Les images arrivent par dizaines, les sensations s’engouffrent , me piétinent et me broient.Tape mon coeur à grands coups jusque dans la gorge! Les mots veulent s’échapper .Partage, thérapie. 

Un mois, il n’a fallu qu’un mois pour qu’elle parte.On n’a rien vu venir.Quand je revois les photos , je me dis que ce crabe a oeuvré sournoisement.Elle n’était guère en forme, malade depuis des années, une maladie orpheline, comme ils disent.Guère connue, quoi.Et quand cette maladie a attaqué un an auparavant de manière encore plus virulente, elle a laissé perplexes les médecins. Oui, il y avait un gros problème mais d’où venait il? Pas de sa maladie , disaient certains, sûrs de leurs certitudes. Peut être ,disaient d’autres, plus humains, on va se renseigner…Doutes pour un medecin qui, le premier, a décelé cette éventuelle possibilité.Mais tout seul, il ne pouvait rien faire sinon attendre que la maladie, celle là bien connue, se manifeste…Ce qu’elle a fait…..Quelques jours avant le 24 Octobre, elle se glissait lentement et montrait son visage ,jaunâtre…Le 29 Octobre , notre médecin traitant m’assénait la nouvelle…

Examens, hospitalisations…C’est là qu’on pointe du doigt les manques d’accompagnement du malade. Peu importe si vous hurlez de douleur, si vous ne pouvez plus avaler quoi que ce soit, si vous vomissez toutes les 20 secondes un liquide verdâtre! Vous n’êtes pas rentable pour la clinique puisqu’on ne peut rien vous faire, ni examens (puisque tout a été dit aux derniers) ni opération (puisque la fin est inéluctable) alors, repartez chez vous!! 

Maison,ambulance, hôpital, hôpital, ambulance, maison…3 semaines ainsi…Et puis la colère du médecin traitant…Pas normal de traiter les gens de la sorte! Une fois encore, ambulance mais pour les soins palliatifs…

Avant ce dernier transport, cette derniere nuit passée ensemble, chez elle, chez toi , maman.Tes cris de douleur,tes demandes timides d’aide, ton inquiétude pour moi parce que je ne dormais pas.Tes regards d’enfant perdue, tes doigts qui s’agrippaient aux draps.Cette nuit terrible a permis qu’on soit ensemble, toutes les deux, pour la dernière fois.

Le lendemain , tu es partie à l’hopital,tu as attendu la famille qui est arrivée de loin et deux heures apres, tu glissais lentement vers l’hébétude ,dans la souffrance toujours plus vive malgré les médicaments.Le lundi, tu ne pouvais plus ouvrir les yeux mais tu réussissais à parler un peu, demandant encore de l’aide.Des mots, tes derniers mots,dans l’inconscience « morphinique »  me resteront en mémoire, ceux là je les garde au fond de moi, ils m’appartiennent, si déchirants soient ils.

Et puis ce fut le mardi. Le corps n’en pouvait plus, la maladie s’acharnait.Souffrances et gémissements en continu. Tu étais déjà si loin mais je t’avais dit « jusqu’au bout »…Alors j’étais là, à t’entendre, à te regarder,impuissante, désemparée, voulant que tout ça s’arrête.Nous nous étions dit au revoir,ta petite fille aussi. Tu avais fait tes adieux à quelqu’un qui se reconnaitra si elle lit ces mots, moment d’émotions intenses, pour nous trois.J’avais eu le sentiment de gagner une soeur… Tout était en ordre…Pars, maman, pars…Cette fois, cette fois seulement, tu ne gagneras pas….

Je t’ai quittée à 20h30 je crois. A 23h50, le téléphone sonnait. A quelques heures près j’aurais pu respecter ma promesse d’être là jusqu’au bout. Nous étions le 29 Novembre. 

Je vais mettre un extrait de ce que tu aimais, je n’ai pas pu encore en parler, tu aimais tant de choses.

De lui, tu connaissais tout.Tu étais si admirative! Nous nous chamaillions gentiment à son propos. Sourires..

 

[youtube]http://youtu.be/b3LCfHscOdc[/youtube]

 

Qu’est ce que j’ai pu l’entendre, ce poème là!

