Voilà bien un polar que je vais vous conseiller de lire!! Grâce à ce quatre mains,F.Lenoir pour la partie Histoire avec un grand H, culture des religions voire humanisme,architecture et V.Abecasos pour la partie polar, nous sommes entrainés dans un superbe et intéressant roman.

Nous assistons à la construction de l’Abbaye du Mont Saint Michel construite sur le Mont Tombe , nous suivons pas à pas l’évolution de ce lieu qui apparait comme magique à tous ceux qui y sont allés, nous comprenons par le biais d’une histoire d’amour interdite ( certains diront convenue mais la romantique que je suis a aimé) entre Frère Roman,assistant de Pierre de Nevers au départ puis bâtisseur selon les plans de son Maitre et une jeune femme Moira,guérisseuse et surtout, au fond d’elle même, Celte, ce que représente au XIème siècle la foi chrétienne et la religion des druides, chassés, exterminés mais dont la culture et le culte perdurent en secret.Nous suivons, estomaqués par tant de connaissances, les luttes des abbayes pour pouvoir  grandir,celles des Normands et des Bretons qui revendiquent le territoire du Mont Saint Michel.

Nous sommes également au XXIème siècle et faisons la connaissance de Johanna, jeune archéologue médiéviste, passionnée par l’Abbaye de Cluny et persuadée de retrouver le tombeau de Hugues de Semur, 6ème Père Abbé  mort en 1109.Pour le moment, elle est en route avec son amant pour une destination inconnue, surprise du week end. Quand elle aperçoit le Mont Saint Michel, une appréhension la saisit. Quand elle était enfant, en vacances ici même avec ses parents , elle fit des cauchemars terribles , rêvant d’un moine décapité qui la désignait. Elle ne s’en est jamais réellment remise et a conscience que c’est sans doute ce spectre qui est à l’origine de sa formation. Ce qu’elle craint arrive, elle est de nouveau en proie à des terreurs nocturnes où elle voit ce moine lui en montrer un autre pendu sous une cloche, un autre noyé et enfin un homme blond brûlé pendant son sommeil. Il y a de quoi être terrifiée et elle s’enfuit plutôt qu’elle ne part de cet endroit,sacrifiant ainsi un de ses rares moments de bonheur avec celui qu’elle aime.

Deux histoires parallèles mais qui ,évidemment, vont se rejoindre, un formidable moment d’érudition qui fait que l’intérêt n’est pas dans la résolution des meurtres perpétrés au XI ème siècle puis dans celle de ceux survenant au XXIème mais dans tout ce qu’on peut apprendre sur l’édification de l’abbaye du Mont Saint Michel bâtie sur un temple Celte. Toute petite incursion légendaire qui évoque druides et Dieux sous le  côté sanguinaire un peu trop véhiculé  mais qui démontre aussi que la religion catholique a  sévi avant l’Inquisition médiévale et Innocent III pour éradiquer une religion qui la dérange tout en prélevant certaines croyances pour les mettre à son service.

J’ai aimé les personnages psychologiquement crédibles, Frère Roman écartelé entre son amour de Dieu et celui pour Moira , mettant longtemps pour admettre cette attirance , naïf qu’il est concernant les émotions humaines, Moïra , qui, elle, sait tout de suite ce qu’il en est, également déchirée par le secret dont elle est dépositaire et l’attirance profonde éprouvée pour Roman. 

Johanna, elle, quelque peu immature, plongée dans le passé pour ne pas vivre dans le présent qui ne la satisfait pas et qui , petit à petit, au gré des rencontres et des tragédies , va s’ouvrir et découvrir une femme qu’elle ne connaissait pas. Une femme qui se battra pour sa propre survie, psychologique puis physique, une femme qui devra faire un choix à la fin du livre. Une fin peut être en deça de ce que j’attendais mais qui nous laisse en plein suspense….

