policière adjointe du commissaire, au tempérament bien trempé, ce qui lui servira bien à un certain moment de l’intrigue, Gantulga ,un jeune gamin des rues très débrouillard et qui s’attache à Oyun ,ce qui, là aussi, lui sera utile?

Des néos nazis, qui ne savent pas ce qu’est un Juif mais qui sont contre par principe, abêtis par l’alcool qui noie ce qui leur sert de cerveau et dévoués à la cause de certains hommes puissants qui s’en servent pour leurs sales besognes ?.

Toujours pas? Alors partez quand même , le temps de ce livre, pour Oulan Bator, ville moderne où les immeubles en verre côtoient les yourtes qui poussent à ses portes , où les souterrains dans lesquels passent les tuyaux de chauffage  abritent une population plus que pauvre qui se presse là pour tenter de ne pas succomber aux terribles hivers.Vous découvrirez aussi les semi nomades,ceux qui résistent à la modernité avec leurs traditions, vous partirez dans les steppes où la faune et la flore seront évoquées de bien belle manière, vous aurez même  quelques notions de cuisine mongole , Yuruldelgger est très gourmand 🙂 Petite incursion géopolitique démontrant que la Mongolie a souffert de l’occupation russe et est en proie à toutes les cupidités des pays voisins comme la Chine tout en étant attirée par l’Occident (la référence au flic des » Experts » est aussi étonnante que savoureuse) 

Bref vous passerez un excellent moment de lecture,à l’histoire menée tambour battant, quelques descriptions un peu sanglantes des crimes certes mais pas trop tout de même,la violence faite aux femmes montrée d’explicites manieres,un peu dure mais qui doit malheureusement coller à la réalité. Les personnages sont déjà façonnés de belle façon et , cerise sur le gateau, une suite nous attend. Vivement qu’elle paraisse!

Merci à Babelio et à sa Masse critique de m’avoir fait découvrir ce policier d’un pays lointain et quelque peu mythique.

Asphodele vient d’avoir l’idée , ô combien intéressante , de faire du jeudi (tous les 15 jours)  un jour en poésie.Je ne peux qu’être de l’aventure car vous le savez sans doute, j’aime la poésie et le logo concocté par notre jolie et talentueuse  blogueuse est plus que séduisant.

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J’ai tout de suite pensé à un poete, LE poète que nous connaissons tous et toutes, incontournable me semble t il. Sans aucun doute râbaché et anonné dans nos salles de cours mais tellement immense qu’on se doit de le connaitre: Victor Hugo

J’ai choisi ce poème pour plusieurs raisons.L’une perso, intime, une autre parce qu’il fait un clin d’oeil à Asphodèle, ce qui me semble de circonstances, et l’autre pour son évidente beauté, ses vers sublimes.

 

Booz endormi

Booz s’était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d’orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n’avait pas de fange en l’eau de son moulin ;
Il n’avait pas d’enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
– Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l’oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
Etait  mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz  murmurait avec la voix de l’âme :
 » Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

 » Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

 » Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l’eau. « 

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu’une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

 

 

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Un des vitraux de l’Eglise de St Léger de Gosnay

 

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Petit livre de 285 pages, ce roman fait partie des bons thrillers, je dirai même des excellents thrillers. Sur le thème bien connu de  » Connaissez vous réellement la personne qui vit avec vous? » William construit un roman sur le fil du rasoir,comme une mécanique parfaitement huilée .

Samantha et Marty forment, après 1 an de mariage, un couple parfaitement heureux. Marty va fêter le 5 Décembre prochain ses 40 ans et pour lui faire plaisir Samantha décide de faire une grande fête.Pour cela elle décide de rechercher ses amis d’enfance et rassembler des témoignages d’anciens instituteurs et professeurs.Les difficultés commencent alors puisque malgré tous ses efforts , il n’y a aucune trace de lui. Pire, dans l’armée , s’il y a bien un Martin Everett Shaw, il est décédé pendant la guerre du Vietnam.

Parallèlement un  policier , Spencer Cross -Wade, cherche depuis 6 ans à mettre la main sur le tueur en série qui sévit tous les 5 Décembre.Il espère qu’un nouvel élément va lui permettre de relancer l’enquête et ainsi éviter un autre meurtre de femme.