[youtube]http://youtu.be/hPxlbizh5SA[/youtube]

 

Le profond chagrin que l’on éprouve à la perte de tout être cher découle du sentiment qu’il y a dans chaque individu quelque chose d’inexprimable, qui n’appartient qu’à lui et qui, de ce fait, est absolument et irrémédiablement perdu 

Arthur Schopenhauer , 1851

 

 

balladeLivre coup de coeur de ce début d’année 2011!!

 

Avant de vous parler du livre ,de son histoire ,je vais d’abord faire une petite digression étymologique ..Pourquoi » Ballade »?

A l’origine ,ce mot signifiait  une forme fixe lyrique au Moyen Age …Avec le Romantisme il est revenu à la mode et avec l’influence anglo saxonne ,le mot » ballad « , prononcé à la française,voit son sens s’élargir à un récit ou une chanson racontant la vie d’une personne ou des faits précis. Alors, à la lumière de ces explications, je comprends mieux le titre qui était plus pour moi évocateur de musique.(On ne se refait pas..)

 

barre livres

 

 

C’est en effet le récit d’une jeune femme que l’on découvre…C’est comme une longue lettre ,dont on ne connaîtra le destinataire que bien plus tard ,qui part de sa petite enfance puis avance dans le temps au fur et à mesure qu’elle grandit pour arriver à l’âge adulte,moment de l’écriture de ces longues feuilles.

 

Alors qui est cette Lila K ?

C’est d’abord une enfant arrachée à sa mère un matin par des hommes casqués,tout en noir ,(qui ) ont défoncé la porte pour se ruer dans la chambre…(..) Elle (la maman) n’essayait plus de résister .Elle me regardait fixement.J’ai compris ce qu’elle voulait me dire.Au revoir mon bébé.Plusieurs fois elle a cligné des yeux.Chaque battement de paupières etait comme un baiser.Je t’aime.Je t’aime.Je t’aime.Et elle m’a souri derrière le baillon.

Cette petite est alors emmenée dans un Centre(comprenez un orphelinat) pour la soigner ,la protéger..

Et c’est là tout l’intérêt de ce livre qui se lit si facilement,avec une sorte de pression,là,au creux de l’estomac,car on découvre tout doucement dans quel monde nous sommes.

Ville: Paris.Mais Paris dans un futur d’une centaine d’années.Dans une ville où il existe ce qu’on appelle la Zone,lieu de perdition,de laissés pour compte…Ville dans la ville ,coupée par un mur avec des check point pour canaliser les allées et venues de ceux qui habitent la Zone mais viennent à Paris pour diverses raisons ,sans pouvoir y séjourner longtemps.Par contre l’inverse est fortement déconseillé….

Lila est une enfant repliée sur elle même,ne parlant pas,sachant à peine marcher alors qu’elle a 6 ans…Toute une rééducation est mise en place pour qu’elle progresse…Mais vers quel avenir?

Elle fait la connaissance de M Kauffmann,directeur du Centre et spécialisé dans ce genre de traumatisme…Oui mais voilà…Il n’est pas comme tout le monde ce monsieur….Il est « différent », il ose penser autrement que tout le monde…Encore à peu près bien vu du Ministere auquel il appartient ,il essaye de montrer à Lila que la vie n’est pas faite que de cameras,de surveillance en tout genre …Que les livres ont existé avant l’invention du grammaphone (Ipad du futur?) ,qu’ils existent encore….Que la vie est faite de rencontres, même si Lila est terrorisée par la foule,bourrée d’anxiolytiques pour pouvoir vivre…Elle a une technique à elle pour lutter contre les montées d’angoisse qui la paralysent….car  elle a compris que moins on prend  de medicaments mieux c’est..Encore plus dans ce monde là…

Et puis surtout elle veut retrouver sa maman dont elle n’a pas oublié l’existence,savoir pourquoi elle lui a été arrachée ,pourquoi elle ne l’a jamais revue,pourquoi il y a autant de silence autour de ça….Elle doit pouvoir afffronter le monde extérieur pour  mener son enquete plus tard et pour ça elle accepte l’aide de Monsieur Kauffmann qui lui joue du violoncelle,la gave de culture ,même latine et grecque,tout en la conduisant doucement mais surement vers l’émancipation….

Mais ses méthodes et sa façon d’etre  ne sont pas au goût du gouvernement actuel….Exit Monsieur Kauffmann et je dirai même de façon définitive…

 

Après Monsieur Kauffamnn elle fera la connaissance de Fernand,sa femme Lucienne qui aura un jour l’autorisation d’avoir un enfant ,et de leur chat Pacha un Abyssin génétiquement modifié et dont la fourrure et les yeux passent par diverses couleurs….

