Qu’est ce qui fait courir le monde? Qu’est ce qui est le centre d’interêt principal, qui peut précipiter les plus zen d’entre nous sur le divan d’un psychiatre? Mais l’Amour, pardi! 

Sur les conseils d’une amie, je me suis plongée dans ce roman d’Alexandre Jardin dont je n’avais lu, jusque là et il y a bien longtemps, que « Fanfan ».

Jeremy Cigogne, lord Anglais , est amoureux de sa femme Emily.Mariés depuis 7 ans ,  trois enfants. Son grand père, Lord Waldo Philby , l’a élevé à la mort de ses parents. Personne fantasque il aurait inspiré le personnage de Lord Greystoke…

« Lord Philby fit placer les animaux en liberté dans le parc de son château de famille du Gloucestershire, et il eut assez de malice pour les remplacer par des hommes qui vinrent peupler les cages de son zoo. Issu de la jungle, Waldo avait la démangeaison de railler les moeurs anglaises. La cage qui connut le succès le plus vif fut celle dans laquelle un homme et une femme étaient condamnés à vivre ensemble ».

Quand il a rencontré Emily ,âgée de 17 ans à l’époque, il a ressenti un véritable coup de foudre pour elle, hélas non partagé malgré tous ses efforts pour lui plaire.(Je ne vous dirai pas lesquels mais évidemment attendez vous à quelque chose de peu commun..) Bien décidé à la conquérir,il part14 ans pour parfaire son éducation: Il s’exile 7 années en Nouvelle Guinée pour « quitter ses reflexes acquis(?) , se laver de son éducation britannique, renouer avec ses gestes d’enfant élevé au milieu des animaux de l’Imperial Zoo.Jamais peut être il ne fut plus heureux et plus vrai que nu dans cette jungle hostile, au plus près de ses instincts. »

Puis il passe 7 ans à lire.Tout ce qui lui tombe sous la main, « enfermé dans l’une des plus grandes bibliothèques privées d’Europe, près de Zurich ».

De toutes ces années de préparation, il revient « irrésistible. A 31 ans, Jeremy Cigogne n’était pas devenu beau , mais son étrangeté était inéressante, magnétique; il suscitait l’envie de lui plaire, savait faire naitre cette necessité là. »

Après quelques péripéties que je vous passe mais néanmoins très importantes, Jeremy et Emily finissent donc par se marier…

Nous voilà maintenant 7 ans plus tard, au moment où Jeremy se demande comment être un mari plutôt qu’un amant pour sa femme .Il a surpris une correspondance dans laquelle Emily semblait ne pas être totalement heureuse.

Il découvre qu’il existe un endroit secret où le seul souci des insulaires est de rendre heureux leur conjoint: »l’île des gauchers » Là bas, tout est fait pour les gauchers, les droitiers cependant acceptés à condition qu’ils se plient à tout ce qui rend la condition des gauchers plus aisée.

En route pour ce paradis des amours avec sa famille et leur majordome aussi Anglais que possible, Algernon.Là, ils découvriront les us et coutumes de ces utopistes Français qui ont fondé cette communauté, l’île du silence, celle de la Vérité, le carnaval des blancs etc…où tout n’est basé que sur une seule préoccupation sociale et politique : rendre heureux, savoir aimer sa femme ou son mari.

J’ai adoré ce livre qui pas un instant ne lasse.Toutes les facettes de l’amour sont décortiquées une à une ,étudiées.On suit les évolutions , les questionnements de ce Lord pas comme les autres dans sa tentative d’aimer au sens réel du terme sa femme.Tout autant de remises en questions que nous sommes amenés , nous lecteurs, à faire…Reflexions sur nous mêmes…

Fable philosophique , récit initiatique dans lequel A Jardin mêle une grande culture.Par exemple, la symboliqu du chiffre 7 ,  Algernon qui est  le nom de la souris dans  » Des fleurs pour Algernon  » de David Keynes, Waldo , prénom du héros de la nouvelle éponyme de Robert Heinlein , auteur de romans de science fiction.

Lequel Robert Heinlein a cette définition de l’amour, tirée du « Chat passe muraille »

« un état subjectif dans lequel le bien-être et le bonheur d’un autre être sont essentiels au bonheur de l’individu. »

Troublant, non? 

Sans parler des auteurs Français cités, qui ornent le nom des rues de cette île ou encore des clins d’oeil à sa propre oeuvre, le Zèbre et le Zubial…Ah!! Ce Zubial , animal au pelage tres doux et rayé , une sorte de croisement entre le koala, un tapir, un zèbre et un gibbon. Muni de bras interminables, il possédait un museau très long,prodigieusement mobile, qui amusait les enfants , tout comme ses grandes oreilles qui se dressaient au moindre bruit(….) C’est le seul animal qui rit de bon coeur »  qu’il faut aller chercher dans la jungle ,apprivoiser pour le ramener dans le foyer où il deviendra le baromêtre de l’état du couple et particulièrement celui de la femme…

Je ne peux que vous inciter à lire ce superbe livre qui vous plonge avec bonheur dans un monde utopiste, plein de fantaisies sous lesquelles se cachent peut être, sans doute , des réponses à la question essentielle de notre existence: Comment aimer, aimer pour rendre le plus possible heureux l’autre? Un livre qui se lit et se relit pour y découvrir des trésors de sagesse non perçus à la 1ere lecture. Un livre léger et subtil,au style impeccable, où l’humour très anglais nous réjouit.

Une critique de notre société trop occupée à gagner de l’argent, à privilegier l’élévation dans l’échelle sociale. 

A mettre dans les mains de la femme mais aussi de son mari ….pour ensuite en discuter………….