Jamais nous ne sommes perdus entre les deux histoires.Frédéric Lenoir et Violette Cabésos ont pris le soin d’écrire de très longs chapitres ,aussi bien sur le Mont que sur l’abbaye de Cluny ou encore de nos jours, ce qui fait qu’on devient spectateurs émerveillés, émus, curieux de cette période de l’Histoire ,celle du XI eme siècle puis, en basculant à notre époque, nous avons compris avant Johanna ce qui se passe et nous cheminons avec elle dans la progression de sa recherche, de sa quête, mais ignorant comment tout cela va pouvoir se terminer.

Le livre peut sembler un peu long, il m’a fallu m’accrocher parfois pour ne pas faiblir malgré la qualité de l’écriture, les mots savants découverts au détour d’une phrase. En tant qu’amoureuse de la langue française, je n’ai pu qu’apprécier.

Je ne le considère pas vraiment comme un polar mais plutôt comme  un thriller  fantastique  ce qui pourra rebuter certains ou enchanter d’autres. Je fais partie de cette deuxième catégorie, vous l’avez compris car en plus de ce côté étrange, j’ai tellement découvert de choses sur cette période que j’ai voulu faire des recherches et que l’envie d’aller au Mont Saint Michel m’est venue. N’est ce pas une réussite pour les auteurs? 

Liens pour aller plus loin. Ce n’est pas habituel de ma part de vous donner quelques pistes mais c’est tellement intéressant, non? 

 

 (Clic)

 

 

 

 Pour changer 😆 ,un peu de musique classique.Un compositeur, une symphonie, un chef. Je n’aime pas tout chez ce compositeur un peu trop « teuton » (excusez moi de l’expression mais je ne parviens pas à en trouver une autre…Des suggestions?? Je suis sûre que certain(s) et certaine(s) d’entre vous vont se prêter à ce petit jeu) .Certains chefs accentuent d’ailleurs cet aspect de Beethoven, dommage.Encore une fois selon mes goûts.

Pourquoi ce mouvement de la 7eme? Parce qu’à chaque fois que je l’entends je suis au bord des larmes, bouleversée , retournée.On est devant l’indicible, le sublime, qui prend aux tripes. A ce propos j’ai encore en mémoire la bande annonce de ce merveilleux film qu’est Les Hommes et les Dieux. Elle était basée sur ce mouvement que vous allez entendre…J’étais en transe en la regardant, le morceau avait été merveilleusement choisi.Quand je suis allée au cinéma, et bien, pas du tout ça!! C’était un tout autre morceau mais l’impact a, sur moi, été le même car lui aussi me bouleverse…Et c’est un des rares moments du film où on entend de la musique…

Je reviens à la 7ème de Beethoven.Composée à 42 ans , en même temps que la 8ème ,elle est structurée en 4 mouvements. Beethoven la surnommait la grande, en comparaison avec la 8ème , plus courte. A la création , l’allegretto fut bissé dans son intégralité alors que Beethoven l’avait, parait il , dirigée de manière hasardeuse.

La symphonie  fut utilisée comme support de bande son de multiples fois .Vous pouvez aller  sur Wikipedia pour en avoir la liste.

CarlosKleiber Carlos Kleiber, un chef que j’admire, vénère. Un homme d’une grande sensibilité, au phrasé élégant,qui met  en équilibre les divers pupitres, ne laissant pas les cuivres écraser les autres.Il maitrise son orchestre de manière parfaite, laissant ainsi s’exprimer toute la beauté de la musique de Beethoven,la délicatesse parfois oubliée.

A l’écoute de ce mouvement, on ne peut qu’admirer , se laisser aller au sublime, presque se recueillir et laisser un grand silence se faire quand la dernière note s’éteint.

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 Jussi Adler Olsen, un nom d’auteur de roman policier à connaitre.Une fois que vous aurez lu un de ses livres, vous chercherez un romancier à la hauteur de celui là.Pas si facile! En France, il y en a quelques uns Franck Thilliez , Pierre Lemaitre pour ne pas les nommer.

Ses deux précédents romans, Miséricorde  et Profanation m’avaient plus que séduite. Et c’est donc  avec un énorme plaisir que j’ai accepté la masse critique de Babelio ,en partenariat avec Albin Michel que je remercie, pour la 3ème enquête du Département V. 