 

Lila entrera dans la vie réelle,dans le monde du travail (à la Bibliothèque ,où son travail consistera à numériser les livres qui arrivent de la Zone….) Elle en profitera pour se faire aider dans sa recherche de sa mère par un employé Justinien,qui n’est pas ce qu’il semble être….(.je vous allèche là? ) puis par son patron,un remplaçant en quelque sorte de Monsieur Kauffmann ….

 

J’arrête là de vous raconter l’histoire ,je ne vous ai d’ailleurs dit que le quart de la moitié des choses importantes.

Simplement ..Oui c’est un livre dit d’anticipation puisqu’il se passe dans le futur…Mais c’est un futur relativement proche et certaines choses existent déjà (comme l’analyse d’urine pour déceler les maladies éventuelles..si si…j’ai vu un reportage là dessus! ce n’est pas de la science fiction!! Au Japon certains sont déjà équipés de ce genre de petite chose….).

La numérisation des livres existe…Un bien? oui si c’est pour sauver les ouvrages des outrages du temps…mais imaginez le même procédé dans un Etat totalitaire…Qu’en ferait il? Une partie de la réponse se trouve dans ce magnifique livre,ce bouleversant roman qu’est la ballade de Lila K.(je ne vous ai pas donné non plus l’explication à ce nom pour le moins court….)

 Quelques extraits

 

Il s’est mis à me réciter des poèmes,chaque matin.Toutes sortes de vers,libres ou réguliers-il n’était pas sectaire.Je devais fermer les yeux-M.Kauffmann assurait qu’on entend mieux les yeux fermés .Lorqu’il avait fini,je lui disais souvent

-je n’ai pas tout compris

-Encore heureux ,fillette!Allez maintenant tu m’apprends ça par coeur.

Je ne voyais pas trop l’intérêt,mais Monsieur Kauffmnn avait l’air d’y tenir: On ne sait jamais ,cela pourrait servir à l’occasion.Alors j’obéissais :chaque jour ,j’apprenais un poème ,parfois deux.Ça ne me demandait aucun effort.Je retenais sans peine.J’ai toujours été spongieuse.

 

J’ai soudain vu le livre s’ouvrir entre ses mains,éclater en feuillets ,minces,souples et mobiles. C’était comme une fleur brutalement éclose ,un oiseau qui déploie ses ailes.

 

Ça ne peut pas s’effacer?

Non,c’est inamovible.Indélébile.Là réside tout l’intérêt :Avec le livre,tu possèdes le texte.Tu le possèdes vraiment.Il reste avec toi sans que personne ne puisse le modifier à ton insu.Par les temps qui courent,ce n’est pas un mince avantage ,crois moi, a t il ajouté à voix basse .Ex libris veritas ,fillette .La vérité sort des livres.Souviens toi de ça:Ex libris veritas

 

On passe sa vie à construire des barrières au delà desquelles on s’interdit d’aller:derrière ,il y a tous les monstres que l’on s’est créés.On les croit terribles,invincibles,mais ce n’est pas vrai.Dès qu’on trouve le courage de les affronter ,ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait.Ils perdent consistance ,s’évaporent peu à peu.Au point qu’on se demande parfois ,pour finir,s’ils existaient vraiment.

 Un nouveau Gaudé, LE nouveau Gaudé! Pas question d’attendre quelques mois pour le découvrir.D’autant qu’il traite d’un sujet cher à mon coeur, l’Antiquité et Alexandre le Grand.

Au cours d’un banquet ressemblant, comme il était  coutume, aux  orgies romaines, Alexandre s’effondre.Le Roi se meurt…Il demande après Drypteis, femme de son meilleur ami Hephaiston, décédé, et fille de Darius le Perse , cloitrée dans un monastère  afin d’échapper aux complots et trahisons de toutes sortes, monnaies courantes à la cour. Elle n ‘a jamais d’ailleurs annoncé la naissance de son fils afin de le protéger. Elle va devoir se résigner à entreprendre le voyage pour se rendre auprès d’Alexandre.