Le but de William Katz n’est pas de nous faire découvrir si oui ou non Marty est le tueur en série en question.Il est très vite clair que c’est bien lui et petit à petit nous comprenons le mobile , plus qu’évident , banal, allais je dire, mais il est vrai que ce roman date et d’une trentaine d’années et que, depuis, bon nombre de romans ont été écrits sur le sujet. Alors.Alors,qu’est ce qui fait que ce thriller nous captive à ce point? 

Tout simplement par l’écriture,la manière de présenter les personnages, leur imbrication. Les conversations entre Samantha et Marty,petit bijou de conversations hypocrites.  Puis , au fur et à mesure que le temps passe et que le 5 Décembre approche( la fête qui est maintenue bien que Samantha soit au courant de la vérité sur son mari) trois récits se côtoient ,  les pensées de la jeune femme, celles de son mari et les agissements de la police,le tout devenant de plus en plus nerveux et haletant grâce à l’insertion des heures puis des minutes qui s’égrènent. Connu, oui, mais efficace.

Je ne vous dirai bien entendu pas comment tout cela se termine mais une chose est sure: en lisant les deux dernières phrases(défense absolue de le faire avant d’en être arrivés là !) vous ne pouvez qu’être admiratifs devant ce retournement de situation magistral et inattendu , à la Franck Thilliez , si vous voyez ce que je veux dire.

Préparez vous à rogner sur votre temps de sommeil pour connaitre le dénouement  😉

 

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Nous voilà en et je renoue avec cette manie de vouloir accueillir le mois qui vient par un poème.Octobre, mois qui est encore source de tristesse (le 22 Octobre 1986 mon père décédait après 1 mois et trois semaines de calvaire)  mais qui sera dans quelques jours le début d’une nouvelle vie, faite , je l’espère , de rires et de bonheur.

En voici un de François Coppée

 

Matin d’Octobre

C’est l’heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. Ou peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L’érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées :
Mais ce n’est pas l’hiver encor.

Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l’air tout rose,
On croirait qu’il neige de l’or.

 

[youtube]http://youtu.be/H7hGiZ579cs[/youtube]

 

 

 

Voici un autre poème,plus grave, rejoignant dans l’esprit la chanson de Jean Ferrat  « Si nous mourons  » en mémoire à la rafle du Vel d’hiv’. Ce poème est dédié aux cinquante otages exécutés au camp de Souge après que, le 21 octobre 1941, le conseiller de l’administration militaire (Kriegsverwaltungsrat) Hans Reimers ait été abattu à Bordeaux par un militant communiste, membre de l’OS, Pierre Rebière. Le 23 octobre, Pierre Lerein est fusillé, puis 50 otages également le 24 octobre au camp de Souge. Ce sont en majorité des militants communistes.(dont Guy Moquet) Leurs noms sont disponibles sur le site de l’Amicale de Chateaubriant. Allez lire comment s’est passée cette execution…L’horreur est sans limite mais le courage également. L’exécution des 50 otages de Bordeaux est en effet liée à celle des 48 otages de Châteaubriant, Nantes et Paris, en représailles après l’attentat contre le Feldkommandant de Nantes, Karl Hotz.

 

J’ai lu, conseillée par Amaryllis , le roman de Laurent Binet inspiré de cet événement. Je vous en parlerai dans quelques temps

 

HHHH 

 

 

Le vent qui pousse les colonnes de feuilles mortes
Octobre, quand la vendange est faite dans le sang
Le vois-tu avec ses fumées, ses feux, qui emporte
Le Massacre des Innocents
Dans la neige du monde, dans l’hiver blanc, il porte
Des taches rouges où la colère s’élargit ;
Eustache de Saint-Pierre tendait les clefs des portes
Cinquante fils la mort les prit,
Cinquante qui chantaient dans l’échoppe et sur la plaine,
Cinquante sans méfaits, ils étaient fils de chez nous,
Cinquante aux regards plus droits dans les yeux de la haine
S’affaissèrent sur les genoux
Cinquante autres encore, notre Loire sanglante
Et Bordeaux pleure, et la France est droite dans son deuil.
Le ciel est vert, ses enfants criblés qui toujours chantent
Le Dieu des Justes les accueille
Ils ressusciteront vêtus de feu dans nos écoles
Arrachés aux bras de leurs enfants ils entendront
Avec la guerre, l’exil et la fausse parole
D’autres enfants dire leurs noms
Alors ils renaîtront à la fin de ce calvaire
Malgré l’Octobre vert qui vit cent corps se plier
Aux côtés de la Jeanne au visage de fer
Née de leur sang de fusillés

Pierre Seghers