Deux histoires policières se développent en même temps, l’une suivie par les collègues de l’inspecteur Mørck mais avec l’aide ponctuelle de celui ci et d’Assad , enquête sur des incendies criminels où on retrouve systématiquement un cadavre et l’autre, celle qui nous intéresse plus puisqu’elle est vraiment du ressort de ce département,une histoire de bouteille de verre jetée à la mer avec un message dedans.

En fait, cette bouteille a été découverte depuis longtemps , ramassée dans les filets d’un pêcheur, mais le policier qui voulait s’en occuper s’est fait tuer dans l’exercice de ses fonctions.La bouteille est restée là, au soleil, des années jusqu’à ce qu’un concours de circonstances l’amène, cassée mais avec son message , sur le bureau de l’inspecteur Mørck . Au départ , peu emballé par cette nouvelle affaire, il change d’avis grâce à Assad quand, le message à moitié effacé par l’eau, le soleil et la condensation s’avère être un SOS écrit avec du sang humain. Grâce à l’opiniatreté de Rose , ils parviennent à déchiffrer quelques mots, en devinent d’autres mais pas tous hélas. Les résultats d’ADN reviennent , c’est une histoire qui remonte à 10 ans , une histoire d’enlèvement d’enfants. Chose bizarre, aucune plainte n’a été déposée. 

Et c’est un début de course contre la montre car si les victimes de cet enlèvement ne sont surement pas en vie à l’heure actuelle, en progressant dans l’enquête, ils vont comprendre que ce n’était ni le premier ni le dernier.

Qu’est ce qui fait qu’un thriller est bon, meilleur que les autres? Une intrigue bien ficelée de bout en bout, les personnages décrits avec minutie. Avec Jussi Adler Olsen, pour la première raison, pas de doutes, vous avez une histoire construite savamment, qui prend ses racines dans la société Danoise que veut égratigner au passage l’auteur. Pays de technocrates, (l’enquête sur la recherche éventuelle d’amiante est assez savoureuse),pays où les Sectes pullulent sans que le gouvernement y mette le hola.

Les personnages , quant à eux , sont fouillés psychologiquement, que ce soit le bourreau et ses victimes, l’inspecteur Mørck et ses acolytes.Nous avançons dans la connaissance d’Assad, encore plus complexe qu’il n’y parait, mystérieux,pas celui que pensait Mørck. Mais qu’en est il exactement? 

Et Rose? La fantasque Rose? Dans cet opus elle a décidé qu’elle serait mieux chez elle mais pour ne pas perturber la bonne marche du service, elle propose que sa soeur jumelle Yrsa vienne les aider. L’inspecteur Mørck n’a pas vraiment son mot à dire quand Rose à décidé quelque chose et quand il fait la connaissance de cette femme dont il ignorait l’existence, il se dit que l’une vaut l’autre point de vue look, autorité,pour ne pas dire autoritarisme, fantaisie frisant le pathologique…Mais elle est d’un très grand secours tant elle se plonge dans l’enquête , tout comme Rose l’aurait fait.Il fait contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’à ce que Rose réapparaisse, à la fin du livre.

Quant à Mørck lui même, il est délicieux au prise avec sa psychologue ( toujours à propos de ce qui a coûté la vie à un de ses collègues et rendu invalide un autre ,un ami , qu’il héberge chez lui pour ne pas le laisser à l’hôpital ) qui outrepasse quelque peu ses fonctions de thérapeute en commençant une liaison avec lui…Pour ne pas faire de fautes de déontologie, elle lui présente un confrère qui le prendra en charge, au grand déplaisir de Mørck

Nous sentons que Jussi Adler Olsen  a encore bien des surprises en réserve, qu’il nous bâtit des histoires dans l’histoire. 

Je ne peux dire qu’une seule chose, si vous ne connaissez pas, rejoignez cette équipe incroyable mais complémentaire .Des éclats de rire viendront soulager la tension ambiante , petit plus non négligeable.

Alors….à quand le quatrième?