Parallèlement, une chevauchée fantastique démarre.C’est Ericléops, messager provenant des confins de l’Indus qui arrive, porteur d’un message pour Alexandre. Avec Gaudé, rien n’est simple et cet Ericleops n’échappe pas à la règle: il revient d’entre les morts et demande à celui qui va bientôt franchir l’Achéron de l’attendre.

Alexandre n’est pas encore mort que ses lieutenants,Ptolémée, Perdicas,Leonatos ou encore Tarkilias se déchirent l’Empire.

Au final, il n’y a que quelques personnes fidèles à Alexandre,deux femmes, la sienne et celle de son meilleur ami.Très peu pour un homme si puissant. Gloire dérisoire au soir de sa vie.

Cortège de pleureuses, cortège organisé traversant avec la dépouille d’Alexandre l’Empire qu’il a construit afin d’être rendu à sa mère. Drypteis doit faire attention, sa vie est menacée, elle doit se séparer de son fils et le faire adopter dans le plus grand secret afin qu’il ne devienne pas la cible d’un des pretendants à la succession.

Avec Gaudé, c’est un éblouissement de mots ciselés avec un style qui n’appartient qu’à lui qui fait que je me suis laissée emporter dans ce cortège éploré. La mort, sujet récurrent. On pense à la Mort du Roi Tsongor, à la porte des Enfers, Cris pour ne citer qu’eux.

Le fantastique dont nourrit Laurent Gaudé ses romans apporte une dimension onirique à ses écrits et pour » Pour seul cortège  » donne un souffle épique, rejoignant ainsi la tragédie antique.Il ne decrit pas de paysages, se concentrant uniquement sur les hommes, leur moi,leurs peurs et leurs ambitions, leurs desseins les plus noirs.C’est une écriture qui prend aux tripes dans son urgence, celle du cavalier (qui m’a rappelé par son rythme le Roi des Aulnes ) ou dans sa lenteur , au pas de ceux qui escortent le corps, craignant (à juste titre) pour leur vie.

Ce n’est peut être pas « mon » Gaudé préféré, un je ne sais quoi indéfinissable m’empêche de le considérer comme tel.Peut être pas assez de détails de la vie antique pour donner encore plus de densité à la narration? Peut être aussi que je deviens un peu trop difficile, à moins que je n’aie envie que Gaudé se mette en danger et change un peu son écriture. Cela dit, que ça ne vous emêche nullement de lire ce livre qui vous entrainera dans de lointaines contrées dans un style éblouissant.

 

 

 (Si vous voulez voir de magnifiques photos dont le logo fait partie, rendez vous sur ce Tumblr ! Vous y verrez des merveilles)

Je vais tenter de participer aux Plumes d’Asphodèle. Une manière de me remettre à l’écriture, de refaire fonctionner mes neurones vieillissants, de faire une activité que j’aime mais qui me demande une concentration qui me fait défaut.

Asphodèle est partie d’un mot: Cortège et chacun devait donner un mot en relation avec lui.

23 mots ont ainsi été proposés et  doivent faire partie du texte imaginé. Ils seront en italique et soulignés dans ma prose. Indulgence sera le maitre mot, si vous le voulez bien, même si toutes critiques seront acceptées et réfléchies car ce sont elles qui permettent le progrès.

Je ne serai pas présente ce week end, je vous lirai donc ,avec plaisir, à mon retour.

 

 

 

L’angoisse la saisit à la gorge, provoquant un afflux de larmes. Elle se sentait poussée,comprimée par une foule toujours plus grande. Mais où était elle? Que s’était il passé ? .Elle ne reconnaissait plus l’endroit où elle se trouvait. Une atmosphère étrange , empreinte de ferveur, flottait dans l’air.Elle qui détestait les rassemblements, les carnavals, les fêtes populaires, se retrouvait au beau milieu d’une manifestation sans qu’elle sache comment elle était arrivée là.

Elle tenta de s’extirper de ces corps qui l’emprisonnaient,de se diriger ,poussée à droite, rejetée à gauche,emportée en arrière,projetée en avant, vers un renfoncement entre deux bâtiments.Elle y parvint, en sueur, une boule d’angoisse bloquée dans la gorge qui la forçait à respirer par à coups. Une ribambelle d’idées les plus folles , les plus noires, affluait dans sa tête douloureuse. Tout s’entrechoquait,la laissant pantelante. Elle fit appel à sa volonté et parvint à se ressaisir.

Ne pas se laisser abattre …Voyons…Où était elle? Dans une ville ,et une grande vu le peuple qui déferlait dans la rue. Juste avant de se retrouver là… allez..Réfléchis!!! Ah oui! Elle était à Paris, baguenaudant le nez en l’air comme souvent, émerveillée par les immeubles haussmanniens. Elle avait décidé ce voyage depuis sa Bourgogne natale en découvrant par hasard des photos avant-après de Paris faites par le  photographe officiel de Napoléon III , Charles Marville. Et c’est en traversant la rue sans regarder que la voiture l’avait heurtée , l’envoyant valdinguer quelques mètres plus loin , la tête heurtant violemment le bitume.

Et elle se retrouvait là,désorientée,dans un lieu qu’elle ne reconnaissait pas. Dans un monde inconnu car en regardant plus attentivement, elle s’aperçut que les costumes n’avaient rien à voir avec les tenues auxquelles elle était habituée. Avec stupeur, elle réalisa qu’elle avait fait un bond  en arrière dans le temps et que si elle se trouvait toujours à Paris, c’était au XIXème siècle. Hommes en casquette, bourgerons et pantalons de travail, femmes en jupes et caracos, voilà ce qu’elle voyait dans une longue succession semblable à un fleuve qui déborde de son lit, envahissant les rues.

Aux acclamations qu’on scandait autour d’elle, elle comprit enfin où elle était et surtout la date de son voyage dans le temps : « Vive Victor Hugo »! « Vive Victor Hugo »!! Elle avait été propulsée au 1er Juin 1885, jour de l’enterrement du célèbre écrivain. Funèbre instant pour la littérature française qui avait cependant marqué l’Histoire, entre autre par la ferveur du peuple,venu manifester son amour dans un long cheminement à celui qui avait tant fait pour lui,dans ses admirables écrits ou dans ses actes.

Elle parvint à s’approcher et découvrit l’Arc de Triomphe recouvert d’un long voile de crêpe sombre sous lequel un immense catafalque noir et argent avait été déposé .Tout autour un amoncellement de fleurs   semblait vouloir apporter, en embaumant l’air, un peu de douceur et d’apaisement au chagrin des personnes qui défilaient devant l’oeuvre de Charles Garnier se rappela t elle , pour un dernier hommage.

Soudain, des coups de canon retentissent…Vingt et un au total. Le silence se fait. Pendant que résonnent la Marseillaise puis le Chant du départ joués par la musique républicaine,le cercueil est déposé dans un corbillard simple , noir, orné de deux couronnes de roses blanches, attelage tiré par deux chevaux. Le cortège s’ébranle , le défilé commence alors pour rejoindre la dernière demeure de l’écrivain,le Panthéon.

Dans son désir de s’approcher un peu plus près, elle ne fit plus fait attention à ce qui l’entourait.Bousculée, elle perdit l’équilibre et heurta violemment le pied d’un lampadaire.Dans un éblouissement bleuté, elle vit tout chanceler autour d’elle et tomba par terre.

– Mademoiselle, mademoiselle!!! Réveillez vous! Je suis tellement désolé!! 

Elle revint à elle,étendue dans la rue, un attroupement autour d’elle. Les trépidations du métro ,le bruit de moteur des voitures,l’odeur si particulière de l’essence lui firent prendre conscience qu’elle était revenue en 2012.

Un jeune homme était penché au dessus d’elle,ses yeux noirs inquiets. Elle chercha à se relever, encore étourdie. Aussitôt, il se pencha pour l’aider 

-Voulez vous voir un médecin? Vous avez perdu connaissance, ce serait sans doute plus prudent.

D’un geste de la main, elle refusa.

– J’aimerais plutôt boire quelque chose dit elle d’une voix encore un peu faible.

Soutenue par un bras, elle gagna le trottoir, encore perturbée par ce qui venait de lui arriver.Comment cela se pouvait il? Cartésienne de nature, elle n’avait jamais adhéré à ces thèses de sauts dans le temps.Il allait lui falloir un moment pour accepter cette expérience.

Ils entrèrent dans un café et s’installèrent dans un endroit retiré. Avec un sourire, le jeune homme l’aida à s’asseoir .

-Je m’appelle Victor.Et vous?

Des frissons la parcoururent, un instant, le sol parut tanguer sous ses pieds.

Elle répondit,avec un soupçon d’angoisse dans la voix: Juliette.